<p>La loi sur l’eau de 1964 a créé six bassins hydrographiques dans lesquels six agences de l’eau, établissements publics de l’Etat sous tutelle du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable et sous celle du Ministère chargé des finances agissent pour concilier gestion de l’eau et développement économique dans le respect de l’environnement.</p>

 
 
 

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vendredi 9 mars 2007

A la rencontre des journalistes de la presse quotidienne « gratuite »

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Depuis trois ans, les quotidiens « gratuits » font partie du paysage médiatique de l’agglomération lilloise, avec « Lille Plus » et les éditions lilloises de « 20 Minutes » et de « Metro ». Lundi 5 mars, le Club de la presse avait invité à témoigner des journalistes représentant ces trois rédactions.

Photo Eric Pollet
De gauche à droite : Adeline Boldoduck (Lille Plus), Mathieu Pagura (Metro) et Olivier Aballain (20 Minutes).

Dans un passé pas si lointain, Lille comptait cinq quotidiens : La Voix du Nord, Nord Eclair, Nord Matin, Liberté et La Croix du Nord. Les deux premiers existent toujours, le troisième a disparu (absorbé par Nord Eclair) et les deux derniers sont devenus hebdomadaires. Pourtant, avec un brin de provocation, on pourrait dire que Lille compte toujours autant de quotidiens… dont trois « gratuits » (1). Il y a trois ans, 20 Minutes et Metro créaient ainsi une édition lilloise, tandis que le groupe Voix du Nord donnait naissance à Lille Plus (lire l’encadré). Depuis quelques mois, Direct Soir (groupe Bolloré) est également distribué en fin de journée sur Lille mais ce journal ne dispose pas de contenu local et donc pas d’édition lilloise.

Lundi 5 mars, le Club de la presse recevait des journalistes de Lille Plus et des rédactions lilloises de 20 Minutes et Metro. Le but de ces rencontres (2) est de permettre aux journalistes de se présenter et de parler de leur façon de travailler. Première question abordée : les moyens et les effectifs des rédactions (lire également l’encadré). Contrairement à 20 Minutes, « pour l’instant, on ne dispose pas de budget [pour les] piges, mais cela va venir, car Metro est bénéficiaire », explique Mathieu Pagura. Les deux journalistes de Metro, qui travaillent actuellement à domicile, disposeront bientôt d’un local, tandis qu’un commercial complétera l’équipe lilloise. « Tout s’accélère cette année », commente le journaliste.

« Des sujets sont mis de côté, c’est sûr »

C’est ensuite le choix des sujets qui a été abordé. « On a un lectorat jeune, on sait donc que si on traite de politique, on doit un peu les prendre par la main », note Olivier Aballain, de 20 Minutes. « Des sujets sont mis de côté, c’est sûr », reconnaît pour sa part Adeline Boldoduck, pour Lille Plus, tout en notant que « le journal passe de main en main » et n’est donc pas lu uniquement par le public jeune visé au départ. Les problématiques de transport font par ailleurs partie des sujets récurrents de la presse gratuite, distribuée principalement à l’entrée et à la sortie des bouches de métro.

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Vincent Vantighem (au centre), journaliste à 20 Minutes a rejoint ses confrères en cours de discussion (Photo Club de la presse)

Reste que si un journal a besoin de lecteurs, il a aussi besoin de sources d’informations. Comment ces dernières ont-elles pris l’arrivée de nouveaux venus ? Adeline Boldoduck, qui n’a cependant pas vécu le lancement de Lille Plus, assure que le journal a été « très bien accueilli » : « Les gens sont plutôt preneurs d’avoir un nouveau média ». Même analyse pour Olivier Aballain (« Nous n’avons pas vraiment eu de problèmes ») et Mathieu Pagura : « Les politiques ou les stars de la culture ont très vite compris l’intérêt de notre journal. Nous avons très vite été sollicités de toute part. »

Un feuillet pour un « gros papier classique »

Autre aspect inséparable de la presse gratuite : la brièveté de ses articles. A 20 Minutes, un « gros papier classique » fait un feuillet, avec un maximum de 1,5 feuillet pour un portrait et de deux pour une interview. Evidemment, pas question de beaucoup s’étendre dans ces conditions, même si, parfois, des sujets sont développés sur une page. « On s’adapte », témoigne Olivier Aballain, qui assure n’avoir « pas spécialement de frustration ». « C’est un ressenti personnel », ajoute-t-il, précisant que « pour certains collègues » les choses sont peut-être différentes. « On peut dire beaucoup de choses en étant très dense », estime pour sa part Mathieu Pagura. « Mais on a le droit de faire des piges à côté si on a le temps », enchaîne-t-il. C’est ainsi qu’il a eu l’occasion de développer sur plusieurs pages pour Valeurs Actuelles un sujet qu’il avait abordé dans Metro, sur une association islamique roubaisienne, bénéficiant de subventions municipales tout en faisait du prosélytisme. L’article lui a d’ailleurs valu de figurer au palmarès des derniers Grands Prix du Club de la presse (lire l’article).

