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jeudi 8 décembre 2011
Festival du SCOOP 2011
Dans les coulisses d’Envoyé Spécial
Avec ses grands reportages hors du commun, l’émission Envoyé Spécial est devenue incontournable dans le paysage audiovisuel français. L’équipe en a dévoilé les secrets à Roubaix, avec des images fortes et des convictions inébranlables.

- Guilaine Chenu et Françoise Joly, rédactrices en chef et productrices déléguées d’Envoyé Spécial
Il y a certains jours où le métier de journaliste est décourageant. Mais il y aussi certains soirs, où le discours de grands reporters est réconfortant. C’était le cas mercredi soir, dans un Colisée quasiment comble à Roubaix, où le festival du Scoop Grand-Lille donnait carte blanche à l’équipe d’Envoyé Spécial. « La base de notre métier, c’est de montrer ce qui ne fonctionne pas. Le journalisme se construit d’abord sur une part de révolte face à l’injustice. L’essence du journalisme, c’est la colère et l’indignation », ont expliqué Guilaine Chenu et Françoise Joly, rédactrices en chef et productrices déléguées de l’émission.
Jusqu’à 6 mois d’enquête
Premier extrait diffusé, Carnet de route : l’Amérique en faillite d’Elise Le Guevel, sur les villes en faillite aux Etats-Unis. « Un travail qui a nécessité un mois de préparation, en contactant des journalistes et des fixeurs sur place, 15 jours de tournage et 15 jours de montage », explique la journaliste grand reporter. Mais pour Françoise Joly, la durée diffère du tout au tout en fonction des sujets, allant jusqu’à six mois d’enquête, pour l’affaire du Médiator notamment. « Ce qui est difficile dans notre métier, c’est de raconter la petite histoire qui reflète la plus grande à travers du grand reportage », fait remarquer Guilaine Chenu.
Images fortes
Deuxième extrait, Les Naufragés de la Révolution, où Alexandra Deniau n’a pas hésité à prendre des risques. Elle embarque dans un bateau bondé de 150 Tunisiens fuyant leur pays malgré la Révolution. Objectif rallier la ville italienne de Lampedusa et ainsi entrer en Europe. « C’était en traversant avec eux que nous pouvions vraiment mesurer à quel point ils n’avaient plus rien à perdre. Nous avions pris toutes les précautions de sécurité nécessaires (balise argos, gilet de sauvetage, téléphone satellite). La seule chose que nous n’avions pas prévu, c’était la tempête. Bien sûr que j’ai eu peur. J’ai vraiment cru qu’on allait chavirer », raconte la journaliste. Et les images sont effectivement tout à fait saisissantes.
1600€ la minute
Dans le public, les questions ont été nombreuses, posées surtout par les étudiants de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille. A chaque fois, l’équipe a su répondre en toute simplicité, de façon très pédagogique, sans tabou. Bien évidemment est arrivée la question du budget d’une émission. « Nous produisons de nombreux sujets nous-mêmes. Envoyé Spécial reste l’émission la moins chère du PAF. A titre de comparaison, l’émission en Terre Inconnue, qui nécessite de nombreux repérages, coûte quatre fois plus cher. Lorsque nous achetons un sujet à une agence, le budget est de 1600€ la minute diffusée, soit entre 30 000€ et 40 000€ pour un 26 minutes. »
Pas de zones d’ombres
La vraie information demande du temps et coûte forcément. « Il ne faut pas croire que parce que nous sommes en démocratie, les portes s’ouvrent plus facilement. Au contraire, la pratique de notre métier devient de plus en plus difficile. Aujourd’hui, il est très difficile de tourner dans des hypermarchés, dans des cuisines de restaurants, dans des entreprises, des prisons, des écoles ou des hôpitaux. » C’est pourquoi Envoyé Spécial recourt à des caméras cachés ou à des infiltrations. « C’est parfois le seul moyen que nous ayons de récupérer l’information. Sinon, les services de communication ne nous retransmettrons qu’une image lisse qui ne correspond pas à la réalité. Le grand reportage reste notre ADN. Nous ne pouvons pas imaginer qu’il y ait des zones d’ombres où il n’y ait pas d’information. Nous continuerons d’aller dans ces endroits là. »

- Le Colisée à Roubaix accueillait la soirée
GD (Photos : Gérard Rouy)
Envoyé Spécial, la suite
« Un jour notre directeur nous a appelées et nous a dit « Les filles –c’est comme ça qu’on nous appelle-, est-ce qu’on ferait pas la suite des reportages d’Envoyé Spécial ? », se souvient Guilaine Chenu. Envoyé Spécial La Suite était né. Le plus difficile, c’est de retrouver les personnes. « Il nous est arrivé de devoir faire un arrêt sur images, pour voir le panneau d’un arrêt de bus, googeliser l’endroit pour retrouver la ville, éplucher les pages jaunes à la recherche d’un nom italien », explique Hugo Plagnard, seul homme du plateau de journaliste, rédacteur en chef de la nouvelle émission.
« La Suite permet aussi d’imaginer la suite positivement, ajoute Guilaine Chenu et Françoise Joly. A Marseille, les 14 ascenseurs d’une cité HLM ont été réparés depuis notre passage alors que lorsque nous avions réalisé le reportage, un seul était en état de marche. Nos sujets ont permis de faire changer des lois en Russie. Une action en Philippines a été menée par une école de commerce lilloise après un de nos reportages. Après certaines choses ne bougent pas. Nous avions fait un reportage sur ces personnes qui bénéficient d’un logement social alors qu’elles n’y ont pas droit. Et aux dernières nouvelles, Jean-Pierre Chevènement habite toujours dans un HLM. »

- Une partie de l’équipe d’Envoyé Spécial, les journalistes Elise Le Guevel, Hugo Plagnard (rédacteur en chef d’Envoyé Spécial La Suite) et Alexandra Deniau.
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Ils l’ont dit au SCOOP ...
« L’essence du journalisme, c’est la colère, l’indignation »
Guilaine Chenu, lors de la soirée "Envoyé Spécial" à Tourcoing le 7 décembre
« Les sujets viennent d’un chiffre, d’une étude, d’une conversation voire même d’une question. Un de nos derniers sujets s’est intéressé à la mode de l’extension des cheveux qui nous permis de remonter toute la filière, jusqu’aux Indiens qui offrent ces cheveux au départ. » Françoise Joly, lors de la soirée "Envoyé Spécial" à Tourcoing le 7 décembre
« Nous choisissons toujours des images qui sont porteuses d’informations. Les seules frontières que l’on ne souhaite pas franchir ce sont celles de la dignité humaine », Guilaine Chenu et Françoise Joly, lors de la soirée "Envoyé Spécial" à Tourcoing le 7 décembre.
« 25 ans après, nous doutons toujours. On n’a jamais de certitudes dans ce métier. » Guilaine Chenu et Françoise Joly, lors de la soirée "Envoyé Spécial" à Tourcoing le 7 décembre
« Quand vous partagez des moments forts, ce n’est pas forcément évident de rentrer et de passer tout de suite à autre chose » , Le Guevel, lors de la soirée "Envoyé Spécial" à Tourcoing le 7 décembre.
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