jeudi 3 juillet 2008
Libération d’Ingrid Bétancourt : Restons indignés contre les prises d’otage
Personne ne saurait être insensible à l’annonce, d’abord, de la libération d’Ingrid Bétancourt, aux images, ensuite, de son arrivée à Bogota et à l’écoute de ses premières paroles. Cette libération nous procure beaucoup de joie. Le premier regard et les premiers mots d’Ingrid Bétancourt, hier soir, confirment le courage de cette femme qui aura passé 2 322 jours de captivité dans des conditions épouvantables.
(photo à gauche : Philippe Schröder, Président du Club de la presse, a remis l’affiche à Me Dalila Dendouga, adjointe au Maire déléguée à la médiation de la ville, aux Droits de l’Homme, à l’égalité des droits, aux luttes contre les discriminations et aux contentieux)
Le Club de la presse avait pris la décision, sans doute tardivement, d’accrocher le portrait d’Ingrid Bétancourt sur la façade de son siège, à Lille. Jusque là, nous nous étions mobilisés pour réclamer la libération des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, capturés en août 2004 en Irak, de Florence Aubenas, de l’Américaine Jill Caroll, de l’Italienne Giulina Sgrena, des Roumains Marie Jeanne Ion, Sorin Miscoci et Eduard Ohanesian. Nous avons poursuivi pour le journaliste algérien Mohamed Benchicou, lorsqu’il a été emprisonné pour ses idées. Nous avions lancé ces actions de sensibilisation avec beaucoup de modestie. Mais nous l’avons fait aussi avec une conviction qui n’a fait que se renforcer.

A chacune de nos manifestations publiques, nous avons rencontré une large adhésion approuvant notre action. Lorsque Chesnot et Malbrunot, lorsque Florence Aubenas sont revenus en France et se sont exprimés sur les conditions de leur captivité, ils ont affirmé l’importance de la mobilisation. Florence Aubenas avait même confié avoir changé d’avis sur la question. Avant sa captivité, elle s’interdisait de participer aux rassemblements et autres manifestations réclamant la libération des otages, dans le monde. A son retour d’Irak, elle a avoué que ces manifestations de soutien, dont l’écho finit toujours par arriver jusqu’au otages, étaient d’un grand réconfort pour ces derniers et les aidait à tenir.
Dans cet esprit, et aussi parce que, dans le public que nous côtoyions au moment où nous nous battions pour les journalistes, certains n’ont pas manqué de nous interpeller, nous avons décidé de rejoindre, à notre niveau certes modeste, la mobilisation en faveur d’Ingrid Bétancourt.
Plus que jamais, nous en sommes convaincus, nous devons tous, en tant que citoyens, empêcher le silence de recouvrir la violence de ces prises d’otage. Ingrid Bétancourt, les trois otages américains et les 11 otages colombiens ont été libérés par l’armée colombienne et le président Uribé. C’est certain. Mais la mobilisation citoyenne n’a pas été vaine pour autant.
Reste que cette mobilisation autour d’Ingrid Bétancourt a été exceptionnelle. C’est tant mieux. Mais il ne faut pas oublier les autres. Il ne faut pas oublier, par exemple, qu’une autre otage franco colombienne n’a pu bénéficier d’un tel élan de solidarité. Sa famille n’a pu accéder aux médias de la même façon. En février 2006, le corps, ou plutôt les restes d’Aida Duvaltier étaient retrouvés à 450 kilomètres de Bogota. Cette femme avait été enlevée en 2001, chez elle dans sa ferme colombienne où elle vivait avec son mari, un dessinateur industriel français qui s’était installé en Colombie de puis 40 ans.

Les kidnappeurs, des membres de l’Armée populaire de libération (EPL), avait en fait l’intention de s’en prendre à cet homme de 73 ans. Ils voulaient en faire un « otage économique ». C’est-à-dire réclamer rançon sur rançon à sa famille. Mme Aïda Duvaltier, avait alors expliqué le mauvais état de santé de son mari et avait proposé d’être emmenée à sa place. Elle serait morte 11 mois plus tard. La décision qu’avait alors prise cette femme en dit long sur son courage. Elle avait autant de courage qu’Ingrid Bétancourt .
