<p>La loi sur l’eau de 1964 a créé six bassins hydrographiques dans lesquels six agences de l’eau, établissements publics de l’Etat sous tutelle du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable et sous celle du Ministère chargé des finances agissent pour concilier gestion de l’eau et développement économique dans le respect de l’environnement.</p>

 
 
 

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vendredi 21 décembre 2007

L’« autre économie » du Nord-Pas de Calais dans un livre

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ARIA-Nord (Agence régionale d’information alternative), basée à Roubaix, a présenté le 17 décembre, dans le cadre des lundis du Club, un livre qu’elle vient d’éditer : « Nord-Pas de Calais, la longue marche de l’économie sociale et solidaire ». L’ouvrage est le résultat d’une enquête de terrain menée par une équipe de journalistes de la région.

( Photos : Philippe Armand)

Jeune agence de presse et de conseils en communication créée en novembre 2005 par deux anciens journalistes de La Voix du Nord, ARIA-Nord travaille sur l’information sociale et urbaine. Elle veut apporter le savoir-faire de journalistes professionnels expérimentés aux collectivités, associations, syndicats ou encore comités d’entreprise pour leurs supports d’information. Elle privilégie les acteurs d’initiatives autonomes. Ses travaux et son activité l’ont amenée à lancer une vaste enquête régionale destinée à mieux appréhender l’économie sociale et solidaire.

11% de la richesse régionale et pourtant méconnue

Jean-Paul Biolluz, l’un des deux cofondateurs d’ARIA-Nord explique : « L’enquête est basée sur un constat et un parti pris. Le constat est que l’économie sociale et solidaire est une réalité méconnue aux niveaux régional, national et international. Une économie pratiquée par des coopératives, des associations, des fondations ou des mutuelles, rassemblées au sein de la Chambre régionale d’économie sociale (1) qui est à ce secteur économique ce que sont les chambres de commerce et d’industrie à l’économie marchande classique. L’économie sociale et solidaire en région Nord-Pas de Calais, ce sont 120.000 emplois [certes pas tous à temps plein, NDLR] assurant 11% de la création de richesse. Dans le monde, on estime qu’environ 750 000 personnes y participent ».

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« Le parti pris de départ, continue-t-il, est que depuis 10 à 15 ans, il y a dans les entreprises de plus en plus de dégradations des conditions de vie et de travail pour les salariés. Une dégradation qui se traduit en maladies dues au stress, en accidents du travail voire en suicides. La course à toujours plus de profit entraîne une déqualification des emplois, une dégradation des conditions d’exercice avec des salaires toujours stables, voire en, décroissance et une amplification de la précarisation. »

L’économie sociale, une histoire déjà ancienne

Si le terme « économie sociale et solidaire » est moderne, son concept est déjà ancien dans l’histoire du monde ouvrier. Certaines des coopératives ou mutuelles sont en effet séculaires. Cette autre approche économique repose sur trois valeurs essentielles. Tout d’abord, on n’y pratique pas de course-poursuite vers le profit à tout prix et ce profit est réparti plus équitablement. Ensuite, l’entreprise est gérée par ceux qui y œuvrent, selon le principe « un homme, une voix ». Enfin, elle ne peut être transmise car elle appartient à la collectivité de ceux qui y travaillent ou qui l’entourent.
L’enquête a notamment consisté en des portraits d’acteurs de cette économie, interviews d’un universitaire économiste de Lille 1, de politiques et de responsables d’entreprises sociales et solidaires, acteurs de l’économie sociale, tableaux de l’existant dans la région…

Jean-Paul Biolluz évoque ainsi la coopérative des pêcheurs d’Etaples. Des artisans se sont d’abord regroupés pour acheter le carburant nécessaire à leurs bateaux dans les années 50 et ont peu à peu mutualisé les diverses facettes de leur métier, pour en diminuer les coûts tout en maîtrisant mieux l’ensemble de leur métier. De cette volonté sont nées douze sociétés coopératives ouvrières de production (SCOP), qui vont de la pêche au mareyage, du grossiste à la poissonnerie, du transport frigorifique à la restauration. Mieux, alors que nombre de petits ports ont vu disparaître leurs flottilles d’artisans pêcheurs, cette coopérative participe au renouvellement et à l’adaptation des bateaux en son sein. « Beaucoup de ces structures ont fait progresser l’idée du développement durable ! »

