Un prix en hommage à Jean Amila-Meckert
« C’est la personne qui incarne le mieux la littérature que l’on souhaite défendre. » Didier Andreau insiste : le nom de Jean Amila-Meckert n’a pas été choisi au hasard pour baptiser le prix remis (en partenariat avec le Conseil général du Pas-de-Calais) au cours de ce salon. Avec des parrains comme Jacques Tardi, Didier Daeninckx, Michel Ragon et Frédéric Fajardie, c’était même presque une évidence. Didier Daeninck est allé jusqu’à inventer une rue Meckert, à Paris, dans un de ses livres parus à la Série Noire (« 12, rue Meckert », Gallimard, 2001). L’histoire d’un journaliste spécialisé dans les faits divers, embarqué dans une enquête où le souvenir de la Commune plane sur les rues de Paris.
Amila, pour « Ami l’anar »
Décédé en 1995, Jean Meckert, de son nom de plume Jean Amila, est aussi un habitué de la Série Noire, créée par Marcel Duhamel, où il publiera pour la première fois en 1942 (« Y’a pas de Bon Dieu »). C’est même ce dernier qui lui demandera de trouver un pseudo à la consonance plus américaine. Il s’appellera donc d’abord John Amila (qui serait la contraction d’« Ami l’anar »), avant de retrouver son vrai prénom.
Ses premiers livres (publiés avant son arrivée chez Gallimard) lui permettent d’« affirmer ses conceptions plus ou moins libertaires », écrivent de lui Claude Mesplède et Jean-Jacques Schleret, dans leur anthologie des auteurs de la Série Noire (1). « Il peint, sans idéalisme ni manichéisme, les gens modestes, leur solitude ou leur difficulté à vivre en couple ; il critique aussi une société qui détruit les rêves, humilie les humbles, impose le chômage. »
Doudou Magne, le flic aux cheveux longs
Après son arrivée chez Gallimard, « ses romans (…) décrivent les luttes menées par des groupes ou des solitaires. » A la fin des années 1960, il crée le personnage de « Doudou Magne, dit Geronimo, un officier de police aux cheveux longs, chemise à fleurs et moto, qui se veut "flic au service des victimes, pas de la puissance" », continuent les auteurs de l’anthologie. « Dans les années 70, c’était assez gonflé… », remarque Didier Andreau.
Jean Amila-Meckert a aussi laissé quelques mystères derrière lui. Comme ce père qui serait mort fusillé après les mutineries de 1917 dans les tranchées de la Grande Guerre. Des journalistes auraient un peu hâtivement conclu que l’épisode narré dans un de ses livres (« Le Boucher des Hurlus », 1982, Gallimard) racontait l’histoire du père de l’auteur, qui aurait laissé dire. Ou encore cette agression dont Jean Meckert sera victime dans les années 1970, qui le laissera amnésique après plusieurs heures de coma.
L’année dernière, à l’occasion des dix ans de la disparition de l’auteur, les éditions Joëlle Losfeld ont réédité plusieurs ouvrages devenus introuvables, accompagnés de notes critiques. La même maison a publié, sous le titre de « La Marche au canon », un manuscrit inédit retrouvé dans les archives de l’écrivain.
L. F.
(1) « Les auteurs de la Série Noire. Voyage au bout de la Noire. 1945-1995 », Claude Mesplède et Jean-Jacques Schleret, 1996, éditions Joseph K.