« C’est un festival pas très gai, grave. » Georges Marque-Bouaret le reconnaît : le Figra (Festival international du grand reportage d’actualité et du documentaire de société) ne respire pas l’insouciance. Ce festival qui montre « le monde qui tourne bien ou mal » est pour lui le reflet de « ce que la planète et les personnes qui y vivent subissent comme assauts ». Organisé chaque année au Touquet, ce rendez-vous a pour ambition, selon son délégué général, « de montrer ce que les journalistes, quand il y avait suffisamment de magazines à la télévision, pouvaient amener comme regard ».
Face à la raréfaction des « cases » de diffusion à la télévision, Georges Marque-Bouaret voit cependant un point positif à la transformation du statut des auteurs de documentaires. De plus en plus, ces films sont en effet réalisés par des boîtes de production extérieures et non plus par les équipes de journalistes des chaînes. « Les films, en quelques années, ont pris de la puissance et de la qualité », juge-t-il. « On prend du temps, ils [les documentaires, NDLR] ont plus de corps. »
Le souvenir fort du Koursk
L’année dernière, c’est le documentaire choc de Jean-Michel Carré (1), en collaboration avec Jill Emery, « Koursk : un sous-marin en eaux troubles », qui avait reçu le Grand prix du jury (Les Films grain de sable, 2005). Ce document remarquable expliquait sous un jour très inquiétant la catastrophe qui avait frappé ce sous-marin nucléaire russe et son équipage, mort en août 2000 par 110 mètres de fond dans la mer de Barents.
Le réalisateur y démontrait que le naufrage du sous-marin était le résultat de manœuvres d’intimidation de la part d’un sous-marin américain, intervenu en pleine « démonstration » russe à destination de militaires chinois avant une vente d’armes. Selon le réalisateur, cet enchaînement ahurissant avait conduit à deux doigts de l’utilisation de l’arme nucléaire. A l’occasion d’une projection de son documentaire au Fresnoy, à Tourcoing, Jean-Michel Carré expliquait l’année dernière qu’il travaillait à une version plus fouillée, sous la forme d’un livre. Au cours de la discussion, il avait laissé entendre que son document aurait pu contenir des révélations encore plus explosives, mais que les preuves formelles avaient parfois manqué. Comme cette hypothèse selon laquelle des dignitaires chinois présents dans le Koursk auraient été évacués à l’aide d’un sous-marin de poche, tandis que l’équipage russe était laissé à son triste sort.
Jury présidé par Marine Jacquemin
Laurence Jourdan avait pour sa part reçu le Prix spécial du jury pour « Les Oubliés de la piste Ho Chi Minh » (Sunset Presse, 2004). Dans ce documentaire très sensible, la journaliste s’était intéressée à ces très jeunes femmes enrôlées pendant la guerre du Vietnam pour construire la fameuse piste indispensable aux Vietcongs, pour leur ravitaillement et leurs livraisons d’armes. Au-delà des souffrances, ces jeunes filles avaient sacrifié leur vie de femme, trop « âgées » pour se marier à leur retour, selon les traditions locales.
Laurence Jourdan fera parti du jury de l’édition 2006 du Figra, qui se déroulera au Touquet du mercredi 22 au dimanche 26 mars (2). La présidence sera confiée à Marine Jacquemin, grand reporter à TF1 (3). Sur les 170 films reçus par les organisateurs du festival, 24 feront partie de la sélection officielle, qui sera visionnée par les jurés dans les mêmes conditions que le public, c’est-à-dire au cours de projections ouvertes à tous, à raison de 6 heures par jour.
« Une bombe » en avant-première
Au total, 60 documentaires et grands reportages seront projetés. Le film qui sera diffusé en avant-première, en attente de confirmation, devrait être celui de Jean-Charles Deniau, qui s’est mis pendant plusieurs jours dans la peau d’un SDF. Un document que Georges Marque-Bouaret qualifie de « bombe ». Le rendez-vous « profession : producteur » rendra hommage à Arnaud Hamelin, créateur de l’agence Sunset Presse. A noter encore les sections « Docs d’Afrique » et « Docs en région » (dédiée aux documentaires diffusés par France 3 Nord-Pas-de-Calais Picardie) et la présence d’un jury de jeunes, qui remettra son propre prix « Nous croyons que l’avenir de l’image passe aussi par l’éducation du regard », explique le délégué général du festival.
