« Pouvons nous rester les bras ballants quand un citoyen sur deux doute du travail que nous faisons ? Peut-il y avoir une information de qualité quand l’émetteur et le récepteur ne se font plus confiance ? Les débats des premières Assises l’ont bien montré : c’est la question principale ! » Jérôme Bouvier, président de l’association Journalisme et citoyenneté, fondateur des Assises Internationales du Journalisme, en présentait la deuxième édition au Club de la Presse Nord-Pas de Calais le 6 mai dernier. Le thème de la deuxième édition, qui se déroulera au Nouveau Siècle à Lille les 21, 22 et 23 mai prochains, est vaste et ambitieux : « A quoi sert un journaliste ? ».
« Toute la réponse est dans la question », juge Anne Brucy, directrice régionale de France 3 Nord-Pas de Calais-Picardie, dans une tribune sur le site des Assises. De son côté, Jérôme Bouvier souligne combien le thème est d’actualité si l’on considère ce qui se passe au Monde, aux Echos et à La Tribune par exemple, ou encore après l’annonce brutale par le président Sarkozy de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques de télévision. Précisément, la soirée citoyenne des Assises (jeudi 22 mai, 20 h 30) aura pour thème cette question : « Quelle information de service public voulons-nous ? » Un peu plus tôt dans la matinée, on se sera interrogé sur le « journalisme de proximité » et le « pluralisme à l’heure des monopoles régionaux ».
Des inquiétudes porteuses d’espoir ?
L’initiateur des Assises affirme ne pas vouloir « gommer ces inquiétudes », considérant cependant qu’elles peuvent être également « porteuses d’espoir ». Ce serait ainsi le cas avec les « nouvelles expériences » évoquées le 21 mai avec un « Forum national des Web TV d’information », un débat sur « Le labo de l’info : des journalistes créent leurs médias », une rencontre où l’on s’interrogera sur la meilleure façon de « profiter du Net avec les Explorateurs du Web ».

Optimisme délibéré dans un contexte où les magnats de l’industrie et de la finance, la publicité, pèsent comme jamais ? Il devrait en être question durant ces trois jours avec les ateliers « Qui finance aujourd’hui les photos reportages », « Journalisme de proximité : Quel pluralisme à l’heure des monopoles régionaux ? », « Journalisme sportif : droit de payer, droit d’informer ». Sur ce dernier point par exemple, l’instauration des contrats payants, les difficultés d’accès aux retransmissions, ont bouleversé le travail des confrères, que leurs médias aient acquitté des droits ou non, constate Eric Maîtrot, qui en connaît un rayon en matière de journalisme sportif. Pierre-Yves Grenu, rédacteur en chef de France 3 Nord-Pas de Calais-Picardie, sera de ce débat.
Quel journalisme aux Etats-Unis et en Italie ?
Après la Pologne et l’Inde l’an dernier, des journalistes des Etats-Unis (en association avec le Master de Journalisme de Sciences Po et RSF) et d’Italie (avec l’Alliance Internationale des Journalistes) seront les invités des « Internationales » de cette édition 2008. Une douzaine de confrères au total, qui auront à dire sur la pratique du métier dans des pays par ailleurs marqués par d’importantes élections.
Parmi les nouveautés, mercredi 21 mai en matinée, en lien avec le CLEMI de l’Académie de Lille, des lycéens rencontreront des journalistes et des chercheurs sur le thème de « L’information scientifique, c’est pas sorcier ! », avec notamment le rédacteur en chef de l’émission de France 3, Bruno Bucher.
En fin de journée, la remise du Prix des Assises, sous la présidence de Bruno Frappat, président du groupe Bayard, sera doublée d’un Prix des étudiants en journalisme et se déroulera dans le cadre de La Piscine, musée d’art et d’industrie de Roubaix. Une soirée en présence de Jean-François Leroy, directeur-général de « Visa pour l’image », qui présentera en avant-première une sélection de l’exposition du vingtième anniversaire de cette rencontre photographique, en septembre prochain à Perpignan.
Pour une Charte de qualité ?
Les deux tiers des journalistes n’ont pas suivi d’école. Sans prétendre exiger que tous passent par celles-ci, la question se pose de la formation tout au long de la vie, fait remarquer Marc Capelle, directeur du développement de l’ESJ de Lille. On creusera le sujet en atelier, le 22 mai.

Charte ou pas Charte des journalistes, Code de déontologie, Conseil de presse ? Outre la Charte de 1918, celle de Munich (1971), la déclaration de principe de la FIJ sur la conduite des journalistes (1954/1986), on voit se multiplier les « chartes » dans des rédactions ou ailleurs. D’aucuns rejettent l’idée d’un « Conseil de l’Ordre ». Faut-il une charte commune à tous les journalistes ? La question fut posée lors des Assises de 2007. Certains y ont travaillé depuis, posant les bases d’un travail sur cette question, explique Bertrand Verfaillie, membre de l’Alliance Internationale des Journalistes.
« Pour une Charte Qualité de l’information » sera le thème d’un atelier, suivi de deux autres où l’on s’interrogera sur la pertinence d’une « instance de régulation » style « Conseil de presse » et sur la place de chacun – éditeurs et journalistes – dans les entreprises de presse. Vaste débat là encore, dans le contexte évoqué ci-dessus, où l’« économique » impose et conditionne de plus en plus le métier d’informer…
Plus que la première, la participation à cette deuxième édition des Assises sera un véritable test pour l’équipe de Jérôme Bouvier, qui espère pérenniser la manifestation. Ceci nécessite aussi un budget qui n’est pas encore totalement bouclé.
M. D.
Informations, programme complet et inscriptions sur www.assisesdujournalisme.com.