Le public n’a pas boudé la soirée de soutien organisée le 22 octobre par le Club de la presse. C’est bon signe. Hervé Ghesquière, Stéphane Taponier et leurs collaborateurs et accompagnateurs, Mohamed, Ghulan et Satar ne sombrent pas dans l’oubli et dans l’indifférence. Ce n’était pas gagné d’avance. Mais, deux semaines après les concerts lillois et parisien, que faut-il retenir ?
Précisément, la mobilisation du public, des artistes et des journalistes a permis une liberté de parole et de ton trop souvent contenue jusque là. « Liberté, j’écris ton nom ». Sur la scène du Nouveau Siècle, le collectif « On a slamé sur la lune » n’a eu de cesse de répéter et de slamer le vers de Paul Eluard. Liberté pour ceux qui sont retenus en otage. Mais aussi, liberté d’informer, liberté d’aller partout, liberté de dire.
« Liberté, légitimité, responsabilité ! » leur a répondu, en écho, le directeur général de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille. Une manière pour lui de rappeler que le rôle des journalistes est d’aller à la source de l’information et de refuser de se faire embarquer. « C’est le pendant de notre propre liberté et de notre droit à être informés de façon indépendante » a-t-il insisté.

- "Liberté, j’écris ton nom"
Il sera important de ne pas oublier à quel point ce dossier des otages a mal démarré. Les accusations d’ « imprudence coupable » portées par l’Elysée en début d’année auront fait le plus grand mal en discréditant, non pas les journalistes, mais la discrétion nécessaire aux négociations à laquelle appelait le pouvoir. « Au début , explique le petit cousin d’Hervé Ghesquière, nous [les familles – ndlr] avons obéi. » Le silence des familles ne relevait pas de leur volonté comme cela a été trop souvent affirmé. Il était imposé par le Quai d’Orsay.
Une mobilisation mal partie et qui, même aujourd’hui, n’a rien à voir avec l’ampleur du mouvement qu’avait soulevé l’enlèvement de Florence Aubenas, en janvier 2006, ou de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, quelques mois plus tôt. Les mots injustes du chef de l’Etat, du secrétaire général de l’Elysée et du chef d’Etat major des armées y sont pour beaucoup. Surtout, ils s’intègrent dans une logique infernale qui conduit à l’organisation d’une détestation des journalistes.
La personnalité de l’actuel chef de l’Etat est un élément majeur de cette détestation. Lorsqu’il était encore loin d’occuper les plus hautes fonctions, celui-ci se plaisait à plaisanter, devant les caméras, sur un certain nombre de journalistes. Un humour à sens unique. Malveillant. Plus tard, l’humour et l’ironie ont cédé la place aux critiques acerbes puis aux menaces (la télévision publique en a fait les frais). Enfin, les menaces se sont traduites par des condamnations et des exécutions, à commencer par celle de l’ex-directeur de Paris-Match, Alain Genestar.
Le processus ne s’est pas arrêté là. Lorsque les Etats-Généraux de la presse, organisés il y a deux ans à la demande de.... la présidence de la République, ont affirmé que le public ne faisait plus confiance aux médias (un vrai scoop !), les dés étaient pipés depuis longtemps. Bientôt, on trouvera naturel de cambrioler des journalistes et de les espionner !
Aux Etats-Unis, paraît-il, les journalistes ne jouissent pas de la considération qui est (encore) accordée à leurs confrères français. Depuis de nombreuses années maintenant, les journalistes français font l’objet d’une attention très particulière. En soutenant Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, nous ne soutenons pas seulement deux hommes, nous ne soutenons pas seulement une profession. Leur liberté est la nôtre.
Philippe ALLIENNE