Un segment économique à part entière

Pour l’autre cofondateur d’ARIA-Nord, Alain Goguey, l’économie sociale et solidaire n’est pas un segment économique à part mais, c’est une économie qui véhicule d’autres valeurs. Ce peut être aussi une réponse aux interrogations sur la finalité de la vie professionnelle. De plus, ce peut être une réponse aux dégâts provoqués par certaines errances de l’économie libérale plus classique. Mais cela reste une économie parfois confrontée aux règles de la concurrence. En tout cas, ce n’est pas une économie d’assistance, même si elle peut avoir une fonction réparatrice, voire d’accompagnement de publics « inemployables » autrement. Le but ultime des structures qui s’en réclament est bien sûr de tendre vers la pérennisation de l’activité.

Tout n’est pas rose

Les deux cofondateurs d’ARIA-Nord se sont entourés de plusieurs journalistes pigistes, pour constituer un collectif de six rédacteurs. Si ce groupe a conservé, après enquête, un regard positif sur son « sujet d’étude », il se défend d’avoir voulu faire montre de complaisance. Ainsi, Alain Goguey explique que certaines grosses coopératives ont des pratiques calquées sur le fonctionnement ultra-libéral si souvent reprochées aux grandes multinationales : rachats d’autres structures, délocalisations d’activités, restructuration avec licenciements à la clé. Tout n’y est assurément pas rose, ni pour les salariés ni pour l’environnement de ces structures.

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De son côté, Ludovic Finez reconnaît que les frontières de l’économie sociale et solidaire sont parfois difficiles à appréhender, voire artificielles dans certains cas. Cette définition se fonde, d’un côté, sur des statuts et un mode de fonctionnement (coopératives, associations, mutuelles…) et, de l’autre, sur des valeurs. Ainsi l’exemple de Vert’Tige, qui n’est ni une association ni une coopérative, mais qui pourrait se définir, si ce statut existait, comme une entreprise à but social. Cette structure produit et commercialise des fruits et légumes bio, en favorisant une agriculture de proximité. Elle emploie notamment des chômeurs de longue durée, qui ne trouvaient pas de travail ailleurs. Si elle ne correspond pas juridiquement à la démarche coopérative, elle en a l’esprit.

Au travers de cette enquête, Philippe Allienne a pour sa part découvert la Halte Saint Jean à Saint-André. Cette structure, qui fait partie de la mouvance Emmaüs et Relais, est la seule structure accueillant des familles. Son public y est donc des plus vastes et ses activités variées. Car, au sein d’Emmaüs, pas d’action caritative à sens unique. Si quelqu’un qui a faim s’y présente, on lui donnera un sandwich, explique en substance sa responsable. Mais s’il se présente à nouveau le lendemain, on lui demandera de travailler. Ces structures issues du mouvement créé par l’Abbé Pierre prônent une forte référence au travail.
Pour sa part, si Bertrand Verfaillie avait un conseil pour les journalistes pigistes, ce serait le suivant : « Si vous avez vent d’un travail collectif au sein d’une équipe de rédaction, n’hésitez surtout pas à la rejoindre. C’est une merveilleuse façon de briser nos solitudes et de se ressourcer grâce à la confrontation des points de vue ! »

Emmanuel BAYART

(1) Le « pendant » de la CRES étant, pour le secteur « solidaire », l’Assemblé permanente de l’économie solidaire du Nord-Pas de Calais (APES).

« Nord-Pas de Calais, la longue marche de l’économie sociale et solidaire », éditions ARIA-Nord, 150 pages, 17 euros.
Textes de Philippe Allienne, Jean-Paul Biolluz, Ludovic Finez, Alain Goguey, Fernand Rolet et Bertrand Verfaillie.
Ouvrage disponible dans certaines librairies ou directement auprès d’Aria-Nord (www.aria-nord.fr). Il est également en dépôt au Club de la presse.


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