Les sujets télévisuels et les articles traitant de la question des allocataires du RMI et de l’insertion en général sont fréquents dans les médias. Ce fut particulièrement le cas durant la campagne présidentielle. Si certains de ces reportages ont été bien accueillis par les personnes concernées, d’autres, au contraire, ont aggravé leur sentiment de stigmatisation. Quand des hebdomadaires ou des émissions de télé traitent de « La France qui fraude » (sous-entendu : les services sociaux), des préjugés voient le jour. « Le fraudeur est l’ennemi désigné, explique Eric Vandewalle, membre du Forum permanent de l’insertion. De plus en plus, l’opinion publique pense que si des gens sont au RMI, c’est qu’ils y sont pour quelque chose, qu’ils sont responsables de leur situation. »
« Les journalistes interrogent rarement ceux qui vivent la précarité »
Sans aller vers ces cas extrêmes, l’arrivée de journalistes dans une structure d’accueil est souvent vécue comme une intrusion. Les personnes en insertion pensent parfois que, même lorsque les médias parlent d’elles, elles n’ont pas voix au chapitre. « Pour parler de la précarité, les journalistes interrogent souvent les travailleurs sociaux, les partenaires, les élus, poursuit Eric Vandewalle, mais rarement les gens qui la vivent au quotidien. » Rogers, un ancien sans domicile fixe qui s’occupe d’une association d’aide aux indigents et se définit lui-même comme un citoyen, participe à l’organisation du Forum. Il a aussi ce sentiment : « J’ai déjà été interviewé. Je n’ai pas retrouvé ce que j’avais dit. J’expliquais mes démarches pour me sortir de la rue et au final, en 1 minute 30, on avait l’impression que je ne faisais pas grand chose. Le choix des images, les coupures, les commentaires sont très importants. »
Pas de confrontations mais des échanges constructifs
Fort de ce constat, le Forum permanent de l’insertion a décidé d’organiser une journée dédiée aux médias (1) pour permettre aux RMIstes, aux travailleurs sociaux, aux élus et aux journalistes de se rencontrer tout en contribuant à créer du lien social. Les questions soulevées par cette rencontre aborderont l’image de l’allocataire, le traitement de l’information et les contraintes propres à l’exercice du métier de journaliste. Le forum permanent n’est pas un lieu de revendication et de confrontation, mais un lieu d’échange et de rapprochement des points de vue. « Les allocataires ne sont pas des citoyens aux rabais, explique Eric Vandewalle. Ils ont des choses à dire, des idées. Ils se posent des questions. »
Les associations membres du collectif et les allocataires bénévoles préparent cette journée depuis novembre 2006. Elle s’axera autour de plusieurs points forts. En premier lieu, un petit film présentant le travail de l’atelier média et les réflexions qui en ont découlé sera projeté. Le réalisateur, Erick Chevalier, a initié des RMIstes à la création audio-visuelle. A tour de rôle, chacun est passé des deux côtés de la caméra, ce qui a permis de découvrir et de mieux comprendre les contraintes techniques des journalistes de télévision.
Ensuite, les résultats d’une enquête effectuée auprès d’une centaine de SDF lillois seront dévoilés. Un groupe de quatre à cinq personnes restituera oralement les paroles recueillies concernant la perception des médias, leur traitement de la campagne présidentielle ainsi que les espoirs d’insertion. La matinée se terminera en spectacle, par une représentation participative du Théâtre de l’opprimé.
Après une pause casse-croûte, l’après midi sera consacrée au visionnage de plusieurs reportages fournis par les rédactions régionales sur le thème de l’insertion, dans le but de faire naître le débat et la discussion entre allocataires des prestations sociales et les journalistes présents.
Appel aux journalistes
Cette journée média se veut une journée d’échanges. Les organisateurs du forum permanent souhaitent que les journalistes jouent le jeu et participent (2) . Leur présence est indispensable pour que le dialogue s’instaure. Ils pourront ainsi répondre aux questions posées et expliquer leur travail et leurs impératifs dans le traitement de l’actualité, le choix de sujets et de l’angle, comment sont choisis les individus interviewés qui témoigneront pour tous les autres… Ce sera aussi pour les professionnels des médias l’occasion d’écouter ce que les personnes en difficulté ressentent et comment elles perçoivent les reportages réalisés sur elles.
S. C.
(1) Jeudi 28 juin 2007, de 09h à 17h, salle Concorde (Nouveau centre social, Faubourg de Béthune), 65 rue Saint-Bernard, à Lille.
(2) Pour participer, contacter l’équipe d’animation du forum permanent au 03 20 58 19 58 ou par mail : cref ilep.fr
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Un collectif d’associations
Le Forum permanent de l’insertion est un collectif d’associations (1) qui existe depuis 2002. Son objectif est de se faire rencontrer les professionnels de l’insertion, les travailleurs sociaux et les allocataires du RMI pour permettre à chacun d’en devenir acteur. Il développe aussi une dynamique inter-associative et inter-institutionnelle favorable à l’émergence d’un réseau oeuvrant contre les exclusions.
Son but est de créer du lien social en impliquant les personnes en situation précaire dans la lutte contre la pauvreté. L’isolement, caractéristique des RMIstes, est ainsi rompu en leur permettant de s’exprimer et d’être écoutés hors des situations d’urgence. Depuis sa création, différents thèmes ont été abordés, comme l’emploi, les transports, le surendettement…
S. C.
(1) Le Forum permanent de l’insertion est constitué d’allocataires et des associations suivantes : ABEJ, Accueil F. Ozanam, AREAS, Martine Bernard (Orange Bleue), ATD Quart Monde, CAL-PACT, CAPHARNAUM, CCAS Ville de Lille, Fondation Armée du Salut, KEKCHOSE, MAGDALA, PLEPS (secteur métropole Lille Nord), PLIE de Lille, Secours Catholique, Secours Populaire, STARTER, URIOPSS.
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