
- Jean-Paul Visse, auteur de « La presse du bassin minier du Pas-de-Calais - 1790-1940 ».
La richesse de la presse écrite régionale, bien réelle, est malheureusement peu mise en valeur pour le moment. Ce que le livre permettra peut-être de corriger. Interrogé sur l’origine de sa démarche, Jean-Paul Visse explique qu’il a été surpris par la possibilité de redécouvrir des pans entiers d’histoire à travers un grand nombre de publications, journaux, périodiques, voire même « ces feuilles de choux, qui ne dépassaient pas toujours le stade du 1er numéro ».
De l’Aristocrate à l’Enchaîné du Pas-de-Calais
C’est avec un peu de retard sur d’autres villes de la région que Béthune voit naître son premier périodique en 1790. Comme son nom ne l’indique pas, l’Aristocrate est crée par un groupe de Jacobins appelé « Les amis de la Constitution ». Il disparaît avec la terreur et il faut attendre 1824 pour la création d’un nouveau titre : Les petites affiches de Béthune. En raison de la censure de l’époque, ce dernier s’inscrit dans la mouvance des journaux d’annonces très nombreux à l’époque, peu suspects de déplaire au pouvoir en place.
La loi sur la Liberté de la presse de 1881 va donner un second départ à celle-ci dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Des titres comme le Petit Béthunois ou le Libéral sont lancés et affichent leurs opinions ; ils accompagnent l’émergence de nouvelles idées, socialisme, radicalisme... La première publication syndicale sera l’œuvre de Benoit Broutchoux, anarcho-syndicaliste du bassin minier, qui crée le réveil syndical en 1903 pour s’opposer au « vieux » syndicat dirigé par Emile Basly. Ce dernier crée aussi un journal en 1907, à l’origine de La Tribune évoqué plus haut.
La période qui précède la première guerre mondiale voit foisonner les titres politiques, toutes les mouvances se dotant d’un journal. En réponse aux parutions du Parti Ouvrier Français ou du Parti Socialiste, des journaux nationalistes font également leur apparition notamment le Patriote de l’Artois et la Plaine de Lens. Après la guerre, ces deux titres donneront naissance à l’Avenir de l’Artois, la période de la reconstruction gommant alors la filiation politique originelle. Il faut attendre 1920 et le congrès de Tours pour voir la création de l’Enchaîné du Nord et du Pas de Calais, premier titre communiste, qui consacre une édition au Pas-de-Calais dès 1937. Jean Paul Visse souligne que, s’il n’y a pas de grand titre régional communiste dans le pays minier, les titres locaux sont nombreux : « pratiquement chaque fosse a son périodique unitaire ».
A côté des partis politiques, l’Eglise a raté le tournant de la presse. Alors que les républicains l’utilise dès 1880, les responsables catholiques se méfient de cet outil de propagation d’idées « non-conformes ». Petit à petit cette position va évoluer et les évêques d’Arras vont encourager le développement de bulletins paroissiaux. La encore on assiste à la naissance de nombreux périodiques locaux, permettant parfois de retracer toute la vie d’une commune, mais pas d’un grand titre régional.
La presse polonaise, spécificité du bassin minier
Terre syndicale et politisée, le bassin minier accueille une grande population de travailleurs polonais après la première guerre mondiale. Parmi de quantités de publications, Narodowiec, quotidien de langue polonaise, accompagne la migration de ces travailleurs qui arrivent en France après avoir travaillé en Allemagne. D’abord établi en Westphalie, Michał Kwiatkowski et son journal s’installent à Lens en 1924. Démarche assez unique que la délocalisation d’un titre. Juste avant la seconde guerre mondiale, Narodowiec est diffusé à 50000 exemplaires. Un chiffre impressionnant qui s’explique par la forte concentration des Polonais dans l’arrondissement de Lens – Béthune (80% de la communauté polonaise du département). Le quotidien cesse de paraître en 1989. L’intégration progressive des Polonais dans la société française a eu raison du titre communautaire.
Le temps du débat n’a pas permis d’évoquer l’ensemble des 400 périodiques recensés dans l’ouvrage de Jean-Paul Visse. Parmi les réactions, un des participants a regretté qu’à cette grande diversité ait succédé une absence de pluralisme de la presse (un écho aux récentes annonces concernant le regroupement des rédactions de la Voix du Nord et de Nord Eclair). Pour s’en convaincre :
« La presse du bassin minier du Pas-de-Calais - 1790-1940 », édité par la Société des Amis de Panckoucke à Roubaix, disponible au prix de 25€
N.B.
