Une cinquantaine de salariés dont 13 journalistes permanents, plus de nombreux pigistes et CDD : incontestablement, France Bleu Nord occupe, en terme de moyens, une place à part dans le paysage des radios émettant depuis le Nord-Pas-de-Calais. Antenne régionale du réseau France Bleu (41 stations dans tout le pays), elle appartient au groupe Radio France, qui comprend aussi France Inter, France Info, France Culture, France Musique, Fip et Le Mouv’. Moyens au-dessus de la moyenne ne veut cependant pas forcément dire moyens démesurés. La rencontre organisée au Club lundi 2 octobre, avec quelques journalistes radio de la région, a permis de le rappeler. C’est Christian Palka, de France Bleu Nord, bien connu des amateurs de sports pour ses reportages sur les courses cyclistes (1) ses « multiplexes » lors des soirées de championnat de football, qui a ouvert la discussion.
« Il y a beaucoup de pigistes et de CDD à France Bleu », explique-t-il, « surtout le week-end et notamment pour les matchs de foot ». Or, depuis des années, les syndicats de journalistes bataillent pour que ces journalistes qui travaillent très régulièrement pour Radio France, mais avec un statut précaire, soient embauchés en CDI. « Radio France a intégré une trentaine de ces précaires », continue-t-il, mais « en contrepartie, a repris une enveloppe [financière] globale de piges qui devait être l’équivalent de ces 30 salaires. Quand les syndicats ont fait le calcul, ils se sont rendu compte [que la direction avait] récupéré beaucoup plus. » D’où le mouvement de grève chez les journalistes qui a perturbé les antennes de France Bleu le 26 septembre dernier (lire la brève).
« Je ne peux pas me déplacer »
L’organisation est complètement différente à Mona FM, qui émet sur la métropole lilloise, Lens et Valenciennes et dont le programme privilégie la musique populaire des années 60 à nos jours. Gaëlle Dannet est la seule journaliste de la station. Levée à 4 h 30, elle assure un flash d’informations locales toutes les demi-heures entre 6 h 30 et 9 h, puis un toutes les heures jusque 13 h. Plus des « points circulation », des chroniques (enregistrées) santé, beauté, « people », sorties… « Je ne peux pas me déplacer sur le terrain », confie la jeune journaliste, qui travaillait encore récemment pour Contact (à Tourcoing). Les interviews se font donc « toujours par téléphone » et avec une autre contrainte : ne pas tomber pendant les horaires des flashs en direct.
« Les gens ne viennent pas chez nous pour écouter des infos », admet pour sa part Fredy Cochin, journaliste à NRJ Lille. A Lille, le groupe NRJ (2) compte trois journalistes : deux à NRJ, un à Chérie FM. Le travail se fait pour une part à partir des dépêches d’agences et de la lecture de la presse locale. Là encore, les flashs se succèdent toutes les demi-heures au petit matin, pour une durée de 3 minutes ou 3 minutes 30, « calibrée à la seconde près ». L’explication est technique : ces flashs locaux s’intègrent dans une programmation nationale, qu’il s’agit de récupérer exactement au moment prévu. « A chaque flash, on essaie d’incorporer un "son", c’est-à-dire un reportage fait la veille, développe Fredy Cochin. Par exemple, à l’occasion d’un conflit social dans une entreprise, on fait parler un syndicaliste. » Pour le reste « on adapte l’information en fonction de l’auditoire que l’on peut avoir ». Le groupe NRJ, comme beaucoup d’autres radios (et médias en général), réfléchit en effet en termes de « cibles », avec des tranches d’âge différentes pour NRJ, Chérie FM (avec une prédominance de femmes) et Nostalgie.
Radio 6 : parfois mal identifiée à Lille
Radio 6, qui émet sur Calais, Boulogne et Hesdin, se veut pour sa part « généraliste », témoigne Emmanuel Bouin, journaliste dans la station. Les effectifs de la rédaction sont un peu plus fournis qu’ailleurs : cinq journalistes permanents, plus une dizaine de correspondants dans les villes de la zone d’émission. Radio 6 revendique une information de proximité : « J’ai l’habitude de faire des reportages pour un branchement de gaz dans une rue, insiste le journaliste. Cela peut paraître bizarre mais nous attachons beaucoup d’importance à cette [information de] petite locale. »
Certes, cette particularité rend la station également beaucoup plus dépendante du contexte local. « Calais a un maire communiste [Jacky Hénin, NDLR] fâché avec la presse locale et avec nous c’est tendu… », regrette Emmanuel Bouin. Radio 6 ne s’interdit pas pour autant d’aborder des sujets régionaux. Elle peine cependant à être identifiée par certaines institutions basées à Lille. Emmanuel Bouin note parfois un certain étonnement lorsqu’il fait le déplacement jusqu’au Conseil régional, à l’occasion d’un sujet retenu par la rédaction.
Ne pas appeler pendant les flashs…
Les journalistes radio ont également profité de leur présence pour faire passer quelques messages aux rédacteurs de communiqués de presse. Christian Palka est ferme sur la question : l’information principale doit figurer en tête et non cachée au détour d’un paragraphe en fin de texte. Tout aussi franche, Gaëlle Dannet explique qu’elle n’a matériellement pas le temps de lire les dossiers de presse volumineux. Elle se concentre donc sur les communiqués concis. « On a connu ces dernières années un engouement pour les mails. On y revient un peu, avec le courrier et le téléphone », note de son côté Nicolas Leroy, journaliste à Chérie FM et membre du conseil d’administration du Club, qui animait cette rencontre. Quant aux coups de fil aux journalistes, inutile de les passer pendant qu’ils présentent leur flash… Eviter également les minutes qui précèdent la prise d’antenne et l’après-midi, du moins pour ceux qui assurent les « matinales ». Leur journée ayant débuté aux aurores, ils ont alors quitté la rédaction.
Ludovic FINEZ
(1) Christian Palka avait également participé, en octobre 2005, à un atelier réflexion du Club de la presse sur la façon dont les journalistes traitent du dopage dans le sport (lire l’article).
(2) Le groupe NRJ comprend quatre radios : NRJ, Nostalgie, Chérie FM et Rires et Chansons.
A lire également : l’article consacré à l’atelier réflexion sur les radios locales, organisé par le Club de la presse en décembre 2005.