« Croyez-moi, j’ai encore de la réserve ! » Si François Schmitt a attendu l’âge de 70 ans pour publier, début juillet, son premier livre, ce ne sera probablement pas le dernier. François, que l’on connaît au Club de la presse pour être un fidèle de la première heure (1), est venu nous présenter, lundi 10 juillet, ses « Fais divers historiques criminels et insolites du nord de la France » (éditions Ravet-Anceau). « Passionné d’histoire depuis l’adolescence », François est aussi ancien journaliste au bureau d’Arras de La Voix du Nord, où il a passé 28 ans, après avoir travaillé dans des titres en Lorraine et en Provence.

« La chance de tomber au bon moment »
On lui a même demandé, arrivé à la retraite, de reprendre du service en créant et en alimentant une rubrique hebdomadaire, baptisée « Richesse de la mémoire ». Aujourd’hui disparue, cette chronique diffusée à l’époque dans le supplément dominical de La Voix du Nord traitait de l’histoire sous l’angle de l’anecdote. Pour ce faire, François a beaucoup fouiné dans les archives, ainsi que dans les anciennes collections de journaux, une habitude qu’il avait déjà prise depuis longtemps.

C’est ainsi qu’il a « l’impression de connaître personnellement » un ancien préfet du Pas-de-Calais, apparu à de nombreuses reprises dans les documents qu’il a compulsés. « On a parfois la chance de tomber au bon moment », ajoute-t-il. Il en veut pour preuve ces lignes, écrites à partir d’anciens numéros de L’Echo du Nord, qui relayaient la forte émotion ressentie par les gens du Nord après le massacre de prêtres jésuites des Boxers. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’au moment même où il rappelait cet épisode, un processus en canonisation était en cours.
« L’histoire de la région par le petit bout de la lorgnette »

Si ces deux exemples n’apparaissent pas dans ce premier livre, 37 autres histoires, connues ou moins connues, l’alimentent. « La seule contrainte que je lui ai imposée, c’est d’avoir une répartition chronologique [égale] », explique Gilles Guillon, responsable de l’activité édition chez Ravet-Anceau (2). On démarre ainsi avec « Jules César [qui] tente de faire assassiner Com l’Atrébate », en 52 av. J.-C., pour finir avec « Les cent millions du député du Pas-de-Calais », en 1949, une sordide affaire d’escroquerie montée par un ancien héros de la France libre. En passant par le débarquement grand-guignolesque de Napoléon III près de Wimereux, en 1840, et en évoquant aussi François Vidocq, dont une des (nombreuses) évasions a eu lieu à Lille, en 1796.

« C’est l’histoire de la région vue par le petit bout de la lorgnette », résume Gilles Guillon. Longues de quelques pages au maximum, ces chroniques se lisent très facilement et se prêtent à être picorées de temps à autre. Si ce livre a vu le jour, il le doit en partie à l’existence du Club de la presse. Gilles Guillon a en effet été, également, administrateur du Club. « Pendant les réunions [de CA], il y avait toujours François Schmitt qui venait me raconter une histoire », se souvient-il. Jusqu’au jour où le passionné d’histoire lance à son collègue administrateur : « Si je fais un livre, tu veux l’éditer ? » « Je lui ai répondu "Pourquoi pas ?", mais en ne pensant pas qu’il le ferait. » C’est aujourd’hui chose faite.

Quant à un éventuel prochain tome, il pourrait bien reprendre, notamment, l’histoire de cet inspecteur de police chargé de l’enquête sur l’assassinat d’un percepteur… qu’il avait lui-même commis en banlieue d’Arras ! Seul problème : une jeune fille avait assisté à la fuite du meurtrier et son témoignage le perdra. On pourrait tout aussi bien y lire un chapitre sur la Brigade des anges qui, pendant les années noires de l’occupation, a aligné les méfaits, dont l’assassinat crapuleux d’un ancien ministre de l’Agriculture.
Atria : tous styles et tous publics

Deux semaines plus tôt, toujours dans le cadre des Lundis du Club, nous avions accueilli un autre auteur et un autre éditeur. Atria s’est créée avec la volonté de publier tous genres de littérature : romans, théâtre, science-fiction, essais, nouvelles, contes… Et également de s’adresser à un public le plus large possible : enfants, adolescents et adultes. Pour expliquer sa volonté de créer une maison d’édition, Laurence Crombêke puise dans ses souvenirs d’enfance : « Enfant, mon grand-père travaillait aux papeteries de l’Aa. Il recyclait des livres imparfaits, abîmés ou invendus et il détestait cela au plus haut point. Alors, dès qu’il le pouvait, il effectuait des "opérations sauvetages" et dissimulait sous ses vêtements quelques livres destinés à une destruction certaine. Je trépignais d’impatience de le voir rentrer pour fouiller sa veste et découvrir les trésors qu’elle renfermait. »
Florence Boulanger, qui vit à Lille, vient d’éditer chez Atria « La Mort dans l’âme », 3e volet d’une trilogie qui comprend aussi « Max » et « La Tête dans les pieds ». « La Mort dans l’âme », ce sont trois destins à des siècles d’écart : la trajectoire du lord anglais Henry de Winterry (au XVIIe), celle de Felipe Albonso, passionné de course automobile dans l’Espagne du XXe siècle et celle d’« une belle jeune femme, Pandora, [qui] aime librement dans un monde parvenu à l’unité »… au XXVIe siècle.
Ludovic FINEZ
(1) François a fait partie du conseil d’administration depuis la constitution de l’association, en 1992, jusqu’à l’AG de juin dernier. Il a en effet décidé de passer la main, tout en restant membre du Club.
(2) Ravet-Anceau a notamment lancé une série de polars dont l’intrigue se déroule dans la région. Site internet : www.ravet-anceau.fr
(3) Site internet : www.editionsatria.com