Le Nord-Pas de Calais, la Picardie, les Ardennes, la Belgique… et même à l’occasion la Grande Bretagne, comme cela a été le cas lors des attentats de Londres. Voilà à grands traits le terrain d’exercice des deux correspondants lillois de I-Télé et Canal +. « Deux personnes, c’est peu, il faut donc savoir tout faire », témoignait Jérôme Rampnoux, lundi 2 avril au Club de la presse, à l’occasion de la présentation des journalistes de télévision (1). « Savoir tout faire », c’est tourner les images, réaliser les éventuelles interviews, monter images et sons, faire le commentaire, diffuser… Les correspondants de I-Télé sont d’ailleurs reconnaissables à la camionnette qu’ils emmènent partout, avec sa parabole satellite sur le toit. Ce véritable bureau mobile leur permet de tout faire sur place. Pour le reste, les deux journalistes travaillent chez eux ; ils ne disposent pas, en effet, de bureaux. Egalement représentée à Nantes, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Nice et Chambéry, la rédaction de I-Télé et de Canal+ n’a, au Nord de Paris, de correspondants qu’à Lille et Strasbourg. « Dès qu’on a passé le périphérique [parisien], c’est le Grand Nord… », plaisante Jérôme Rampnoux.
« On ne nous demande pas [d’avoir] absolument un alcoolique »
Evidemment, avec aussi peu de moyens humains et une si vaste zone à couvrir, les semaines à rallonge s’accumulent. Et lorsqu’il faut bien prendre ses repos compensateurs accumulés, le collègue peut se retrouver seul sur le terrain jusqu’à plusieurs mois d’affilée. Si les semaines y sont aussi bien chargées, les moyens et le fonctionnement sont quelque peu différents à l’agence Internep TV (groupe Voix du Nord), qui assure notamment des correspondances pour TF1 et LCI. Deux journalistes, Guillaume Desplanques et Marion Fiat, sont plus particulièrement affectés à ces deux correspondances. Au total, l’agence (2) compte huit journalistes (dont une correspondante à Bruxelles), rédacteurs et journalistes reporters d’images (JRI) confondus. A l’occasion, des pigistes complètent les effectifs. Le quotidien d’une correspondance pour TF1, c’est notamment alimenter le « 13 heures » de Jean-Pierre Pernaut et ses sempiternels sujets sur le « patrimoine » de la France rurale. Ce qui fait dire à Sébastien Hembert, rédacteur en chef de l’agence, que l’information produite par Internep TV ne s’arrête pas aux images – souvent vraies mais réductrices et à l’occasion déformées ou amplifiées – qui collent à la région : santé précaire, pauvreté, déclin industriel... « Chez nous, l’info c’est [aussi] de la joie, de la bonne humeur… » « On ne va pas chercher la personne qui a le meilleur accent », résume-t-il. Et pour être encore plus clair : « On ne nous demande pas [d’avoir] absolument un alcoolique. »

- De gauche à droite : Chloé Catherine, Sylvie Minous et Caroline Fichten (Calais TV), Jérôme Rampnoux (I-Télé), Pierre-Jérôme Montenot (C9) et Sébastien Hembert (Internep TV).
Autre structure, autres réalités, mais toujours au sein du groupe Voix du Nord, avec C9 Télévision. Diffusée sur le câble, la chaîne s’intéresse uniquement à l’actualité de la métropole lilloise. « Le premier impératif [dans le choix des sujets, NDLR] est géographique », explique son rédacteur en chef, Pierre-Jérôme Montenot. Rachetée par le groupe Voix du Nord lorsque son actionnaire historique (Dalkia) a décidé de jeter l’éponge, C9 Télévision compte aujourd’hui une rédaction de sept journalistes. Le rachat s’est traduit par plusieurs départs, non remplacés. Les journalistes ont donc dû apprendre à monter, pour être plus polyvalents et assurer désormais des tâches qu’ils n’effectuaient pas avant.
