Le neuvième Prix de Gondecourt, remis dans l’Hôtel de ville de la commune éponyme, a été attribué ce 7 novembre 2011 à la journaliste Sophie Coignard, grand reporter au Point, pour son livre « Le pacte immoral - Comment ils sacrifient l’éducation de nos enfants » (Albin Michel).
A peine rentrée des Etats-Unis, l’auteure n’a pu être présente pour retirer le chèque symbolique de 7,62 €, décerné par Frédéric Lecluyse, journaliste à la Voix du Nord et président du jury, en présence de Jean-Pierre Fernandez, maire, de Sébastien Degardin, du barreau de Lille et de Frédéric Lépinay, journaliste et éditeur, membres de l’ « Académie » du Gondecourt. Pour une fois, la manifestation s’est déroulée en décalage du traditionnel Prix Goncourt, qui a dérogé cette année au rendez-vous traditionnel du premier lundi de novembre.
Les fondateurs du prix nordiste, journalistes et avocats, ambitionnent de contribuer à la valorisation du « journalisme d’investigation ». Hormis une année « blanche » (pas de prix en 2005), le Gondecourt a souvent fait preuve de pertinence, dès le premier d’ailleurs, décerné à Denis Robert en 2002 pour son livre « La boîte noire » consacré à l’argent sale.
Leur choix s’est donc porté cette fois sur l’enquête de Sophie Coignard dont on apprend - à la seule lecture de l’introduction et de la post-face toutefois - qu’elle a voulu « mettre à nu l’Education nationale ». La journaliste du Point n’y va pas de main morte, n’hésitant pas à amalgamer ministres, idéologues et syndicats, c’est-à-dire, selon elle, « tous ceux qui depuis vingt-cinq ans mènent l’école à la ruine… en toute impunité » au nom d’une sorte de « pacte immoral » entre les élites qui prétendent gouverner et les apparatchiks qui sacrifient nos enfants par pur cynisme ».
En introduction, elle évoque les « les belles paroles » de Nicolas Sarkozy « sur le mérite, l’égalité des chances et le refus de l’échec scolaire », prononcées à l’occasion de la présentation de la réforme des lycées en octobre 2009. A la rupture annoncée, elle oppose la gratuité des lycées français de l’étranger – 100 millions d’euros en 2010, 700 millions à terme – et l’incapacité des pouvoirs publics « d’éradiquer l’illettrisme dès son apparition » alors que « ce chantier salutaire » coûterait 100 millions par an.
Aujourd’hui « plus de 150000 jeunes sortent chaque année du système sans formation ni diplôme » s’indigne Sophie Coignard, mettant en cause « le pacte immoral que les élites ont passé depuis des années avec les idéologues de l’éducation. Une alliance contre nature forgée dans le lointain sillage de Mai 68. » Ainsi, « depuis plus de vingt ans, les élèves sont tenus en otages par ceux qui prétendent faire progresser l’école. Le résultat est consternant. Jamais les performances n’ont été aussi médiocres et les inégalités aussi criantes. Non seulement l’Education nationale ne parvient pas à « élever », mais elle a perdu le pouvoir d’ouvrir les esprits et de faire fonctionner l’ascenseur social.
Si l’école tient encore debout, c’est grâce à ses missionnaires et ses résistants – enseignants mais aussi hauts fonctionnaires parfois : au gré des réformes qui s’annulent et se contredisent, ils tiennent le cap de leurs convictions, de leur vocation. Mais combien de temps un système peut-il parier sur la seule abnégation ? Aussi longtemps que le cynisme régnera en maître au sommet de l’Etat ».
D’une certaine manière, et sous réserve de critiques plus approfondies après lecture, ce livre semble bien d’actualité quand les premières escarmouches de la bataille de l’élection présidentielle de 2012 ont porté notamment sur la question scolaire et du recrutement de 60000 enseignants.
M.D.

- Frédéric Lecluyse, président du jury du Prix Gondecourt, présente le livre de la lauréate 2011 et le chèque symbolique de 7,62 € qui sera adressé à l’auteure. A sa droite, on reconnaît Sébastien Degardin, représentant le barreau de Lille au sein du jury, Jean-Pierre Fernandez, maire de Gondecourt, Frédéric Lépinay, journaliste et éditeur, "secrétaire de l’Académie Gondecourt"