Des centaines d’autres otages, on parle d’un millier, restent aux mains des Farc ou autres groupes rebelles qui veulent en tirer profit, en exigeant des rançons et en faisant pression sur le gouvernement colombien. Ils ne méritent pas d’être abandonnés.
Le fait de se mobiliser, de dénoncer et de refuser ces prises d’otage, où que ce soit dans le monde, ne contribue pas à renforcer la « valeur marchande de ces otages ». Arrêtons avec cet argument qui conduit à ne rien faire, à nous taire, à ignorer. Il nous a été opposé dès notre première mobilisation pour Chesnot et Malbrunot. Notre métier est de dire et d’informer. Il ne doit pas nous empêcher de nous indigner. En décrochant ce portrait d’Ingrid Bétancourt, sachons garder notre part d’indignation.
Philippe Allienne
Libération d’Ingrid Bétancourt : Restons indignés contre les prises d’otage
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3 juillet 2008, par Manon
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C’est un sentiment de soulagement qui nous a tous inondé hier soir en apprenant la libération d’Ingrid Bétancourt !
Malheureusement d’autres y sont encore !!
Allez-vous l’inviter au club ?
Cordialement
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Libération d’Ingrid Bétancourt : Restons indignés contre les prises d’otage
5 juillet 2008, par administrateur
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Bonjour Manon,
Je ne sais pas si nous inviterons Ingrid Bétancourt au Club.Je pense qu’elle sera très occupée ces prochaines semaines et prochains mois ! Mais vous avez raison de rappeler qu’il y a encore de nombreux otages dans le monde.
Avant les prises d’otage en Irak, le Club de la presse s’est très tôt mobilisé pour la liberté de la presse et a beaucoup oeuvré, dès 1993, pour les journalistes algériens. Depuis, la solidarité pour les confrères étrangers demeure une de ses priorités.
Lorsque le club de la presse a commencé à se mobiliser pour les otages journalistes, en 2004 pour Christian Chesnot et Georges Malbrunot, il voulait surtout affirmer une conviction : refuser toute prise d’otage et ne jamais bloquer l’information. C’est-à-dire :
1 - Ne pas laisser qui que ce soit (rebelles, opposants ou pouvoirs) empêcher les journalistes de faire leur métier d’informer et d’aller et venir partout dans le monde. Ne pas laisser de zone d’ombre en matière d’information. Donc protester contre les prises d’otage de journalistes siginfie : laisser le choix aux journalistes d’aller ou non sur les zones "sensibles". Si l’information ne passe pas ou est laissée au bon vouloir de autorité militaires ou autres, alors, on abandonne des parties du monde et leurs habitants à leur sort.
2 - Dans cette logique, on ne peut accepter la logique sécuritaire de nos démocraties lorsque leurs représentants demandent aux rédactions de ne plus envoyer de reporters sur les zones sensibles (nous avions entendu cet argument, dans la bouche du chef d’Etat français, lors de la détention de Florence Aubenas en Irak). encore une fois, la décision incombe aux journalistes.
3 - Si nous défendons l’idée que les journalistes doivent pouvoir se déplacer, faire leur métier et donc, si nous ne pouvons accepter qu’on les prenne en otage parce qu’ils sont journalistes, alors nous devons aller plus loin en protestant contre les prises d’otage en général. C’est-à-dire, savoir en parler, informer le public et ne pas laisser tomber ces informations dans l’oubli. C’est la raison pour laquelle le Club, fin 2005, s’est clariement positionné pour le comité de soutien à Ingrid Bétancourt et a affiché sa photo en février 2006.
Il reste beaucoup, à faire et nous ne pouvons tout faire. Mais on peut être sûr d’une chose : le peu que nous fassions, en ce sens, est utile.
Philippe Allienne
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