Belle occasion manquée. Belle occasion de faire le point sur ces fameuses fausses connivences qui biaisent l’exercice du métier, voire le dénaturent. Pas si simple, cependant.
Il n’y avait pas assez de monde ce mardi 22 mai 2001 pour débattre au Club de la Presse des fausses connivences et des vraies complicités qui entourent le journaliste dans la pratique de son job. Mauvaise heure ? Manque d’intérêt pour un sujet somme toute abstrait ? Ou encore crainte d’échanger sur un thème qui met en cause quelques exemples précis sinon quelques personnes ? Si, si, des oreilles ont sifflé... Autre regret, l’absence des "employeurs", ces institutions et autres entreprises qui ont besoin des journalistes et qui ne savent pas leur parler autrement qu’en agitant la carotte ou le bâton. Heureusement, ce n’est pas la majorité, loin de là. Alors pourquoi avoir boudé ?
Les fausses connivences ? Chacun y reconnaîtra -ou pas- sa propre personne. Difficile exercice d’introspection à mener à l’aune de sa conscience professionnelle tant les liens infidèles sont inavoués. Ce peut être, dans le désordre : le journaliste "carté" politiquement ou tout simplement le compagnon de route. Le capital du journal contrôlé par un groupe financier ou industriel. La cause que l’on épouse trop facilement et que, par paresse, on laisse proliférer dans ses colonnes. Voire des complicités psychologiques (l’interlocuteur que l’on aime bien, les sympathies faciles que l’on cultive, les amitiés que l’on ne veut pas décevoir, pour ne rien dire des liaisons tout court...). Autant de "liaisons dangereuses" qui peuvent aussi se traduire par le silence ou l’autocensure. Autrement dit par le non-dit. Psychanalyse de l’homme de plume ou de micro.
D’autant plus que les institutions et autres grandes pourvoyeuses de "ménages" manquent cruellement de "talents" pour leur donner une réplique convenue lors de leurs fameuses conventions et autres journées professionnelles forcément bénéfiques pour leur image. Admettons que la condition moyenne du journaliste l’incite à céder à ces sirènes. Attention à ne pas mélanger les genres trop souvent et/ou trop longtemps ?
Mais il y a encore plus compliqué. L’objectivité n’existe pas. Ou plutôt, elle n’existe qu’en contrepoint de la subjectivité. Alors quand la subjectivité -disons le droit de critiquer- rencontre un intérêt personnel, économique ou politique... à quoi tiennent un adjectif ou un effet de style !
Un débat qui aurait mérité une plus importante audience. Après le brillant exposé d’Agnès Vives et Marie Cousin, étudiantes en troisième cycle à l’Institut d’études politiques de Lille, et qui ont magistralement synthétisé le problème depuis leur mémoire universitaire (avec force références à Serge Halimi et autres Pierre Bourdieu, papes de la sociologie des médias, entre autres), la petite table ronde s’est formée. Sans les absents qui, comme chacun sait, ont toujours...
Marc PREVOST