<p>La loi sur l’eau de 1964 a créé six bassins hydrographiques dans lesquels six agences de l’eau, établissements publics de l’Etat sous tutelle du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable et sous celle du Ministère chargé des finances agissent pour concilier gestion de l’eau et développement économique dans le respect de l’environnement.</p>

 
 
 

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lundi 24 octobre 2005

La presse engagée : « des espaces de liberté pas complètement dérisoires » - 24 octobre 2005

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Olivier Cyran, rédacteur à CQFD, était le 11 octobre à la Condition Publique de Roubaix pour un échange sur « la presse engagée ». Ou comment éditer un « mensuel de critique sociale » lorsque l’on n’a pas un sou en poche ou presque.
Photo : Gérard Rouy

Pour une fois le cours public n’en a pas vraiment été un. Et le public, justement, a pu prendre la parole face au professeur. Un changement appréciable tant la règle du jeu de certains cours publics de la Condition Publique (1) laissaient la désagréable impression d’être convié à écouter la bonne parole, pour ensuite rentrer bien sagement chez soi. Ce jour-là donc, l’invité était Olivier Cyran (2). Et Olivier Cyran, venu en train de Marseille, n’avait pas vraiment eu le temps de préparer. La faute à une intense période de bouclage de CQFD, le journal auquel il collabore désormais. Le débat n’en a été que plus spontané.

S’il n’avait pu travailler dans le train, Olivier Cyran avait tout de même emporté de la lecture. Un beau numéro de Technikart, mensuel branché qui s’autoproclame « magazine culture critique, [qui] fournit infos bizarres et scoops sur la censure, la dissidence, la conspiration et la contestation ». Il faut croire que les « scoops sur la censure, la dissidence, la conspiration et la contestation » à la sauce Technikart n’effraient pas beaucoup les publicitaires. Le magazine « papier » regorge en effet de publicités et visiter son site internet expose à une explosion de bannières colorées et autres fenêtres intempestives.

« Trois pages de journalisme fast-food »

Bref, Technikart avait intitulé un de ses dossiers du mois « Faut-il brûler les altermédias ? » (3), sans fournir les allumettes, mais c’est tout comme. CQFD fait partie des titres épinglés, soupçonnés, entre autres, de fonctionner sur le modèle qu’ils conspuent à longueur de colonnes, celui de la précarité. Olivier Cyran se souvient de la conversation téléphonique qu’il a eue avec la rédactrice du dossier qui, selon lui, s’est présentée comme pigiste, « c’est-à-dire précaire, comme vous ». Inutile de dire qu’Olivier Cyran n’a pas apprécié ces « trois pages de journalisme fast-food ».

Après lecture du sujet en question, force est de constater que la démonstration est un peu faible. Parfois, une simple question, dont l’auteur avoue d’ailleurs ne pas avoir la réponse, suffit pour tout argumentaire. Exemple : « Mais après dix ans d’existence, l’arrière-cuisine des ces altermédias n’a-t-elle pas le même goût rance qu’ailleurs : dérives autocratiques, exploitation de la précarité, instrumentalisation de l’idéalisme ? Difficile de savoir tant la méfiance et la culture du secret anime cet autre monde médiatique. » Idem lorsque la journaliste explique que ce qu’elle appelle « les altermédias » vit autour d’un noyau dur de journalistes, collaborant à différents titres. « Collectivisime ou collusion ? », fait-elle semblant de s’interroger, avant de conclure d’un très pratique : « A vous de voir ».

« Il n’est pas très difficile de dire du mal des médias indépendants. Encore faut-il les lire… », lance Olivier Cyran. « Pigiste, je l’ai été. C’est vrai que c’est une expérience assez douloureuse. Si on veut réussir dans ce monde-là, il faut passer par les recettes utilisées par cette pigiste de Technikart, c’est-à-dire capter l’air du temps. »

Mauvais souvenirs de pigistes

Avant CQFD, Olivier Cyran a notamment collaboré à Charlie Hebdo et à l’émission de Daniel Mermet « Là-bas si j’y suis » (France Inter). Des expériences dont il n’a pas gardé que de bons souvenirs. Daniel Mermet, producteur délégué à France Inter, n’a ainsi pas la réputation d’appliquer à ses collaborateurs les principes généreux qu’il défend à l’antenne. Quant à Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, on peut se demander en quoi le revirement idéologique qu’il a effectué fait encore de lui un journaliste contestataire.

Désormais, c’est donc dans les colonnes de CQFD que l’on trouve la signature d’Olivier Cyran. CQFD et ses quelque 2 500 ventes, pour un coût de revient d’environ 2 500 euros et une parution qui s’approche le plus possible du rythme mensuel. Un journal conçu, écrit et réalisé par une poignée de militants, journalistes pour quelques-uns d’entre eux. Ces « 20 à 30 collaborateurs, dont six-sept de façon impliquée » n’ont évidemment pas les moyens de se salarier, explique Olivier Cyran. Les uns perçoivent des indemnités de chômage, d’autres le RMI. Et vogue la galère…

Un ou deux contrats aidés

CQFD est sur le point de créer un ou deux contrats aidés, du type de ceux qu’il dénonce comme le summum de la précarité. D’où les accusations de Technikart par exemple. On ne peut tout de même oublier une donnée de base : CQFD, réalisation d’un collectif de militants, ne dégage aucun profit commercial. Quant aux reversements de dividendes à des actionnaires… « Evidemment, la question se pose de la survie des personnes qui font le journal », reconnaît néanmoins Olivier Cyran.

