C’est peu de dire que le dessin de presse et la caricature en particulier ont engendré la polémique ces derniers jours. Le débat s’est en effet porté sur la remise en cause de la liberté d’expression des médias, à l’occasion de deux événements au cœur de l’actualité. D’une part, une caricature parue dans le quotidien américain Washington Post, montrant un soldat ayant perdu ses jambes et ses bras, a suscité jeudi la colère de l’armée américaine qui l’a jugée « condamnable ».
D’autre part, l’affaire des caricatures à l’image supposée du prophète Mahomet, parues en septembre dernier dans la presse danoise et reprises par France Soir mercredi 1er février, a entraîné des réactions enflammées dans le monde musulman. Au-delà de la qualité et de la pertinence des dessins en question (1), la plupart des quotidiens français prenaient, ce vendredi 3 février, la défense de la liberté de la presse, alors que le siège de France Soir était transformé en camp retranché sous la protection policière. La publication de ces dessins a d’ailleurs ajouté un épisode à la crise interne que traverse le journal. Le propriétaire de France Soir a en effet limogé le directeur de la publication, Jacques Lefranc, qui, sans être favorable à la publication de ces dessins, n’avait pas voulu s’y opposer. C’est normalement le directeur général du journal, Eric Fauveau (favorable, lui, à la publication de ces dessins), qui devait prendre le relais. Ce dernier a décliné, expliquant que sa qualité de candidat à la reprise du quotidien (avec le rédacteur en chef, Serge Faubert) était incompatible avec la fonction de PDG.
Quoi qu’il en soit, les menaces reçues par le journal ne peuvent qu’inquiéter. Le Club de la Presse Nord-Pas-de-Calais, attaché à la liberté d’expression et soucieux de participer à toute réflexion sur la profession de journaliste, organisera dans les prochaines semaines un débat consacré à ces dossiers. Dossiers qui demandent le plus de vigilance et de recul possible.
(1) « Libération », dans son édition de vendredi 3 février, les juge « d’un niveau médiocre tant sur fond que dans la forme ».