Ludovic FINEZ
(1) Georges Marque-Bouaret et Jean-Michel Carré avaient tous les deux participé au Club de la presse, en mai dernier, à un atelier réflexion sur le documentaire à la télévision. Lire notre article.
(2) Plus d’infos sur www.figra.fr.
(3) Lors de la présentation à Lille du festival, Georges Marque-Bouaret a confié que Marine Jacquemin quitterait la rédaction de TF1 début avril, pour prendre une activité d’indépendante.
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Quatre festivals en quelques semaines dans la région
Le Centre régional de ressources audiovisuelles (CRRAV) développe une action particulière de soutien auprès des organisateurs de festivals de films de fiction (courts et longs métrages) et de documentaires. Cela passe par le prêt de son parc de matériel, la remise de prix spéciaux et l’organisation de soirées au sein de ces festivals (1). Le Conseil régional, pour sa part, finance le CRRAV et accorde des subventions aux festivals. L’année dernière, il a ainsi voté des sommes allant de 11000 euros (pour le Festival du film court de Lille) à 130 000 euros (pour le Festival du film d’aventures de Valenciennes).
Le 27 février, le CRRAV et le Conseil régional ont organisé une conférence de presse commune pour présenter quatre festivals qui se dérouleront en mars et avril.
Le 22e Festival du film court de Lille, du 6 au 10 mars. Il est organisé par l’association Prix de Court, composée d’étudiants de l’Edhec, pour « promouvoir le court métrage et l’ouvrir au grand public », explique la présidente, Aline Vendeville. La compétition officielle se double de soirées hors compétition, d’une série de conférences et d’un concours de scénario. Les projections auront lieu à Lille, à l’UGC et au Majestic.
Plus d’infos : www.filmcourt-lille.com.
Le 17e Festival du film de Valenciennes, du 15 au 19 mars. « Il y a 17 ans, c’était une idée complètement saugrenue » d’organiser un tel rendez-vous à Valenciennes, assure Patricia Lasou, présidente de l’association organisatrice. Deux compétitions ont lieu en parallèle, une pour les courts métrages, une pour les longs métrages. Cette année, « le fil rouge dans la compétition des longs métrages, c’est l’amour et l’adolescence, l’enfance. » La partie rétrospective sera consacrée aux films italiens des années 1970, du « western spaghetti » au film d’horreur en passant par le policier. Les projections et soirées se partagent entre l’UGC de Valenciennes et le théâtre du Phénix.
Plus d’infos : www.festival-valenciennes.com.
Le Figra, du 22 au 26 mars, au Touquet (lire ci-dessus).
Plus d’infos : www.figra.fr.
Le 6e Festival international du court métrage, du 30 mars au 8 avril. « Nous avons la volonté de projeter des films pas ou peu vus en région », explique Antoine Manier, directeur des Rencontres audiovisuelles. Les projections sont complétées par des rencontres avec des professionnels et des ateliers pratiques de découverte : l’image, le son, le montage, le story-board, le script…La soirée d’ouverture aura lieu au Palais des Beaux-Arts de Lille (avec un événement en parallèle sur la place de la République). Des nuits seront également organisées à la Maison Folie de Wazemmes, « pour toucher un public beaucoup plus large ». Ce festival, qui laisse une place importante à la programmation de clips vidéo, offrira également des événements, entre autres, au Duplexe de Roubaix et à la Maison Folie de Maubeuge.
Plus d’infos : www.rencontres-audiovisuelles.org.
(1) Plus généralement, le CRRAV dispose d’un fonds d’aide à la création et à la production de 2,2 millions d’euros par an. Son parc de matériel est abondé d’environ 100 000 euros par an.
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