Si le groupe Voix du Nord s’est porté acquéreur, c’est dans un but précis : être en mesure de postuler si le CSA lance enfin l’appel à candidatures pour la création d’une chaîne hertzienne métropolitaine. Tout aussi clairement, le groupe a annoncé à plusieurs reprises que sans cette chaîne métropolitaine, il ne poursuivrait l’aventure de C9.
C9 Télévision dans la zone de l’Union ou à la Pilaterie ?
Promis depuis une éternité et maintes fois repoussé après les différentes échéances électorales, le dossier est-il prêt à sortir de terre ? « On a quelques espoirs, veut croire Pierre-Jérôme Montenot, mais les dates sont sans cesse reportées ». « Il semblerait que pour 2008, les choses s’arrangent », ajoute Sébastien Hembert (3). « La chaîne perd de l’argent », reconnaît-il. Jusqu’à quand les actionnaires (4) accepteront-ils cette situation ? « La Voix du Nord [leur] a demandé de remettre la main à la poche, poursuit le rédacteur en chef d’Internep TV. On est repartis jusque fin 2007. La question se reposera alors. On vit de six mois en six mois. » « Il risque d’y avoir un clash, admet-t-il, avec une entreprise [actionnaire] qui dira : "J’arrête". »
Précision utile : à supposer que l’appel à candidatures soit lancé, rien n’assure à La Voix du Nord de le décrocher à coup sûr. Télé Melody, la chaîne des seniors qui émet depuis Villeneuve d’Ascq, s’est également intéressée au dossier. « TF1 [aussi] va venir, pronostique Sébastien Hembert. L’avenir à TF1, c’est la télévision régionale » (5). Et encore « NRJ 12, M6 peut-être, un réseau associatif… ».

- Jean-Philippe Debarge, journaliste à C9 Télévision, répond à Nicolas Leroy, animateur de la soirée.
L’autre interrogation pour C9 concerne ses locaux. Deux pistes sont à l’étude. Actuellement installés à Saint-André, les studios pourraient prendre place dans le futur Pôle de l’image, porté par Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU). Mais le groupe Voix du Nord a également annoncé un regroupement de certains services dans un bâtiment à construire près de l’imprimerie du quotidien, sur la zone de la Pilaterie (Marcq-en-Baroeul). Il est possible qu’une place y soit faite pour la chaîne.
A Calais TV aussi, les questions sur l’avenir se posent d’une façon encore plus pressante. La télévision hertzienne diffusée dans l’agglomération de Calais – « Calais n’est pas câblée », précise Sylvie Minous, une des trois journalistes de la chaîne – a en effet commencé à émettre avec une autorisation temporaire de trois mois. Au terme de celle-ci, Calais TV a écrit au CSA, en quête de nouvelles. Sans réponse, assure la journaliste Caroline Fichten. La semaine dernière, le CSA a décroché son téléphone. « On nous a dit que nous recevrions un courrier nous demandant d’arrêter d’émettre », explique-t-elle. Le risque étant, si la chaîne décide de passer outre, de s’exposer à des poursuites et à une saisie du matériel…
« Un impact sur les Calaisiens qui nous regardent »

- Frédéric Rulkin et Sébastien Zanchetta (ILTV)
Les 15 permanents de Calais TV produisent une information de proximité ayant « un impact sur les Calaisiens qui nous regardent » et s’efforçant de « mettre en avant des talents locaux, d’aller voir les gens », résume Caroline Fichten. Exemple concret avec le sommaire des reportages du week-end des 31 mars et 1er avril : l’inauguration de la médiathèque de Calais réaménagée après 20 ans d’existence ; le match de football Calais-Dunkerque, retransmis en intégralité avec un décalage de deux heures ; une fête de la soupe dans un quartier, etc. La rédaction exclut de ses sujets les faits divers mais aborde la politique. Une gageure avec un statut associatif et des financements essentiellement assurés par des subventions municipales ? « Nous n’avons pas de commande de sujets par la mairie. Nous faisons nos propres choix », assure Caroline Fichten. Elle explique ainsi que lors d’une récente élection cantonale, chaque candidat a bénéficié du même temps de parole.
