
- L’artiste Pierre Peckeu se définit comme un « journaliste reporter de l’intemporel »
L’auteur, Pierre Peckeu, artiste de son état, se compare aussi à un « journaliste reporter de l’intemporel »… C’est une bonne définition, un bel élément de réponse à la question que nous nous posions, intrigués, avant de le rencontrer en ce Lundi du Club du 21 février, à l’occasion de la présentation de son livre, « De pierre et d’eau… », à la fois catalogue d’exposition et témoignage poétique sur le travail quotidien des hommes dans les carrières de la Vallée heureuse à Rinxent ».
Aucune vanité de sa part. En quelques dizaines de minutes d’échanges, homme simple et sobre dans son propos, Pierre Peckeu, a su intéresser ses auditeurs à son oeuvre rare et originale, un recueil d’une cinquantaine d’aquarelles et de textes aux accents poétiques qui ouvrent au lecteur les portes du monde ignoré et fantastique des carrières, du travail des carriers, lilliputiens oeuvrant dans un espace aux dimensions titanesques. Rare témoin, immergé dans le réel des carrières durant deux ans et demi, à raison de deux ou trois fois par mois, il a voulu garder respectueusement ses distances avec son sujet et ceux qui lui ont permis de le découvrir, porter « un regard neuf », « rester sur (ses) impressions », son « ressenti ». Qui plus est, là, « on est aux prises avec des temps géologiques », raconte Pierre Peckeu. Paraît-il, les carrières de Marquise et Rinxent exploitent un gisement exceptionnel de marbre et autres matériaux aux usages insoupçonnés qui n’est autre qu’un élément de la plaque du continent africain qui a dérivé jusqu’aux rives de la Manche.
Une plongée dans le palais de Justice
Après un passage dans une Education nationale peu ouverte aux matières culturelles, déplore-t-il, l’artiste, issu de l’ENSAIT à Roubaix, vit plutôt mal que bien de son métier d’illustrateur de revues traitant de protection de l’environnement quand il a carte blanche pour explorer avec ses yeux et ses pinceaux le monde du Tribunal de grande instance de Boulogne dont le président souhaite restaurer l’image après l’affaire d’Outreau. L’expérience est humainement pesante mais enrichissante. Elle donne lieu à une exposition à l’occasion de laquelle l’auteur découvre l’intérêt que les visiteurs expriment pour cette représentation artistique du monde du travail, révélant un « besoin de reconnaissance », voire leur disponibilité pour « témoigner ».
Depuis longtemps, Pierre Peckeu est attiré, intrigué par ces carrières de la Vallée heureuse, ce monde mystérieux mais inaccessible qu’il aperçoit des fenêtres de son atelier, « où il y a sûrement quelque chose à peindre de pas ordinaire ». Ce dont il s’ouvre un jour en discutant avec une élève d’un stage d’aquarelle, laquelle lui présente dès le lendemain son mari, Max Hénaux, qui n’est autre que le président de la Carrière de la vallée heureuse de Rinxent. « C’est extraordinaire, il m’a pris au mot, s’est engagé à acheter deux aquarelles par mois sur ses deniers personnels ainsi que la moitié des 7000 exemplaires de mon livre. Ca m’a remis le pied à l’étrier »…

- Pierre Peckeu a présenté son livre « De pierre et d’eau… », au Club de la presse Nord - Pas de Calais
Débarquement sur une autre planète
Pierre Peckeu débarque alors « sur une autre planète… une immensité chaotique où il arrive que l’on ne sait plus où l’on est », où l’on « perd complètement le sens de la proportion ».
Un monde dangereux qui vibre sous les tirs de mines, où les énormes engins de chantier apparaissent plus petits que les miniatures avec lesquelles il jouait dans son enfance, où les conducteurs d’engins manipulent avec une précision d’horloger des blocs de plusieurs tonnes. Et pourtant, comme il en avait l’intuition, « il y a énormément de poésie sur le site », tandis que, au fil tu temps, les ouvriers s’habituent à lui, l’adoptent. « C’est à qui voulait montrer « son plus beau coin » de la carrière ». Lui photographie, s’imprègne des lieux et des paysages, des ambiances de ce monde minéral et du travail des hommes qui le réduisent en blocs et granulats. « Texte, dessins, aquarelles, tout est venu en même temps » confie l’artiste. « Durant trois ans, j’ai le sentiment que tout en moi s’est ouvert pour que je puisse accueillir la carrière, écrit-il. Je suis devenu moi-même, ma propre carrière… J’ai trouvé en moi, en des mondes souterrains la dureté de la pierre et les techniques adéquates pour la faire voler en éclats ! J’ai transporté des montagnes de granulats, pour construire la route qui m’a finalement mené jusqu’à vous aujourd’hui ».
Max Hénaux confirme : Pierre Peckeu « a su si discrètement se fondre parmi nous pendant des mois, avoir transformé notre regard et avoir su associer si poétiquement ses talents d’aquarelliste à notre noble métier de carriers, producteurs de granulats ».
L’artiste exposera ses aquarelles « De pierre et d’eau » dans le cadre du château Mollack de Marquise, du 5 au 22 mars 2011, les vendredis après-midi de 14h30 à 19h, les samedis et dimanches, de 10h à 12h30 et de 14h30 à 19h.
M.D.