Encore une fois, les journalistes de la région avaient répondu nombreux à l’invitation du Club de la presse pour lever un coin du voile sur leur profession. Des titres assez différents étaient représentés.
« La Gazette Nord-Pas de Calais » : A l’origine support de diffusion d’annonces légales exclusivement, La Gazette du Nord-Pas de Calais est aujourd’hui un journal spécialisé dans l’information économique (institutions, collectivités, entreprises…). L’édition du jeudi couvre le Nord, celle du samedi le Pas-de-Calais. La rédaction permanente, installée à Lille (deux rédacteurs, une secrétaire de rédaction, un directeur de la rédaction) est épaulée par un réseau de correspondants dans la région, « qui suivent l’actualité locale », détaille Philippe Schröder, directeur de la rédaction. La Gazette appartient au groupe DB Print, présent dans l’imprimerie, qui édite également Picardie La Gazette et « un journal à Nancy ».

- De gauche à droite : Philippe Schröder, Mathieu Hébert (au micro), Nicolas Leroy (qui animait la rencontre), Thomas Baume, Géry Bertrande et Maxime Bitter.
« Nord Eclair » : Un des trois quotidiens du groupe Voix du Nord (avec évidemment, La Voix du Nord et Nord Littoral, à Calais). Selon les chiffres 2006-2007 de l’OJD, la diffusion payée de Nord Eclair est de 29.400 exemplaires par jour. « L’économie à Nord Eclair n’est pas une rubrique à part entière [du moins pour l’actualité économique régionale, NDLR] », témoigne Mathieu Hébert, journaliste au service région. « Vous avez devant vous toute la rédaction économique », plaisante-t-il même. La place de l’économie dans le quotidien a fait l’objet de beaucoup de débats. Les sujets régionaux se retrouvent majoritairement dans les pages « Région » du début du journal. La rubrique hebdomadaire du mardi, « Les rendez-vous de l’entreprises », comprend notamment des portraits d’entreprises du Nord-Pas de Calais, ainsi que des brèves. Il existe par ailleurs une page « économie » quotidienne, gérée par le service des « informations générales » (actualité nationale et internationale) en lien avec l’équipe « Région », essentiellement à partir des dépêches de l’Agence France Presse (AFP). Elle peut, à l’occasion, présenter un éclairage local sur une thématique nationale.
« Le Moniteur du bâtiment et des travaux publics » : Cet hebdomadaire national s’intéresse « à la politique de la ville et tout ce qui tourne autour : l’eau, les déchets, l’air, l’énergie… », explique Maxime Bitter qui, depuis le bureau lillois du journal, gère les quatre pages dédiées au Nord-Pas de Calais, à la Picardie et à Champagne-Ardenne. Pour ses pages régionales, Le Moniteur a en effet divisé le territoire en sept grands ensembles. Maxime Bitter travaille avec des pigistes.
« Le Journal des Entreprises » : Lancé à l’origine à Nantes par le groupe Le Télégramme (Brest), Le Journal des Entreprises sera présent dans 21 départements à partir de décembre. Le principe étant qu’une édition couvre un département. Les éditions du Nord et du Pas-de-Calais ont été lancées en mars dernier. « Nous sommes les petits derniers », commente Thomas Baume, un des journalistes de l’édition du Nord. « Nous couvrons l’actualité économique institutionnelle et, surtout, celle des entreprises. Nous nous voulons un média pratique pour les chefs d’entreprise qui ont le nez dans le guidon. » D’où la présence de dossiers à vocation pédagogique.
« Fashion Daily » et « Cosmétique Magazine » : Laurence Mouton, correspondante à Lille pour ces deux titres de presse spécialisée, était également présente à ce Lundi du Club. La journaliste pigiste, qui « travaille à la maison », a expliqué être « à l’affût des ouvertures de boutiques » pour ses sujets.

- Au micro, Laurence Mouton, correspondante à Lille de « Fashion Daily News » et de « Cosmétique Magazine ».
Les moyens, l’organisation, le contenu…
A Nord Eclair, le suivi des sujets économiques est forcément différent du « grand frère » Voix du Nord, qui possède une rédaction spécifique (1). Pour la page des « Rendez-vous de l’entreprise », un planning des sujets existe, qui permet de les distribuer auprès des journalistes des différentes rédactions locales ou du siège. « Les journalistes des locales sont très ancrés sur leur territoire », note Mathieu Hébert.
Les lecteurs de Nord Eclair étant très divers, leurs niveaux de connaissance en économie sont également très variés. Le quotidien s’est donc fixé comme règle de « rendre accessible l’économie ». « Ce n’est pas toujours facile, reconnaît Mathieu Hébert, les formats [des articles] ont beaucoup réduit. » (2)
Au Journal des Entreprises, on compte deux journalistes permanents par édition, plus une équipe de quelques journalistes pigistes réguliers. « Nous parlons moins [que d’autres] des conflits sociaux », commente Thomas Baume, qui revendique des choix mettant notamment en avant des entreprises qui réussissent. Son collègue Géry Bertrande insiste sur le caractère « outil pratique » du titre, qui « n’est pas seulement un miroir de l’entreprise ».
« Notre format [taille de la rédaction, périodicité…, NDLR] nous met à l’abri de la recherche du scoop, de l’information confidentielle, confie Philippe Schröder, pour La Gazette. Notre patte, c’est de considérer le monde de l’entreprise dans son ensemble, de la très grande à la très petite, en passant par la PME. » Le lectorat de La Gazette est notamment constitué de chefs d’entreprise, de professions juridiques (avocats, notaires…) ou encore d’élus et cadres de collectivités.

