Salariés permanents, pigistes, presse institutionnelle, journaux gratuits, rédactions présentes dans la région ou pilotées depuis Paris… On retrouve chez les journalistes chargés de couvrir les événements culturels au sens large les mêmes réalités que chez beaucoup d’autres. A l’image de la rencontre qui avait été organisée en octobre dernier avec les journalistes radio, le Club a renouvelé l’expérience. Le Lundi du Club du 8 janvier était donc consacré cette fois-ci aux journalistes « Culture ». L’occasion pour quelques-uns d’entre eux de présenter leurs supports et leur façon de travailler. A Sortir Week-end, hebdomadaire gratuit racheté il y a quelques années par l’hebdomadaire Autrement Dit, deux permanents et trois pigistes constituent l’équipe rédactionnelle. Films, livres, musique, expositions : ils s’intéressent à tout cela. A noter : Sortir Week-end a désormais deux petits frères, à Montpellier et Marseille, baptisés « En Scène ».
A Lille Métropole Info, mensuel édité à 500 000 exemplaires par Lille métropole Communauté Urbaine (LMCU), « le délai de fabrication est un peu long », reconnaît Yann Parigot. En ce 8 janvier, l’équipe était en effet en plein bouclage du numéro de février. Conséquence logique : « D’une manière générale, on annonce » les événements, explique-t-il. LMCU a la particularité de co-financer des événements culturels. « On en parle ou on n’en parle pas, assure le journaliste, il n’y a pas de règle. »
« Compliqué de jongler entre les médias »
Marie Tranchant, de son côté, a une double casquette : celle de pigiste, pour le gratuit A Nous Lille (par l’intermédiaire d’une agence basée à Paris) et celle du contrat de professionnalisation qu’elle vient de débuter pour Lille Plus, le quotidien gratuit du groupe Voix du Nord. Il y a peu, elle écrivait également pour les pages « Sorties » de l’édition lilloise de 20 Minutes, toujours via une agence parisienne. « C’est assez compliqué de jongler entre les différents médias », avoue-t-elle. Pour A Nous Lille, « le souci, c’est que la rédaction est basée à Paris. Donc les événements du Nord plus intimes, on a du mal à les faire passer. »

- (de droite à Gauche) René Lavergne, Président de la fédération des Radios Associatives du Nord de la France, Marie Tranchant, pigiste, Patrice Demailly, journaliste à Nord Eclair, Guillaume Branquart, journaliste à Sortir (supplément gratuit d’Autrement-dit) et Nicolas Leroy
« On essaie de rester ouverts à tout ce qui se passe, d’être disponibles, de balayer un peu tout », explique pour sa part Guillaume Branquart, responsable de la rédaction de Sortir Week-End. « On ne prétend pas avoir la science infuse sur tout ce qui se passe dans la région », ajoute-t-il. Car les sollicitations sont nombreuses pour figurer dans ces pages. A Nord Eclair, Patrice Demailly travaille avec une collègue pour assurer une page magazine quotidienne plus quatre pages hebdomadaires le jeudi. « En périodes creuses, on en profite pour annoncer des programmations, pour faire un point sur des salles dont on ne parle pas toujours… », confie-t-il.
Comptes-rendus de concerts pour le lendemain
Etant un quotidien, Nord Eclair s’efforce de faire régulièrement des comptes-rendus de concerts, exercice beaucoup plus rare dans les hebdomadaires. Dans ce cas, « on écrit toujours pour le lendemain », explique Patrice Demailly. « On peut donc rarement voir le concert jusque la fin », le papier devant être livré au plus tard pour 23h40. « On essaie d’être le plus objectif dans la subjectivité », note-t-il. Il se souvient ainsi de l’« Opéra folk » monté par la chanteuse québécoise Linda Lemay, qu’il aime beaucoup. « Ça m’a fait mal au cœur de dire que c’était très mauvais mais c’était très mauvais… » Quant au choix des concerts qui feront l’objet d’un papier, le journaliste est clair : « On va privilégier un Raphaël qui fait 7 000 [spectateurs] au Zénith, à un groupe qui va en faire 600 au Splendid. »

Pour Guillaume Branquart, « deux choses » guident ses choix rédactionnels : « Nous sommes contraints par la priorité que l’on donne [dans le contenu de Sortir Week-end] à l’agenda » ; « On essaie aussi d’équilibrer entre les zones géographiques que l’on traite. » Une perche aussitôt saisie par Pascal, programmateur à l’Escapade, une salle de spectacle d’Hénin-Beaumont. Pour lui, la presse régionale en général traite « beaucoup d’événements sur Lille ». « On sent parfois un oubli de ce qui peut se passer dans le Pas-de-Calais », regrette-t-il. « Le rôle du journaliste est aussi de faire savoir ce qui se passe ailleurs », lance-t-il. Cette remarque soulève aussi une autre question, celle des moyens dont disposent les journalistes, tous services confondus : équipes réduites, polyvalence de plus en plus poussée (y compris pour des tâches peu en rapport avec le journalisme pur), disponibilité de moins en moins grande pour le reportage de terrain…
« Parfois, on passe à côté de la création »
Les espaces réservés à la culture dans les journaux ne sont pas non plus épargnés. Exemple relevé ce soir-là : quand La Voix du Nord a sorti son nouveau format tabloïd, une rubrique dominicale sur les expositions, réalisée par un pigiste, a disparu en même temps qu’apparaissait la nouvelle maquette. « Beaucoup de gens -des artistes, des compagnies…- attendent des retours [dans la presse] en termes de critiques objectives », notamment pour exister face aux financeurs et programmateurs, remarque pour sa part René Lavergne, vice-président de Radio Campus. Selon lui, le genre se perd. Quant à Cécile Rognon, qui a quitté les pages culture de Nord Eclair il y a un an, elle avait « senti nettement au cours des années » un glissement de l’exercice du compte-rendu vers celui de l’annonce. « Parfois, je pense que l’on passe à côté de la création dans la région », regrette-t-elle.
Ludovic FINEZ