La profession connaissait l’identité de ces deux confrères enlevés le 30 décembre. Mais, respectant les directives du pouvoir et le souhait des familles, elle avait jusqu’ici accepté de préserver leur anonymat afin de ne pas gêner les négociations. Trois mois plus tard, 105 jours exactement, ces négociations n’ont pas abouti. L’arrivée d’une seconde vidéo montrant les deux journalistes lisant un message des terroristes a convaincu France 3 de révéler leur identité, avec l’accord des familles.
Hervé Ghesquière (47 ans) est originaire de Marcq-en-Baroeul, près de Lille. S’il avait quitté la région pour sa carrière de grand reporter à France 3, il a aussi formé des professionnels du reportage audiovisuel à l’université de Valenciennes (licence professionnelle Joris – Journalistes reporters d’images et de sons). Avec Stéphane Taponier (46 ans), il travaillait pour le magazine « Pièces à conviction ». C’est d’ailleurs pour ce dernier qu’ils se trouvaient tous deux au nord-est de Kaboul lorsqu’ils ont été enlevés avec leurs trois collaborateurs afghans (un fixeur, un traducteur et un chauffeur).

- A présent, les otages ont un nom et un visage (ph. Marc Dubois)
Vidéo non datée
Une première vidéo, envoyée en février, n’avait pas été diffusée. Les rédactions ont toujours respecté la discrétion qui leur a été demandée. Cela n’a pas été le cas pour le pouvoir, à commencer par l’Elysée, qui n’a pas hésité à mettre en cause le professionnalisme des deux journalistes et à dénoncer le coût que représentaient les recherches et les efforts pour obtenir leur libération.
La seconde vidéo, non datée, a été envoyée par le biais du site islamiste Alemarah à plusieurs médias occidentaux. Les conditions de sa diffusion par France 3 ont fait l’objet de débats entre la direction et la rédaction. Celle-ci souhaitait que les images ne soient pas floutées et aurait voulu ajouter un reportage sur leur travail.
Les images montrent d’abord Hervé Ghesquière, barbu et amaigri, lire un message en anglais dans lequel les ravisseurs demandent au président Sarkozy de négocier rapidement avec Kaboul et Washington afin d’obtenir la libération de talibans emprisonnés. Sinon, préviennent-ils, les otages seront exécutés. Tous deux s’expriment ensuite à tour de rôle, d’une voix calme et en français. Voici le texte de ces deux dernières interventions, appelées ici « interviews ». On notera enfin que si ces messages insistent sur la menace de mort dont ils font l’objet, les talibans n’avancent pas de date butoir.
Stéphane Taponier : "On vient de nous signifier, à moi, à Hervé et à Reza, que ce sera notre dernière vidéo. En effet, un ultimatum vient de nous être donné. Si le gouvernement français n’accepte pas les revendications des talibans, nous seront exécutés sous peu. Je demande donc au président français et à ma chaîne de télévision de tout faire pour accepter leurs exigences sous peine de mort et dans un délai très court. »
Hervé Ghesquière : « Cela fait maintenant trois mois que nous sommes otages et les talibans me demandent de vous envoyer ce message. Ce sera le dernier message. Si toutefois leurs exigences ne seraient pas satisfaites nous serons exécutés.
Donc, ils demandent à ce que toutes leurs exigences soient satisfaites, ce qui n’a pas été le cas selon eux lorsqu’ils vous ont donné leurs exigences. Deuxièmement, les précédentes interviews n’ont pas été diffusées sur les chaînes françaises paraît-il, sur ordre du gouvernement français. Maintenant, les talibans demandent, exigent que cette interview soit diffusée sur les chaînes françaises.
Enfin, je demande au président de la République, au gouvernement français, à ma chaîne de télévision, au groupe France 3, au groupe France Télévision, de vraiment prêter attention à ce message. Nous sommes désormais en danger de mort. Les talibans viennent de nous le dire. C’est la dernière fois que nous parlons dans une vidéo. Je le répète : si toutes les exigences des talibans ne sont pas exhaussées, hé bien nous serons exécutés.
Voilà. C’est le message, le dernier message qu’ils veulent faire passer au gouvernement français. Parce qu’ils affirment que toutes les négociations ont échoué depuis trois mois et que, je le répète, nous sommes désormais en danger de mort. »

- Rassemblement, le 8 avril, devant France 3, à Lille (ph. Marc Dubois)