- La présentation a suscité quelques questions dans le public.
Pour le Moniteur, Maxime Bitter découpe le lectorat en trois tiers : les entrepreneurs, le monde des collectivités locales et un dernier ensemble regroupant des architectes, urbanistes, économistes… « A quel moment un papier est-il opportun chez nous ? », embraye-t-il. Réponse : lorsqu’un chantier est en cours et non au moment de son inauguration officielle. Car c’est alors « trop tard pour être utile au lecteur », qui cherche avant tout à ce que les techniques employées soient décortiquées par le journaliste. Maxime Bitter reconnaît que parfois, l’opportunité d’un article dépend aussi de choses plus terre à terre, comme « tout simplement […] la place » disponible dans l’édition à venir.
La façon de traiter les sujets
La discussion ne pouvait qu’embrayer sur les difficultés d’une matière, l’économie, qui peut se révéler complexe à analyser. « Lire un bilan [d’une entreprise], ce n’est pas évident, admet Maxime Bitter, voir que les fonds propres ne sont pas suffisants non plus… Pourtant, il vaut mieux éviter de faire un papier sur une entreprise qui va se casser la figure dans les deux mois. » (3)
Sur ce point, François Devos, qui a travaillé plusieurs années pour la radio économique BFM, a tenu à apporter son témoignage. L’économie « est la matière que j’ai traitée qui demande le plus d’humilité », estime-t-il. Pour lui, on n’appréhende réellement « la différence entre ce que l’on croit savoir sur l’économie [en tant que journaliste] et sa réalité que quand on met les mains dans le cambouis ». Sa façon de mettre « les mains dans le cambouis » a été de se lancer dans la création d’une micro-brasserie en Martinique. Ce qui l’a amené à se retrouver de l’autre côté de la barrière, en tant que « sujet » de reportage pour des journalistes. Il avait sa technique : « Je les invitais à passer une journée avec moi ».

- Amandine Pinot, Sophie Pecquet et Christian Jilcot, journalistes à « La Gazette ».
Philippe Schröder le dit tout net : il n’est pas dans les moyens de La Gazette de payer des « enquêteurs » qui travailleront plusieurs semaines voire plusieurs mois sur un sujet avant de rendre un papier. Pour le reste, cela repose beaucoup sur « la notion de responsabilité » du journaliste. Lui-même explique avoir déjà recueilli des confidences « légères », qu’il n’a donc pas relayées, de la part de responsables d’un groupe de vente à distance basé dans la région.
Autre élément apporté au débat par Mathieu Hébert : comme beaucoup, il a eu l’occasion de participer à ces « visites » d’entreprise organisées pour la presse « en une heure avec un chargé de communication ». « Il ne faut pas trop se voiler la face, se donner du temps, c’est souvent un vœu pieux ». Dernièrement, il a pu consacrer trois jours, avec un collègue de sa rédaction, à un « reportage sur le renouveau de Valenciennes ». C’est le « seul souvenir récent » qu’il ait d’un sujet réalisé sans se sentir trop stressé par la pendule.
Restait également à aborder la ligne rédactionnelle retenue pour aborder l’information économique. « Le Moniteur est un journal patronal », témoigne Maxime Bitter. « Cela ne m’empêche pas d’appeler la CGT du Bâtiment, poursuit-il, qui me donne beaucoup d’infos » mais pas au point de la citer, pour ne pas froisser le lectorat…
« Nous ne sommes pas là pour taper sur les doigts de quiconque », glisse pour sa part Thomas Baume, « nous sommes toujours assez humbles face aux réussites mais aussi face aux échecs [des entreprises] ».
L. F.
(1) « La Voix du Nord » a également mis en ligne il y a quelques mois un site internet (www.lavoixeco.com) dédié à l’économie régionale.
(2) C’est là une des conséquences du passage au format « tabloïd » de « La Voix du Nord » et de « Nord Eclair », en mai 2006.
(3) N’oublions pas non plus que, tous titres confondus, le portrait d’entreprise écrit à partir d’une unique source, en l’occurrence le chef de l’entreprise, n’est pas – loin de là – chose rare.