« Ce n’est pas si compliqué que cela de faire un journal », assure-t-il cependant, en livrant même les ingrédients : « une structure associative, des gens impliqués dans un réseau, un peu de sous mais pas tant que ça, soit 2 000 à 3 000 euros à avancer à l’imprimeur, quelques connaissances techniques en PAO, être quelques-uns à mouiller la chemise et ne pas avoir peur d’y passer des nuits blanches. » Paradoxal, évidemment, dans un journal qui « prône le droit à la paresse ».

Volontairement, l’ours du journal, qui dispose d’un numéro de commission paritaire, n’évoque qu’un comité de rédaction et aucun rédacteur en chef. Il y a bien un directeur de publication, mais il y a fort à parier que c’est uniquement pour répondre à l’obligation légale. « Ce qui nous a rassemblé, c’est la fatigue de la présence dans ces structures [les associations militantes dont l’équipe est issue, NDLR] de personnes voulant prendre le pouvoir. » « Il se trouve que dans notre équipe, par miracle, personne ne veut prendre le pas sur les autres », assure Olivier Cyran.

« Pas objectifs mais honnêtes »

On s’en doute, CQFD (4) est très revendicatif et occupe une bonne partie de ses colonnes à dénoncer le traitement réservé aux chômeurs, aux immigrés, aux salariés des entreprises… Selon Olivier Cyran, l’équipe veille à ne pas transformer ses pages en éditoriaux interminables : « On a l’ambition d’éviter cela » et pourtant la rédaction « croule sous les propositions d’articles qui disent "Voilà ce que je pense"… » « Malgré tout, parfois, on tombe [dans ce travers] car une bonne enquête, ça prend du temps. Et parfois ce temps, on ne l’a pas… » « Nous ne sommes sûrement pas objectifs mais nous essayons d’être honnêtes. », ajoute-t-il.

D’autres pièges se présentent de temps en temps. Même une personne défendant une cause sympathique ou un militant proche idéologiquement peut avoir intérêt à présenter les choses sous un certain jour ou à laisser dans l’ombre des vérités gênantes. Le seul procès dont a écopé CQFD émane d’ailleurs de la Croix Rouge, ce qui peut paraître étonnant au premier abord. Le différend porte sur une double page concernant les interventions de l’organisation humanitaire dans les zones de rétention des aéroports. L’équipe du journal explique sur son site internet qu’elle voulait notamment dénoncer « la convention passée entre le ministère de l’Intérieur et la Croix-Rouge française pour "l’accompagnement" des groupes d’étrangers expulsés par avion ». « On leur est rentré dedans », reconnaît Olivier Cyran. « Nous avons été condamnés à un euro symbolique mais on a failli tout perdre. » La Croix Rouge demandait en effet plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Avec le temps, le contenu de CQFD a évolué pour une « tendance plus joyeuse qu’au début ». A l’image de la rubrique « Ma cabane pas au Canada », qui fait le portrait de personnes dont le choix est de vivre dans des endroits ou dans des conditions en marge du système. « Je ne dis pas du tout que c’est la solution ce que l’on fait, admet Olivier Cyran, mais cela crée des espaces de liberté. Ce n’est pas non plus complètement dérisoire. »

Ludovic FINEZ

(1) La condition Publique de Roubaix organise régulièrement des cours publics sur des sujets divers. Le rendez-vous avec Olivier Cyran prenait place dans un cycle organisé par le collectif Critique sociale du capitalisme, qui programme le 29 novembre « Libération : de Sartre à Rothschild », avec le sociologue Pierre Rimbert. Détails sur : www.laconditionpublique.com.

(2) Olivier Cyran vient d’éditer avec Mehdi Ba « L’Almanach critique des médias » (éditions Les Arènes). Il reprend des articles et enquêtes publiés dans des journaux et sites internet (PLPL, CQFD, Fakir, Acrimed…) qui se sont spécialisés dans la critique des médias ou qui lui ouvrent régulièrement leurs colonnes.

(3) Le titre interrogatif est une marque de fabrique de Technikart. Au hasard du sommaire d’octobre : « La Marseillaise est-elle adaptée aux djeuns ? » « Les Noirs font-ils peur à la ménagère de moins de 50 ans ? » « Et si vous faisiez peindre votre appart par un artiste ? » « La rue Louise-Weiss est-elle toujours au top ? », etc., etc.

(4) Le sous-titre d’origine du journal - « Ce qu’il faut détruire » - s’est complété d’une note plus positive en devenant : « Ce qu’il faut dire, détruire, découvrir ». Le journal dispose d’une version en ligne : www.cequilfautdetruire.org.


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