ILTV (Information Locale Télévision et Vidéo) émet sur le câble, depuis Oignies, en direction des 14 communes de la Communauté d’agglomération d’Hénin-Carvin, soit environ 60 000 téléspectateurs potentiels. La chaîne n’a pas ce problème de comptage du temps de parole. Et pour cause, sa charte éditoriale exclut la politique (ainsi que la religion). Frédéric Rulkin, qui pilote la rédaction avec Sébastien Zanchetta, revendique une « télé miroir ». Sébastien Zanchetta évoque des thèmes relevant « de l’ultra-local » : « Les gens [d’Hénin-Carvin] ne se retrouvent pas forcément dans des sujets sur la métropole lilloise. » « Nous ne sommes pas catalogués comme un relais de la bonne parole des 14 maires [qui siègent au sein d’un comité de rédaction, NDLR] », croit savoir Frédéric Rulkin. « Nous sommes une télévision de promotion du territoire et de ses acteurs ». Les financements proviennent à 100% de la Communauté d’agglomération. Une évolution en SEM (société d’économie mixte) est néanmoins possible, « pour prendre une certaine distance vis-à-vis des élus ».
Là encore, avec une équipe de quatre journalistes et un infographiste, il faut être polyvalent. Par ailleurs, la télévision ne dispose pas encore de son propre plateau, ce qui pose quelques soucis d’organisation. Des travaux devraient cependant y remédier prochainement.
Les meetings : « On ne fait plus que ça, je n’en peux plus… »

- Alain Etienne, chargé des relations presse pour le Comité régional du tourisme, pose une question sur l’image de la région.
Pour ceux qui traitent de la politique, l’actuelle campagne des présidentielles ajoute des contraintes importantes. Pour I-Télé et Canal+, les deux journalistes ont couvert tous les meetings de leur vaste région d’exercice. « Depuis trois semaines, on ne fait plus que ça, je n’en peux plus… », souffle Jérôme Rampnoux avec un petit sourire. Et pourtant, chaque reportage ne donne pas, loin de là, forcément lieu à une diffusion. Il s’agit en fait d’être présent « au cas où », pour la petite phrase ou le petit événement qu’il ne faudrait manquer pour rien au monde face à la concurrence. Parfois, il s’agit aussi de réajuster un déséquilibre dans le temps de parole des candidats, comme pour Frédéric Nihous (candidat de Chasse pêche Nature Traditions), lorsqu’il est venu à Dunkerque. Même schéma à TF1 pour le meeting de Marie-George Buffet à Avion : « Clairement, on l’a fait car on devait être en retard en temps de parole », confie Sébastien Hembert.
Chez C9 Télévision, on pense déjà à la façon dont seront traitées les soirées électorales en direct. « On a plus de temps que France 3 [Nord-Pas de Calais] », remarque Pierre-Jérôme Montenot. Par définition, la chaîne câblée ne doit pas rendre l’antenne à telle heure pour laisser la place à un programme national. C9 s’est par ailleurs lancée dans la retransmission des séances de conseil de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU). Elle pourrait bientôt en faire de même avec les débats au Conseil général du Nord, glisse le rédacteur en chef.
Ludovic FINEZ
(1) Le Club de la presse a ainsi déjà reçu les journalistes radio (lire l’article), « culture » (lire l’article) et de la presse quotidienne gratuite (lire l’article). Le rendez-vous est désormais fixé chaque premier lundi du mois, après le Club emploi journalistes.
(2) Internep TV travaille également pour France 5, Arte, France Télévisions, L’Equipe TV…
(3) Le directeur général d’Internep TV, Jean-Michel Lobry, est également le Pdg de C9 Télévision.
(4) Outre « La Voix du Nord », le « tour de table » de C9 Télévision comprend les télévisions belges VTV (Flandre) et No Télé (Wallonie).
(5) L’intérêt des groupes de presse français, régionaux ou nationaux, pour les télévisions locales tient notamment à l’ouverture récente du marché publicitaire à des annonceurs très puissants : les enseignes de grande distribution.
Sites internet :
I-Télé : www.itele.fr
Canal + : www.canalplus.fr
Internep TV : www.neptv.com
C9 Télévision : www.c9television.fr
Calais TV : www.calaistv.fr
ILTV : www.iltv.fr