Jeudi, au Caire, la journaliste Caroline Sinz a déclaré avoir été violemment prise à partie et victime d’une agression sexuelle de la part d’hommes en civil, alors qu’elle était en train de filmer dans la rue en compagnie de son cameraman Salah Agrabi. « Nous avons été assaillis par des jeunes de 14 ou 15 ans », assure-t-elle, en faisant état « d’attouchements », avant d’être tous deux entraînés par un groupe d’hommes vers la place Tahrir. « J’ai été tabassée par une meute de jeunes et d’adultes qui ont arraché mes vêtements » et qui ont procédé à des attouchements répondant « à la définition du viol », a-t-elle déclaré. « J’étais lynchée. Cela a duré environ trois quarts d’heure jusqu’à ce qu’on puisse m’extraire. J’ai cru que j’allais mourir », a-t-elle ajouté, en précisant que le cameraman avait lui aussi été « tabassé ». Finalement secourue, elle a pu rejoindre son hôtel, où elle a été assistée par l’ambassade de France au Caire avant de consulter un médecin.
D’autres femmes journalistes déclarent elles aussi avoir subi des violences sexuelles au Caire, comme l’éditorialiste américano-égyptienne Mona al-Tahawy, libérée jeudi après avoir été agressée sexuellement par des policiers, comme Lara Logan, correspondante à l’étranger de la chaîne CBS, agressée en février dans le secteur de Tahrir.
Après avoir d’abord déconseillé aux médias d’envoyer en Egypte des femmes journalistes suite à l’agression de Caroline Sinz, Reporter sans frontières (RSF) a finalement seulement préconisé des « mesures de protection particulières ». Le syndicat des journalistes CGT de France Télévisions avait immédiatement récusé la position de RSF en déclarant dans un communiqué « que les femmes sont des journalistes comme les autres et qu’elles ont le droit d’exercer leur métier comme tout confrère. Il n’appartient qu’aux rédactions de choisir les journalistes à envoyer dans les zones de conflits ». « La presse ne doit pas plier devant ceux qui voudraient cantonner nos consoeurs au rôle d’épouse et de mère », conclut le syndicat.
Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, déclare : « Alors que de nombreux journalistes sont régulièrement pris à partie, retenus en otages dans le monde, ces faits extrêmement graves rappellent combien le libre exercice de la profession de journaliste est difficile et combien le droit à l’information est fragile. Ces violences inacceptables portent atteinte à tous les journalistes et doivent être fortement dénoncées. Il faut sans relâche, partout dans le monde, défendre la liberté d’informer ».