Nous apprenons ce vendredi 18 janvier, avec soulagement, que les journalistes Thomas Dandois et Pierre Creisson devraient être remis en liberté. Cette décision a été ordonnée par un juge d’instruction du Niger. Elle est subordonnée au versement d’une caution de 15 000 euros (dix millions de francs CFA) pour chacun des deux hommes.
Le juge a ordonné la remise en liberté sous caution des deux journalistes français arrêtés le 17 décembre 2007 puis emprisonnés pour atteinte à la sûreté de l’Etat, alors qu’ils réalisaient un reportage sur la rébellion touarègue , a annoncé, vendredi 18 janvier, l’organisation Reporters sans frontières (RSF). « Les deux journalistes en reportage pour la chaîne franco-allemande Arte pourront être relâchés dès que la justice nigérienne aura obtenu le versement d’une caution de dix millions de francs CFA, 15 000 euros, pour chacun des deux hommes », explique RSF dans un communiqué.
« Atteinte à la sûreté de l’Etat »
Arrêtés le 17 décembre au Niger alors qu’ils réalisaient un reportage pour la chaîne franco-allemande Arte, les deux journalistes avaient été inculpés d’ « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Ils étaient passibles de la peine de mort. Les autorités locales leur reprochent de s’être rendus dans le nord du pays, malgré une interdiction. Détenteurs d’un visa et d’une autorisation de tournage sur la grippe aviaire, les journalistes étaient détenus avec leur chauffeur, Al Hassane Abdourahmann, inculpé de « complicité d’atteinte à la sûreté de l’Etat ».
La France a rapidement appelé le Niger à faire preuve de « clémence » et à libérer journalistes Thomas Dandois et Pierre Creisson. L’association Reporter sans frontières s’est également mobilisée très vite. Toutefois, les propos du président Nicolas Sarkozy sur cette affaire ne manquent pas de nous interpeller. Le président a en effet souligné que les journalistes avaient enfreint la loi nigérienne et a appelé la presse à ne pas suivre cet exemple, étant donné les complications que cela entraîne pour notre pays. Complications pour faire libérer nos ressortissants, complications diplomatiques surtout au moment où le groupe Areva était à la veille de signer un accord avec le Niger. Cet accord a du reste été signé et le groupe nucléaire pourra exploiter la plus grande mine africaine d’uranium à partir de 2012.
Quel journalisme dans les zones sensibles ?
En tout cas, les propos de Nicolas Sarkozy font écho à ceux de son prédécesseur, Jacques Chirac, lorsqu’il demandait aux journalistes français de ne plus aller en Irak. Comment peut-on rendre compte de l’information, à travers le monde, si l’on « oublie » de couvrir les zones les plus sensibles pour des raisons de sécurité ou pour des raisons diplomatiques ? Le porte parole de RSF, Robert Ménard, ne s’est lui-même pas gêné pour pointer du doigt l’aspect illégal de la démarche des journalistes arrêtés. Certes, au moment de la décision du juge de libérer, moyennant caution, les prisonniers français (cette décision ne concerne ni leurs confrères nigériens, ni leur chauffeur n’ont été libérés), il reconnaît que le métier de journaliste exige parfois de s’arranger avec les réglementations qui entravent la liberté d’informer. Cela va mieux en le disant.
Philippe ALLIENNE