<p>La loi sur l’eau de 1964 a créé six bassins hydrographiques dans lesquels six agences de l’eau, établissements publics de l’Etat sous tutelle du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable et sous celle du Ministère chargé des finances agissent pour concilier gestion de l’eau et développement économique dans le respect de l’environnement.</p>

 
 
 

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jeudi 14 avril 2005

« Le Monde » : J.-M. Colombani devant ses lecteurs - 14 avril 2005

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Jean-Marie Colombani a participé à Lille, le 11 juin 2004, à un débat organisé par la Société des lecteurs du Monde, sur le thème : « Pouvoir et contre-pouvoir de la presse en général et du Monde en particulier ». Le public a entendu un discours de chef d’entreprise plus que de journaliste. Il a également appris que ceux qui critiquent violemment son journal sont forcément habités de mauvaises intentions et idéologiquement proches de l’extrême-droite. Une façon comme une autre de refuser le débat…

Un journal est-il et doit-il être une entreprise comme une autre ? Visiblement, Jean-Marie Colombani en est convaincu et c’est avant tout comme un chef d’entreprise qu’il s’est exprimé le 11 juin, au Théâtre du Nord, à Lille. Pour lui, les retournements des « cycles économiques », qui ont conduit plusieurs fois Le Monde à des « faillites et quasi-faillites » obligent à la « constitution d’un groupe de presse », afin de réunir « les conditions d’absolue liberté qui sont les nôtres au Monde ». D’ailleurs, pour lui, les « critiques pas bienveillantes » dont le journal a fait les frais récemment auraient pour but principal d’en empêcher la constitution. Or, Jean-Marie Colombani ne voit pas pourquoi la SA Le Monde, qui comprend des journaux aux lignes éditoriales sensiblement différentes du quotidien du soir (Le Monde SA possède notamment des participations dans Le Monde Diplomatique, Politis, Courrier International, Télérama, Témoignage Chrétien, Le Midi Libre…) serait « plus dangereux » que d’autres, « en lien avec la puissance publique ». Pour lui, l’alternative serait donc la suivante : racheter (pour mettre en place des synergies financières, des systèmes de distribution communs, etc.) ou être racheté. Il estime également offrir, ainsi, une sécurité aux titres satellites. « Si vous retirez Le Monde Diplomatique [du groupe Le Monde], comment vit-il ? » Pour le reste, il l’assure, aucune intervention n’a jamais eu lieu dans le contenu rédactionnel de ces journaux.

Le Monde et la Bourse

Ce serait toujours dans un souci d’indépendance que Le Monde envisage une prochaine entrée en Bourse, tiraillé entre la nécessité de convertir les obligations remboursables en actions, émises à une époque, ses gros besoins de capitaux frais et la déprime boursière qui sévit depuis trois ans. L’autre solution serait de demander aux actionnaires du Monde de remettre la main à la poche, par le biais d’une augmentation de capital. Actuellement, le capital est détenu à 40% par les salariés du journal (répartis entre Société des rédacteurs, Société des cadres, Société des employés et Société des personnels), les héritiers des fondateurs (12%) et la Société des lecteurs (13%). Le reste est partagé entre actionnaires privés, selon une répartition complexe et très morcelée. On trouve ainsi, par exemple, Vivendi et Hachette au sein de l’actionnariat. Ce sont bien sûr ces actionnaires privés qui seraient concernés par un appel à capitaux. Mais, « [leur] demander de l’argent serait leur donner du pouvoir, ce que nous ne voulons pas », assure Jean-Marie Colombani.

