Maul, demi de mêlée, pilier, transformation… Ces mots ne sont pas courants dans le Nord–Pas de Calais. Il faut dire que la Région n’est traditionnellement pas une terre d’Ovalie. Elle accueillera néanmoins, au stade Bollaert de Lens, trois matchs (1) de la Coupe du monde, qui débutera en septembre. Le 9 juillet, dans le cadre des Lundis du Club, Sylvia Lagana, représentant la Mutualité Française en charge de la couverture médicale de la manifestation, et Gilles Guerrin, journaliste sportif spécialisé dans le rugby, ont présenté l’événement.
Photos : Club de la Presse
« Le rugby n’est pas simplement un sport, explique Gilles Guerrin, c’est avant tout une culture et un art de vivre. » Si le ballon ovale n’a pas pris dans la Région, les raisons sont avant tout historiques : sport originaire d’outre-Manche, il s’est plus facilement enraciné dans les secteurs avec une forte population anglaise comme le Sud-Ouest. « Mais il y a d’autres causes à cette disparité, poursuit le journaliste spécialisé. La République a décidé, à la fin du XIXe siècle, de créer des équipes scolaires de rugby tandis que l’Eglise soutenait plus le football. C’est pour cela que le ballon ovale est moins implanté dans les régions traditionnellement catholiques. On note aussi une différence entre les régions industrielles et celles qui le sont moins. Les immigrés polonais, italiens, espagnols employés dans les usines ont emmené avec eux leurs cultures, leurs traditions et leurs pratiques sportives dont le rugby ne fait pas parti. »

- Gilles Guerrin, journaliste sportif passionné de rugby
C’est pour ces raisons que le Nord – pas de Calais n’est pas une terre de rugby. Les meilleurs clubs jouent en fédéral 2, l’équivalent à la 4e division au football. Les féminines de Villeneuve d’Ascq sont l’exception qui confirme la règle. Elles jouent en National 1, avec l’élite, et sont craintes même dans le Sud-Ouest. « Le rugby féminin, qui partait de quasiment zéro il y a 10 ans est en pleine expansion, explique Gilles Guerrin. Et n’imaginez pas les joueuses avec des carrures de nageuses d’Allemagne de l’Est car, contrairement aux idées reçues, elles sont très féminines. »
La tenue de la Coupe du monde en France devrait dynamiser le nombre de licenciés. Cette compétition est le troisième événement sportif de la planète, après la Coupe du monde de foot et les Jeux Olympiques. Son organisation est un travail gigantesque.
Les grands moyens
« Quand il a été proposé à la Mutualité Française de prendre en charge la couverture médicale de la Coupe de monde, raconte Sylvia Lagana, le cahier des charges de l’IRB (2) nous est apparu démesuré. » Le réseau de mutuelles doit se tenir prêt à parer à toutes éventualités pendant les matchs et les entraînements mais aussi durant toute la durée du séjour, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, des vingt équipes participantes.
Le rugby est un sport de contact. Pour chaque rencontre, l’équipe de la Mutualité Française présente dans le stade sera composée d’un médecin du sport coordonnant une équipe de dix spécialistes (3) et huit secouristes, tous bénévoles et anglophones. En cas d’évacuation nécessaire d’un joueur, une seconde équipe est d’astreinte dans des cliniques proche du lieu du match. Pour le stade Bollaert, ce sont celles de Liévin et d’Hénin-Beaumont qui ont été retenues. La nuit aussi, des spécialistes seront de garde. « Nous devons pouvoir répondre à tous les cas de figure, explique la représentante de la Mutualité. Nous pourrons par exemple être sollicités pour un joueur qui souffre d’une rage de dent ou qui a perdu une lentille. »
Les accidents graves sont rares… mais ne peuvent être exclus
Bien sûr, les vingt équipes participantes viendront avec leurs propres staffs médicaux qui pourront prendre en charge leurs joueurs. Pour cela, elles devront signer une décharge, car la Mutualité est responsable.

- Sylvia Lagana, représentante de la Mutualité Française
Les chocs peuvent être rudes au rugby. Même si les accidents graves sont rares, ils ne peuvent pas être totalement exclus. Ce fut le cas en 1995 lors d’un match de Coupe du monde Côte d’Ivoire–Nouvelle Zélande. Un joueur ivoirien, équipe composée d’amateurs, a été plaqué alors qu’il ne s’y attendait pas par un « All-Black » : il est resté paralysé à vie. La prise en charge se doit donc d’être la plus rapide possible, pour assurer des soins optimums. Dans ce but, les premiers repérages au stade Bollaert pour définir l’emplacement des infirmeries et les plans d’évacuation ont eu lieu dès 2003. Pour que la fête ne soit pas gâchée.
« La Mutualité Française est surtout connue comme un acteur de la couverture alors qu’elle gère aussi des établissements de santé, conclut Sylvia Lagana. Les gens ont souvent l’image d’une vieille dame en pensant à elle alors que nous sommes à la pointe de la technologie médicale et chirurgicale. »
S. C.
(1) samedi 8 septembre à 18h00 : Etat-Unis – Angleterre
Samedi 22 septembre à 14h00 : Tonga – Afrique du Sud
Mercredi 26 septembre à 18h00 : Namibie – Georgie
(2) International Rugby Board (Fédération Internationale de Rugby).
(3) Un neurochirurgien, un chirurgien orthopédiste, un chirurgien du rachis, un chirurgien maxillo-facial, un ophtalmologiste, deux réanimateurs, un infirmier anesthésiste, un infirmier de bloc opératoire et un kinésithérapeute.