« On nous fout une paix royale »

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Mathieu Pagura et Olivier Aballain en pleine discussion avec Claude Vincent, ancien journaliste à Nord Eclair (Photo Club de la presse)

Evidemment, avec un sujet comme la presse gratuite, la place de la publicité (à tous les sens du terme) se devait d’être abordée. Le mode de financement des journaux gratuits entraîne-t-il une pression sur son contenu ? « On nous fiche une paix royale », assure Olivier Aballain, qui croit savoir par ailleurs que les tarifs publicitaires pratiqués dans son journal sont plus élevés que chez les confrères de la PQR. Le journaliste se fixe juste comme règle de « ne pas être partisan » dans ses articles. Adeline Boldoduck estime aussi bénéficier d’une bonne indépendance. « Cela a même été pour moi une bonne surprise. A Lille Plus, on nous laisse faire notre travail. » A la question de savoir quelle information ou sujet ce quotidien revendique d’avoir « sorti » ou traité différemment, la réponse se fait néanmoins plus vague. Mathieu Pagura reprend pour sa part le sujet sur l’association roubaisienne évoqué plus haut. Olivier Aballain, lui, cite « la Sergic [un bailleur immobilier, NDLR], mise en cause par un collectif de riverains » ou encore un sujet sur des statistiques de la délinquance contestées.

Restait, parmi beaucoup d’autres, une question d’importance : la presse gratuite est-elle installée définitivement dans le paysage médiatique ? On sait que la perte de lectorat (hormis quelques exceptions) de la presse quotidienne « payante » ne date pas d’hier. Certes, la tendance ne s’est pas non plus inversée depuis l’arrivée des gratuits. On sait aussi que beaucoup de titres de PQR, dont La Voix du Nord, avaient eu une réaction défensive en créant leur propre titre. Ils donnaient ainsi l’impression d’espérer que la concurrence finirait par jeter l’éponge (3). La stratégie semble pourtant avoir été revue. Le réseau Villes Plus (regroupant Lille Plus, Lyon Plus, Marseille Plus, Bordeaux 7 et Montpellier Plus) s’est ainsi adossé au gratuit Matin Plus, créé à Paris (dans la douleur) par le groupe Bolloré et Le Monde. Le but est de récupérer des budgets publicitaires nationaux, qui leur faisaient défaut jusqu’à maintenant. L’avenir dira si cela suffira pour rendre bénéficiaires des titres ayant affiché des déficits conséquents, de plus d’un million d’euros pour Lille Plus par exemple.

Ludovic FINEZ

(1) La notion de gratuité de la presse mériterait à elle seule une analyse plus approfondie. Cette « gratuité » s’adosse en effet aux budgets publicitaires décrochés par ces journaux. Ces budgets ne naissent pas de nulle part. Quelque part, le consommateur des produits en question finance la presse « gratuite ». Tout comme la presse « payante » d’ailleurs, mais d’une façon moindre puisque celle-ci tire aussi une part de ses recettes des ventes. Quant à certains titres, en particulier la presse engagée, ils diffusent très peu de publicité. Parler de « presse payante » et de « presse non-payante » serait peut-être plus adapté.

(2) Deux rencontres de ce type ont déjà été organisées au Club de la presse, avec les journalistes radio (lire l’article), puis les journalistes « Culture » (lire l’article). Lundi 2 avril, ce sera au tour des journalistes de télévision.

(3) Dans une interview donnée en 2004 au quotidien La Croix, André Soleau, à l’époque Pdg de La Voix du Nord, expliquait : « Lille-Plus est un exemple de réponse à la sortie des autres gratuits, afin d’occuper l’espace vital de la publicité ». « Distiller auprès du grand public l’idée que l’information est gratuite me paraît dangereux, avouait-il même de façon surprenante. Mais nous ne pouvions rester sans réaction. » « Il n’y a pas de place pour trois gratuits sur la métropole lilloise », concluait-il.

Des tirages de 55 000 à 70 000 exemplaires

La création de Lille Plus et l’arrivée à Lille de 20 Minutes et de Metro se sont jouées à quelques semaines près, il y a exactement trois ans. A l’époque, La Lettre du Club de la presse titrait d’ailleurs : « Trois prétendants pour une même cible ». Avec un tirage de départ de 65 000 exemplaires, l’édition lilloise de 20 Minutes atteint aujourd’hui les 70 000. Chaque jour, trois à cinq pages sont assurées par la rédaction lilloise, qui compte trois permanents, ainsi qu’une équipe de journalistes pigistes : trois photographes et une dizaine de rédacteurs. Metro, lui, tire à 60 000 exemplaires. Son équipe lilloise compte deux rédacteurs permanents, pour deux pages quotidiennes. Quant à Lille Plus, il tire à 55 000 exemplaires, pour une équipe de quatre journalistes. L’équipe, installée à Roubaix, réalise deux pages d’informations générales « Lille Métropole », une page et demie sur les sorties et prend part aux pages « Sports ». Concernant la diffusion, une remarque s’impose. Par définition, ces quotidiens ne peuvent que donner des chiffres de tirage (1). Or, bien souvent, en fin de journée (hormis peut-être pour 20 Minutes), certains présentoirs du métro restent bien garnis.

L. F.

(1) Pour la presse « payante », l’organisme agréé (OJD) collecte les chiffres de diffusion totale et de diffusion payée.


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