Elle est jeune, jolie et ethnologue. Et cette dernière qualité donne à son dernier livre - qui se révèle être en fait son premier vrai ouvrage - une impression de jamais vu. Pourtant, des livres sur les beffrois, il ne doit pas en manquer : historiques, architecturaux, artistiques, etc. Mais curieusement aucun ne vient à l’esprit. Il n’en sera sans doute pas de même pour "Des beffrois et des hommes" que vient de sortir Marie-Lavande Soleille-Laidebeur.
C’est un plaisir que de parcourir les 224 pages grand format (32,5 x 22 cm) à la mise en page aérée et aux nombreuses photos couleur (plus de 200) d’excellente qualité (principaux photographes : Samuel Dhote et Vincent Vincke). Et on aura beau dire, la forme cela compte quand même !
Mais bien sûr c’est le fond qui compte le plus. Il y a la description de 100 beffrois de Picardie, du Nord-Pas-de-Calais, de Belgique et de Zélande, avec une page pour chacun et une ou deux photos. Mais on retiendra surtout la première partie du livre de Marie-Lavande. Selon ses propres termes, elle décrit "un voyage en quête de rapport entre les hommes et les beffrois". Elle a donc rencontré beaucoup de monde afin de "renouveler le regard sur les beffrois". Ce n’est pas l’histoire qui la passionne le plus mais ce que ces "tours urbaines" représentent pour les gens d’aujourd’hui, pour nous tous du nord de la Seine.

- Marie-Lavande Soleille-Laidebeur, au centre, lors de la présentation de son ouvrage au Club de la Presse.
Pourquoi nous approprions-nous toujours ces beffrois au point d’en faire les logo de nos régions et de nos villes, de les faire figurer sur les en-tête de nos entreprises et les emballages de nos produits ? Pourquoi nous rassemblons-nous toujours à leur pied pour attraper les "objets-fétiches" qu’on nous lance en des circonstances précises et selon des cérémoniels immémoriaux ? Elle dit aussi les mystères des carillonneurs, isolés dans leur chambre, reprenant les airs traditionnels ou les adaptant à de nouvelles circonstances. Savez-vous ainsi que le beffroi de la chambre de commerce de Lille n’égrène plus la ritournelle du "P’tit quinquin" mais l’hymne européenne depuis une certaine campagne référendaire ?
Symbole des libertés médiévales, puis de la démocratie, les beffrois sont désormais accaparés par les régions nouvelles qui en font le symbole des nouveaux pouvoirs locaux. Ce n’est certes pas le moindre des mérites du livre de Marie-Lavande Soleille-Laidebeur que de nous faire réfléchir sur les liens qui unissent toujours les beffrois et les hommes.
P.F.
"Des Beffrois et des hommes", Geai Bleu Editions à Roubaix, 224 pages, plus de 200 illustrationsquadrichromie, 30 €.