Première tentative pour la presse régionale : 1746 avec l’hebdomadaire L’Abeille flamande lancée par le libraire lillois André-Joseph Panckoucke. Dix numéros. Voilà pour la petite histoire.
La « grande » histoire de la presse régionale commence avec la Restauration qui est aussi celle de la liberté de la presse. Des naissances et des morts, des hauts et des bas, rien n’arrête le foisonnement de la presse dans le Nord - Pas de Calais qui, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, est remarquable par sa qualité, son pluralisme et sa diversité : 5 quotidiens édités à Lille, 2 à Roubaix, Arras, Boulogne et Calais, 1 à Dunkerque, plus de nombreux hebdomadaires dans tous les chefs-lieux d’arrondissement, voire de canton.
Paradoxalement, il n’existe que peu de travaux, et très fragmentaires, pour raconter cette épopée, décrire cette richesse. Sans doute l’abondance de biens nuit-elle car « écrire une histoire globale de la presse régionale est impossible pour un homme seul » comme le souligne Jean-Paul Visse. Pour écrire son livre, il a choisi un fil rouge, une « colonne vertébrale » : L’Écho du Nord.
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Jean-Paul Visse, journaliste, a été chargé de cours à l’université de Lille III, à l’École supérieure de journalisme de Lille.
Il est actuellement maître de conférences à l’institut catholique de Lille.
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Austère petite « feuille » de quatre pages née le 15 août 1819 et lue par quelques abonnés, L’Écho du Nord devient le grand titre de l’entre-deux-guerres en tirant à plus de 300 000 exemplaires avant de mourir à la Libération pour laisser la place à La Voix du Nord issue de la Résistance.
« L’Écho du Nord »
À travers ce titre, c’est toute l’histoire, multiple, de la Restauration à la Libération, de la presse du Nord - Pas de Calais que raconte ce livre. Une presse qui sous la surveillance plus ou moins étroite de tous les régimes, connaît les censures, les amendes, les séjours en prison de ses dirigeants, pour conquérir sa liberté dont l’aboutissement est la loi du 29 juillet 1881.
C’est aussi l’histoire des évolutions techniques qui, de la presse à bras des débuts aux presses mécaniques actionnées à la vapeur puis aux premières rotatives, en passant par la composition mécanique, permettent la transformation des journaux et l’élargissement du lectorat avec la multiplication des éditions locales.
Histoire encore que celle des hommes qui font la presse régionale : libraires, avocats, hommes de lettres, imprimeurs qui deviennent peu à peu plus hommes d’affaires oubliant les combattants au service d’idéaux politiques qu’ils étaient à leurs débuts. Écrite à ses débuts par des « amateurs » épris de liberté, la presse du Nord - Pas de Calais se professionnalise avec des rédactions de plus en plus conséquentes, voire spécialisées, et la naissance d’une corporation : les journalistes.
Admiré, jalousé, critiqué, copié, moqué, imité, L’Écho du Nord est emblématique et cela justifie qu’il serve de fil conducteur à cette histoire de la presse régionale encore trop peu étudiée.
Sauvegarder le patrimoine
Étudier l’histoire de la presse est sans doute nécessaire, à condition que les historiens d’aujourd’hui et de demain puissent encore disposer des sources indispensables : les journaux eux-mêmes.
Or, en ouverture du livre de Jean-Paul Visse, le directeur régional des Affaires culturelles du Nord - Pas de Calais, Richard Martineau, lance un cri d’alarme pour que cet ouvrage permette « une véritable prise de conscience de notre responsabilité quant à sa conservation et à sa mise en valeur ».
Et il poursuit « En effet, ces collections victimes de papiers acides et d’encres de mauvaise qualité sont aujourd’hui en grave danger. Et maints exemples nous montrent que la presse plus récente court le même risque, celui de retourner bientôt à la poussière ! »
Le lancement d’urgence d’un plan de sauvegarde en assurant le microfilmage et la numérisation des collections de la presse régionale est indispensable si l’on veut préserver la mine d’informations essentielles qu’elles constituent.