Lancer une nouvelle radio n’est pas une sinécure… Passé les tracas administratifs et les soucis techniques, le candidat n’est pas à l’abri des imprévus. Radio 6 en a fait l’amère expérience à Dunkerque : à 24 heures du coup d’envoi, le 29 octobre, la radio s’est vu refusée l’installation de son émetteur par l’office d’HLM de la tour qui devait l’héberger ! Sur place, le journaliste Baptiste Desgardin multipliait pourtant les sons depuis plusieurs jours, afin d’être fin prêt pour le jour du lancement… Pas de panique : selon le cahier des charges, Radio 6 a deux mois pour émettre à partir de la « nuit bleue », qui marque l’entrée en vigueur des nouvelles fréquences.
Petit rappel : après appel à candidature, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a décidé, en juin dernier, d’attribuer 79 nouvelles fréquences dans la région Nord-Pas-de-Calais. Des dizaines de radios étaient bien évidemment sur les rangs, et beaucoup ont été déçues, comme RTL2, qui se proposait aussi de venir à Dunkerque. Selon Jean-Marc Raschia, responsable de Virgin (qui diffuse à Dunkerque, Boulogne et Berck-Montreuil) - candidat malheureux pour une fréquence à Calais - « le CSA a clairement favorisé les radios locales, sans doute pour les pérenniser, en les aidant à se renforcer ». Pour autant, toutes leurs requêtes n’ont pas été acceptées. Mono-fréquence sur Dunkerque depuis bientôt 25 ans, Delta FM n’a pas été autorisé à émettre à Calais, ni à Saint-Omer. « Pour une radio commerciale comme la nôtre, l’expansion régionale est un passage obligé, confirme Olivier Piochon, le directeur adjoint de radio 6. Mais si notre vocation est régionale, nous souhaitons avoir une ponctuation locale pour montrer aux auditeurs que nous sommes à côté d’eux, sur le terrain. »

Sur le Littoral, ils sont donc une demi-douzaine de radios locales à vocation commerciale à émettre sur de nouveaux territoires depuis fin octobre. Avec ses nouvelles fréquences à Dunkerque et à Montreuil-sur-Mer, Radio 6, originaire de Calais, disperse désormais ses ondes sur l’ensemble le littoral. De son côté, Delta FM fait le grand saut en sortant pour la première fois du périmètre dunkerquois en émettant à Boulogne et à Saint-Omer. Fondée à Saint-Omer, RDL obtient trois nouvelles fréquences, à Dunkerque, Montreuil-sur-Mer et Saint-Pol-sur-Ternoise, tandis que la Radio de la Mer débarque dans la région, à Boulogne et à Dunkerque.
L’arrivée de Radio 6 dans le fief de Delta FM constitue le fait majeur du nouveau paysage radiophonique du littoral. Avec ses 17 permanents (dont 6 journalistes et un rédacteur en chef), Radio 6 est un poids lourd dans la cité des Six-Bourgeois, où elle capte plus de 30% de l’audience. Fort de ses 15 salariés (7 journalistes) et d’un budget d’un million d’euros, Delta FM jouit d’une audience identique dans la cité de Jean Bart. Le choc promet d’être rude. Mais plutôt que de parler de concurrence frontale, les deux stations préfèrent parler pudiquement de « complémentarité », évoquant leurs différences. « Nous diffusons plutôt les titres des années 1980 qui touchent les 30-40 ans, alors que la programmation des « hits » de Radio 6 s’adresse davantage les 20-30 ans », analyse Gilles Sénicourt, le dirigeant de Delta FM. En construisant son identité sur le dunkerquois, Delta FM sait aussi qu’elle a tout à prouver à Boulogne et à Saint-Omer, tout en gérant un « trou » au niveau de Calais…
Sans être 100% local, le format choisi par ces deux radios locales privilégie avant tout la proximité. « Si Radio 6 Dunkerque sera pilotée depuis Calais, l’antenne locale disposera rapidement de deux journaliste qui proposeront infos et décrochages le matin et en soirée. » , souligne Olivier Piochon, directeur adjoint de radio 6. Même stratégie pour Delta FM, où un journaliste officiera depuis Boulogne. D’autres différences existent. Radio 6 une station purement privée qui reste discrète sur ses chiffres (le greffe du Tribunal de commerce fait néanmoins état d’un chiffre d’affaires de 1,5 millions d’euros). Delta FM est une association loi 1901 née voici 25 ans qui gère un pôle média (télévision, radio, site web). Financée par le Sivom de l’Aa (le syndicat intercommunal de Gravelines-Bourbourg), elle dispose d’un budget annuel d’environ un millions d’euros. « Nous avons des objectifs d’image à véhiculer, notamment en parlant du tourisme et du basket. Mais ce statut ne nous empêche pas de traiter l’information en toute indépendance, comme on a pu le remarquer lors des dernières municipales », souligne Gilles Sénicourt.
Le plan FM mis en place par le CSA vise aussi à favoriser l’émergence de radios économiquement aptes à supporter l’arrivée des nouvelles technologies. Même si les atouts de la radio numérique terrestre laisse perplexes les protagonistes du débat. « C’est un immense investissement qui suppose un amortissement sur une longue durée… Pour l’heure, je crois plus au Wimax (norme pour les équipements de boucle locale radio, qui permet de connecter un bâtiment en accès haut débit par voie hertzienne, NDLR) », observe Gilles Sénicourt. Qui estime que le moment venu, les opérateurs locaux devront nécessairement se réunir pour créer des multiplexes de diffusion.
Thierry Butzbach
À Dunkerque : RDL : 89.8 MHz, Radio Classique : 90.2 MHz, La Radio de la Mer : 90.7 MHz, RMC : 98.4 MHz, Radio 6 : 99.0 MHz