« Calais TV est en danger », affirment le directeur de la chaîne locale, Patrice Vermeersch, et la nouvelle maire de Calais, l’UMP Natacha Bouchart. C’est bien leur seul point d’accord. La seconde reproche au premier un important déficit. Le directeur prévoit, pour sa part, des rentrées d’argent importantes, tout en dénonçant une reprise en main de la chaîne.
Selon le quotidien calaisien Nord Littoral, qui cite la maire (UMP) de Calais, Natacha Bouchart, TV Calais accuserait une perte financière de 139.686 euros sur l’exercice 2007. Le commissaire aux comptes de l’association qui porte la télévision locale a lancé une procédure d’alerte. Natacha Bouchart reproche au directeur de la chaîne, Patrice Vermeersch, de n’avoir pas informé la municipalité. Elle lui reproche en outre de n’avoir pas fait la demande de prolongation de fréquence dans les délais auprès du CSA.
Rappelant que durant la campagne des élections municipales elle avait annoncé qu’elle diminuerait le budget communication de la Ville si elle était élue, elle estime que l’actuelle participation de la municipalité dans le budget de fonctionnement de Calais TV est trop élevée. L’élue refuse d’éponger le déficit et propose de rechercher des partenaires. Elle évoque la CCI, Eurotunnel, voire un groupe de presse. En attendant, elle a pris la présidence de Calais TV. Elle aurait d’autre part annoncé aux administrateurs qu’elle ferait tout pour sauvegarder l’emploi de l’équipe salariée (douze emplois équivalents temps plein, dont quatre journalistes), mais qu’elle ne souhaitait plus travailler avec Patrice Vermeersch.
Polémique sur le dossier de renouvellement au CSA
Joint par le Club de la presse, ce dernier dément les accusations dont il fait l’objet. « Le dossier de renouvellement de fréquence a été déposé au CSA en décembre dernier », assure-t-il. S’agissant du déficit de 2007, il affirme avoir communiqué à temps. Et il souhaite replacer le chiffre publié par Nord Littoral dans son contexte. « Nous avons actuellement 131.000 euros en trésorerie », dit-il. « Par ailleurs, nous attendons plus de 100.000 euros d’ici juin, grâce aux contrats signés, et encore autant début septembre. Soit un total d’environ 300.000 euros. C’est plus qu’il n’en faut pour fonctionner jusqu’à la création de la Société d’économie mixte envisagée en octobre ! »
La création d’une SEM est en effet prévue afin de répondre à un futur appel à candidatures du CSA pour la création d’une télévision locale sur la TNT et pour laquelle Calais TV serait candidate. Celui qui est toujours, pour le moment, directeur de Calais TV, voit dans les annonces récentes une tentative de déstabilisation de la chaîne. Il souligne que la maire de Calais ne s’est pas contentée de prendre la présidence de Calais TV. Selon lui, « elle a également supprimé deux postes d’administrateurs attribués à l’opposition municipale et a placé cinq membres de la municipalité au Bureau de la structure de gestion, au lieu de trois jusqu’à présent, prenant ainsi la majorité absolue au conseil d’administration ».
Pour Patrice Vermeersch, ce « recentrage », présenté pour sauver Calais TV et ses emplois, revient en fait à « passer d’un statut de TV d’information locale à une mission de communication ». Dans ces conditions, juge-t-il, « on peut imaginer que le CSA sera bien embarrassé pour délibérer sur ce nouveau média hertzien de communication municipale ». Lui et la maire de Calais sont au moins d’accord sur un point : « Calais TV est en danger ».
Philippe ALLIENNE