<p>La loi sur l’eau de 1964 a créé six bassins hydrographiques dans lesquels six agences de l’eau, établissements publics de l’Etat sous tutelle du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable et sous celle du Ministère chargé des finances agissent pour concilier gestion de l’eau et développement économique dans le respect de l’environnement.</p>

 
 
 

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vendredi 3 juin 2011

Edito

Dis, monsieur le journaliste, c’est quoi un quartier insensible ?

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Trois journalistes, Stéphane Gravier, Noémie Coppin et Ettore Malanca se sont lancés dans une bien étrange et audacieuse aventure. Le premier est reporter radio et a notamment travaillé pour Agora FM, une radio associative des Alpes Maritimes qui « fait de la parole des habitant(e)s et des acteurs de terrain » une priorité. La seconde travaille, à la pige, pour la presse écrite dans le Nord. Le troisième est photographe. Deux Français, un Italien, deux hommes, une femme, trois générations, une même préoccupation : comment faire son métier de journaliste dans les quartiers populaires.

Leur questionnement s’inscrit dans une longue observation du système médiatique et dans des pratiques qui dérogent souvent au journalisme de l’urgence. Depuis 1982, par exemple, Agora FM s’intéresse particulièrement à la démocratie locale en donnant la parole aux jeunes des quartiers, aux publics en difficulté, aux militants associatifs, etc. Souhaitant aller plus loin, le trio journalistique a initié un travail de longue haleine sur les « médias et quartiers populaires ». Une première partie, récemment présentée à l’École supérieure de journalisme de Lille, porte un titre évocateur : « Les habitants des quartiers parlent aux médias »

Basique cliché

Trouver un autre regard, une autre approche de ce que l’on nomme trop souvent, ou trop aisément les banlieues, avec toute la connotation négative qui entache celles-ci comme elle le fait pour les cités ou les quartiers : telle est donc la mission que se donnent nos trois confrères. L’intention est noble autant que nécessaire, le labeur est rude. Le traitement des révoltes de 2005 a pu donner lieu de point de départ à une réflexion. D’autres exemples sont légion. On se souvient du passage de l’équipe d’Harry Roselmack, fin 2009, dans un quartier de Maubeuge pour un spécial « Sept à Huit » intitulé... « Peur dans la cité ». A Lille Sud, on a gardé en tête les fausses barbes et le reportage bidonné pour « La Marche du siècle » de France 3 ;

Ces pratiques existent toujours. Pire, les médias se font prendre à leur propre jeu lorsque des anonymes leurs disent ce qu’ils veulent entendre. Ainsi du cas de cette Malienne imaginaire de Montfermeil, en fait un homme qui a livré au « Point » un témoignage bidon, par téléphone, sur les immigrés africains et la polygamie qui les caractériserait ! « Je lui ai livré une histoire basique, complètement dans le cliché », a expliqué l’auteur de ce canular ou, si l ’on préfère, de ce bidonnage à l’envers destiné à prouver le manque de sérieux des journalistes.

Le silence peut être résistance

Sauf que, sauf que... Comme l’écrit fort bien Ludovic Finez dans « Liberté Hebdo », on ne peut en rester à la dénonciation sous peine d’être un peu court. Car cette dénonciation existe depuis longtemps. Depuis tellement longtemps qu’elle fait place aujourd’hui à une colère sourde de la part des personnes concernées. Face aux médias, accusés de parti pris et d’incompréhension, celles-ci préfèrent finalement le silence. «  Qu’ai-je à faire des problèmes professionnels des journalistes, de leurs contraintes et de l’exigence de rentabilité de leurs entreprises ? Ce n’est pas mon problème. Je constate simplement le résultat dans les colonnes de leurs journaux et dans leurs émissions. Ces résultats ne collent pas avec notre réalité ». Ainsi juge l’un des intervenants invités l’autre jour à débattre à l’École supérieure de journalisme de Lille.

Du côté des journalistes, lors de cette même rencontre, on a entendu des propos qui laissent rêveurs. «  Nous ne sommes pas sociologues. Ne nous trompons pas de métier », se défend celle-ci. « Il m’arrive, pour obtenir une interview, de ne pas dire avec précision pourquoi je demande un rendez-vous », avoue une autre. Comment, dès lors, retrouver la confiance de ceux qui vivent dans les quartiers populaires et qui, souvent avec raison, ont l’impression d’être au mieux manipulés, au pire regardés comme les animaux d’un zoo.

L’impression est telle, au final, que l’on peut douter de voir un jour les médias traditionnels sortir de leurs schémas. «  Le silence est une forme de résistance » estime le sociologue Saïd Bouamama. Pour lui, la question n’est pas de s’interroger sur la manière dont les médias parlent des milieux populaires. «  Ces derniers ne sont pas des déserts politiques », dit-il. « Ce qu’il faut savoir, c’est pourquoi on souhaite que les milieux populaires s’expriment, pour qui ils veulent s’exprimer et sur quels thèmes.  » Le chômage est l’un de ceux là bien sûr. Prioritairement.

Paroles d’experts

Plus que rendre la parole aux gens, il importe que que ceux-ci se réapproprient une parole confisquée par un processus médiatique. Le vocabulaire fréquemment employé est en soi un premier révélateur d’une information qui n’est pas adaptée. Qui parle de «  quartiers sensibles » ? Certainement pas celles et ceux qui y vivent. L’expression est tellement usitée, tellement utilisée par les médias, que l’on ne se rend pas compte de son aspect absurde. « Qu’est-ce qu’un quartier insensible ? » ironise ainsi un habitant.

Les thèmes traités n’échappent pas aux schémas pré-établis et imposés par une pensée dominante. C’est le cas, entre autres exemples, pour le foulard islamique. Le point de vue des premières concernées est souvent négligé au profit des paroles d’experts. Cette logique est d’autant confortée depuis 2007. Selon Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille, la présidence de Nicolas Sarkozy consacre «  l’ethnicisation des milieux populaires  ». C’est pourquoi il importe d’aborder d’abord la question de la discrimination raciale.

Le travail de Stéphane Gravier, Noémie Coppin et Ettore Malanca est donc particulièrement nécessaire. Même s’il faut se garder de généraliser. De nombreux journalistes savent en appeler à la notion de responsabilité sociale. Sachons toutefois garder à l’esprit les poissons volants de Michel Audiard. Ils ne font pas la majorité. Pour évoluer vers une information plus proche des gens, donc qui les concerne, il est plus qu’utile -et urgent- que les habitants des quartiers parlent aux médias.

Philippe Allienne

On peut aussi consulter : www.agoramiroir.com


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