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Surprise pour une famille du bassin minier, qui a vu la nécrologie envoyée à La Voix du Nord réécrite avant publication. L’affaire a été soulevée par Le Canard enchaîné.
Quand « La Voix » censure le mot « nazi » dans une nécro - La Lettre n°49, janvier 2003.
Déclenchée par « Le Canard enchaîné », la polémique sur la réécriture d’un avis de décès par « La Voix du Nord », pour supprimer les mots « milice » et « nazi », a suscité un vif émoi.
« Bourde » calamiteuse ou dérive politique étonnante au service publicité-annonces de La Voix du Nord ? Toujours est-il que fin septembre, un responsable des avis de décès du quotidien a censuré le faire-part annonçant la mort d’une vielle dame de cent ans, membre connue d’une famille juive de Lens d’origine polonaise, arrivée en 1920 avec les mineurs. Ses neveux, qui habitent Paris, ont fait insérer dans plusieurs journaux, en hommage à leur tante, le nom de son premier mari, Abraham, en précisant qu’il fut « fusillé par la milice du Maréchal Pétain » et celui de son compagnon Fred, « rescapé des camps nazis ». L’annonce passe intégralement dans Le Figaro et dans Le Monde. Mais, surprise, lorsque l’avis de décés est envoyé au quotidien régional, un responsable du service nécrologies demande de retirer deux mots : « milice » et « nazis ». Le nouveau texte proposé à la famille, qui l’accepte après un moment d’étonnement, est donc édulcoré et retient les expressions suivantes : « fusillé en otage » et « rescapé des camps de concentration ».
Republié un mois plus tard
Etonné, un membre de la famille en informe Le Canard Enchaîné. Se faisant passer pour un proche, la rédaction téléphone à La Voix du Nord. On lui passe l’un des responsables de la publicité et des nécrologies, ayant un rang important dans la hiérarchie, précisent des journalistes du quotidien régional. Et celui-ci de répondre, selon les propos rapportés par Le Canard : « Nos lecteurs d’extrême-droite auraient pu nous reprocher les termes utilisés. Il y aura toujours des gens qui contestent l’existence des camps nazis »... Ou encore : « Des enfants de miliciens auraient pu se sentir visés... Et puis nous ne sommes pas là pour dire que Pétain a fait fusiller des gens. » La direction de La Voix du Nord a précisé dans un communiqué avoir « pris connaissance avec stupeur des propos prêtés à son collaborateur ». Le journal a également présenté ses excuses à la famille et republié l’avis de décès dans sa version intégrale. Près d’un mois après avoir tronqué le premier texte, tout de même, et après que la « faute » ait été dénoncée par des journaux et des radios d’audience nationale.
On ajoutera qu’on ne sait plus très bien quoi penser quant on sait que le Musée de la Fondation Voix du Nord, au Fort de Bondues (où tant de résistants furent fusillés), est tenu par beaucoup de bénévoles, qui sont parfois des anciens du service publicité de La Voix du Nord ! Espérons qu’ils ont une meilleure culture historique que le « responsable » en question.
C. V.
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