A ce jour, les responsables ne prévoient qu’un dispositif réduit. « Il sera, note Jean Marc Perez, rédacteur en chef de France Bleu Nord, difficile d’intéresser l’auditeur aux enjeux de l’élection ». Le sujet est complexe. Les listes constituées sur base d’une grande région Nord-Ouest manquent de cohérence : « On ne sait pas déjà quels sont les élus du Nord et du Pas de Calais au Parlement européen, alors que dire de ceux de la Normandie ou de la Picardie ? » Véronique Marchand, de France 3 Nord-Picardie, abonde en ce sens : « Nous ne savons pas raconter l’Europe », admet-elle. Elle ajoute que les candidats ne font pas mieux et que pour l’essentiel les débats vont se concentrer sur les questions de politique intérieure, où l’Europe servira, une fois de plus, de « défouloir ». Le mode de scrutin renvoie d’ailleurs aux débats internes des partis politiques, lesquels ne font que peu d’efforts pour préciser leurs visions sur l’avenir de l’Europe et sur le rôle qu’ils entendent y jouer.

- Bruno Cadez, rédacteur en chef de Liberté hebdo et Véronique Marchand, de France 3 Nord-Picardie
Bruno Cadez, rédacteur en chef de Liberté hebdo, est un peu moins pessimiste. Comme son confrère Christophe Lamour, d’Autrement Dit, il s’adresse à un lectorat plus engagé, et plus motivé. « Il est, dit-il, sans doute difficile de mettre en phase les enjeux de l’élection avec les préoccupations quotidiennes des lecteurs, mais je pense qu’on peut démontrer qu’il y a au niveau européen des choix politiques qui engagent l’avenir et que différentes options sont possibles ». Liberté Hebdo prévoit d’organiser des débats en se concentrant naturellement sur le « Front de gauche ». « Autrement dit » dont le lectorat est plus sensible aux enjeux européens considère avoir une fonction plus pédagogique sur le sujet. Le journal a ouvert des chroniques aux candidats pour qu’ils s’expriment sur le sujet : « à voir ce qu’ils en feront et ce qu’ils y diront » note Christophe Lamour.
On en revient au thème de base : est-ce que le journaliste politique n’est pas un peu la caution de l’homme politique ? Pas vraiment notent les intervenants. « Il faut convenir, précise Jean Marc Perez, qu’aujourd’hui l’homme politique a moins besoin du journaliste. Autrefois, la rencontre avec la presse était le passage obligé, mais avec les nouveaux médias il lui devient plus facile de s’en passer et de s’adresser directement à l’électeur ». Certes, les politiques sont demandeurs. « Ils ont tous envie qu’on parle d’eux », mais aucun journaliste n’estime subir de véritables pressions. Des appels, des coups de fil, des invitations, cela ne manque pas, mais note Jean Marc Perez, « ce que l’on appelle des pressions, avec des menaces et des chantages, non, nous n’en subissons pas ». « Il faut dire, ajoute Véronique Marchand, que nous ne sommes pas dans le microcosme parisien ! » En région, le journaliste politique garde sa distance avec l’homme ou la femme politique et il se sent d’autant moins obligé de répondre à ses appels que « l’homme politique s’il est prompt à intervenir lorsque ça l’arrange, est moins réactif lorsque c’est nous, les journalistes, qui avons des choses à lui demander ».

- Jean Marc Perez, rédacteur en chef de France Bleu Nord et Christophe Lamour, d’Autrement Dit
Quelques questions émaillent le débat. Les journalistes politiques ne sont-ils pas responsables de ce qu’on nomme « une peopolisation » de la vie politique ? On voit bien que les débats se concentrent sur certains partis et autour de certaines personnalités. Mais l’évolution vers une « bipolarisation » de la vie politique parait inévitable et s’il est vrai que les médias ont tendance à gommer ou à réduire la part des petits partis, on ne peut dire que les journalistes en soient les responsables. Véronique Marchand note un décalage de plus en plus évident entre les acteurs de la vie politique et des citoyens auxquels les élus ne savent pas répondre. Est-ce que cela n’est pas particulièrement vrai concernant les enjeux de l’Europe dont les médias ne parlent que si peu alors qu’ils influencent bon nombre de décisions nationales ? Sans doute notent les journalistes qui peuvent se sentir responsables, mais pas plus. En la matière s’il y a des coupables il faut plutôt les chercher dans le monde des politiques.
Régis Verley