Publicité et publi-reportage

Autre composante indispensable de l’entreprise Le Monde (comme la quasi-totalité de la presse) : la publicité. Selon les chiffres avancés par son directeur, la part des recettes publicitaires dans les recettes totales (30 à 35%) serait inférieure dans son journal à la norme habituelle, qu’il situe autour de 60-65%. « Sans elle (la publicité, Ndlr), le prix de vente exploserait », explique-t-il. Mais, comme l’a fait remarquer un intervenant dans le public, il arrive régulièrement au Monde d’héberger dans ses pages des publi-reportages, rédigés par la société InterFrance Média, identifiés comme tels (il est en outre précisé que la rédaction du Monde ne participe pas à leur réalisation). Certes, le publi-reportage est un des genres les mieux partagés de toute la presse, y compris dans de prestigieux titres étrangers. On pourrait cependant attendre une politique différente, à cet égard, de la part d’un journal qui se veut une référence. L’un de ces « dossiers » publiés par Le Monde, comme le soulignent Pierre Péan et Philippe Cohen dans « La Face cachée du Monde », vantait les attraits de l’Arabie Saoudite, pays où la démocratie a, pour le moins, de sérieux progrès à faire (le Nigéria et les Emirats Arabes ont également fait l’objet de telles publications). « Ce sont des publicités institutionnelles, des pays qui prennent la parole, les écrivent ou les font écrire. Nous, nous les hébergeons », commente Jean-Marie Colombani, qui ne voit qu’une restriction à apporter à l’exercice : éviter de donner la parole à certains. Apparemment, la publi-reportage sur l’Arabie Saoudite a dû échapper à sa vigilance… Un débat (relayé dans une de ses chroniques par le médiateur du journal, Robert Solé) est d’ailleurs né au sein de la rédaction. La question est simple : Le Monde ne doit-il pas refuser ce genre de dossiers, même identifiés comme étant de la publicité ?

« Ecrivez ce que vous voulez… »

Le débat a ensuite glissé sur le contenu du journal et sa ligne éditoriale. Il a été lancé par un groupe de PLPL (1), qui avait pris place dans l’assistance. Première salve, en substance : pourquoi parler si peu des dossiers relatifs aux accidents du travail dans les colonnes du Monde et, en parallèle, accorder autant de place à l’économie de marché ? Deuxième salve, par Gilles Balbastre lui-même (journaliste, documentariste, une des chevilles ouvrières de PLPL) : pourquoi avoir pris part à la campagne de presse qui avait fait du « bagagiste de Roissy », à peine arrêté, un dangereux terroriste islamiste préparant un attentat ? On se souvient que la thèse du complot familial, avancée dès le début par l’intéressé, s’est finalement révélée exacte… Jean-Marie Colombani a refusé de répondre, qualifiant PLPL de « publication infâme » et de « journal à connotation dangereuse », accusant ses rédacteurs de manier les mêmes insultes que la presse d’extrême droite. Effectivement, PLPL, qui a rebaptisé Le Monde « Le QVM » (Quotidien vespéral des marchés), fait rarement dans la dentelle. Il est, par exemple, des formules plus élégantes pour souligner que les interviews matinales de Stéphane Paoli sur France Inter, brillent rarement par l’impertinence et le recul critique face à ses interlocuteurs, que d’écrire : « Les deux lobes du cerveau de Paoli ne sont reliés entre eux que lorsqu’il récite, la queue frétillante, la jolie question que lui a dictée son président libéral Jean-Marie Cavada. » Idem pour le qualificatif de « sociologue-traître » accolé au nom d’Alain Touraine. Il n’empêche que les articles de PLPL expriment une vraie critique sur une tendance de la presse à vanter le « tout marché » et le libéralisme économique. « Ecrivez ce que vous voulez dans vos publications infâmes », leur a rétorqué Jean-Marie Colombani pour toute réponse. Ce dernier en a d’ailleurs autant pour le compte des auteurs de « La Face cachée du Monde », dont « la critique est très identifiable ». Suivez son regard…

Ludovic FINEZ

(Photos Gérard Rouy)

(1) PLPL (Pour Lire Pas Lu), « journal de critique des médias » a été créé en juin 2000. Il comprend une édition « papier » (5 numéros par an) et une version en ligne. On compte parmi ses collaborateurs les plus connus Serge Halimi, auteur de plusieurs livres critiques sur les médias (dont « Les nouveaux chiens de garde »).


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