Exposition « Le Nord-Pas de Calais vu par ses photographes : Les journalistes au travail, hier, aujourd’hui... demain ? »
Photojournalistes, exposez votre travail en participant à l’exposition du Club de la Presse « Le Nord-Pas de Calais vu par ses photographes : Les journalistes au travail, hier, aujourd’hui... demain ? »
Denis Cacheux était un homme orchestre. Ancien séminariste, ex-marsouin, ce comédien, accordéoniste, chanteur, auteur-compositeur et artiste de rue avait également été éducateur-animateur. Et journaliste. Ce mardi 11 mars 2008, à Gravelines, il a choisi de partir. Il avait 63 ans.
Photos : Gérard Rouy
Le peuple de Wazemmes, comme celui de Montmartre, n’oubliera pas son accordéon. Il le portait en bandoulière comme un guérillero porte son arme : toujours en éveil, prêt à dégainer contre l’ennemi. Pour Denis Cacheux, l’ennemi s’appelait bêtise, injustice, inégalité, exclusion et discrimination. Il ne tirait pas des balles mortelles, mais des notes de musique. Il décochait, redoutable, des chansons de Bruant ou de Botrel. Toujours pour la liberté. Liberté des femmes et des hommes, liberté de penser, liberté de dire.
Dans les manifestations pour les sans-papiers, il brandissait ses propres slogans. Jaillis de son cœur, de sa révolte, de son sens de la justice et du juste combat. Même chose pour son engagement pour les droits des intermittents du spectacle. Son accordéon ? C’était une arme puisqu’un jour, la police le lui avait confisqué !
Né en mai 1945, à Avesnes-sur-Helpe, il a embrassé une carrière de journaliste à partir de décembre 1969. C’était à Maubeuge, à l’agence de La Voix du Nord. En 1976, toujours à Maubeuge, il décide de devenir éducateur-animateur. Mais sa véritable voie, c’est le spectacle et le théâtre citoyen. Il l’emprunte définitivement à partir de 1980.
Intermittent et impertinent
Il y a vingt-cinq ans, il crée la compagnie « Tant qu’à faire », qu’il a toujours animée depuis. Il joue avec sa compagne, la comédienne Anne Cuvelier. « Dans l’intermittence et l’impertinence ». Dans la galère aussi. Il est présent sur les scènes parisiennes, comme le Théâtre National Populaire de Chaillot ou la Cartoucherie de Vincennes, il est nommé « citoyen de Montmartre ». Mais il ne perd jamais le nord. Wazemmes , où il était président de l’association du carnaval et un incontournable du festival « Wazemmes l’accordéon ». Il se produit également dans l’ex-bassin minier. Les habitués du café « Chez Simone » l’entendent encore.
Il y a trois ans, le Club de la presse l’avait sollicité, comme de nombreux autres artistes, pour soutenir la journaliste Florence Aubenas, alors retenue en otage en Irak. Il avait accepté spontanément de nous prêter sa voix, pour une message radiodiffusé. Avec sa compagne, Anne, il avait ainsi signé notre pétition : « La vie est courte. Ou longue. Relative, enfin ; mais précieuse. Unique. L’existence de chacune, de chacun n’appartient qu’à celles, qu’à ceux, qui la vivent. D’aucune façon à ceux qui s’en emparent ni à ceux qui la volent ou la monnayent. Au nom de quelque cause, de quelque principe que ce soit. La liberté, la dignité de chacune, de chacun n’a pas de prix. Elle est inestimable. C’est la seule certitude sur cette terre pour une conscience indépendante. »
Philippe ALLIENNE
Ecouter son intervention en soutien à la journaliste Florence Aubenas, alors retenue en otage en Irak