
- (De gauche à Droite) Arnaud Courtecuisse, le chef du service Evaluation et relations internationales de l’Agence de l’eau, Alain Strébelle, directeur général de l’Agence de l’Eau et Danièle Defontaine, vice-présidente de LMCU.
Le tsunami asiatique de décembre 2004 a été à la base d’un gigantesque élan de solidarité planétaire. En France, il a aussi été à l’origine de la loi Oudin-Santini, adoptée quelques mois après. Elle donne aux agences de l’eau et aux collectivités locales le moyen de consacrer 1% de leurs ressources à des actions de coopération internationale. Le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement est responsable du décès de huit millions de personnes chaque année. C’est la première cause de mortalité dans le monde.
Dossiers proposés par des ONG
Cette loi a permis à l’Agence de l’Eau Artois-Picardie de développer ses actions en faveurs des pays en voix de développement ou émergeants, en leur apportant une aide technique et financière. Quinze projets ont ainsi pu voir le jour depuis 2005 en Europe de l’Est et sur les continents africain et asiatique (1). L’Agence leurs a consacré 100 000 euros en 2006 et 500 000 euros en 2007. Ces dossiers lui sont présentés par les ONG françaises et les collectivités locales du bassin Artois-Picardie. Ils sont ensuite étudiés par la CAIDD (Commission des Affaires Internationales et du Développement Durable), composée d’élus et de membres de l’Agence.
« Nous ne choisissons pas sur des coups de cœur, explique le directeur général de l’Agence de l’Eau, Alain Strébelle. Il ne suffit pas qu’on nous demande une pompe à eau pour qu’on l’achète et qu’on l’envoie. Les projets doivent obligatoirement s’inscrire dans une optique de développement durable. » Pour pérenniser son aide, l’Agence forme aussi le personnel local à la gestion de l’eau.
« L’eau gratuite ne peut pas être une eau bonne, poursuit Arnaud Courtecuisse, le chef du service Evaluation et relations internationales. Il faut payer les gens chargés de l’entretien, maintenir les installations en état. C’est à ce titre que le projet sera viable dans le temps. » L’Agence de l’Eau s’appuie sur des partenariats engagés de longue date avec des collectivités locales, pour mener à bien ces projets.
Un dossier exemplaire au Liban
Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU) a commencé à coopérer avec la Fédération des Municipalités du Chouf Es Souayjani, forte de 33 000 habitants, dans la région du Mont-Liban, en 1999, à la suite des élections municipales démocratiques dans le pays du Cèdre.
« J’ai rencontré le sénateur Oudin, qui m’a expliqué sa loi en 2005 lors du Forum international sur l’eau de Mexico, raconte Danièle Defontaine, vice-présidente de LMCU. A mon retour, nous avons pris contact avec l’Agence de l’Eau pour monter ce projet d’assainissement au Liban. »

- (De gauche à droite) Noha Ghosseini, présidente de la Fédération de Commune du Chouf et maire de Baaqline, l’interprète et Abdallah Saad, le maire de la commune de Bkassine
Cette région libanaise comprend la plus grande forêt de pins pignons du Proche-Orient. Cette dernière était menacée par les rejets d’eaux usées domestiques. De plus, le réseau de 21 galeries d’eau potable construites au début du XXe siècle, qui traverse cette forêt, était inutilisable à cause de son délabrement. Pour remédier à ces problèmes, la coopération avec LMCU et l’Agence de l’Eau Artois-Picardie a permis, avec une aide financière de l’Agence Française du Développement (AFD), de réaliser une station d’épuration et de restaurer les conduites centenaires.
Des ingénieurs libanais en formation dans le Nord
« Avant ces travaux, les habitants achetaient leur eau pour une vingtaine de dollars le réservoir de 1.000 litres, se souvient Abdallah Saad, le maire de la commune de Bkassine, ce qui représentait deux jours de salaire moyen. Maintenant, l’eau arrive en quantité suffisante. Chaque habitant participe au frais à hauteur de trente dollars par an. »
Des ingénieurs libanais sont aussi venus se former dans la métropole lilloise. Cette solidarité sur l’eau potable entre LMCU et la Fédération de communes du Chouf s’inscrivait donc dans une coopération plus large. « Nous avions sur notre commune une décharge sauvage comme il en existe beaucoup au Liban, explique Noha Ghosseini, présidente de la Fédération de Commune du Chouf et maire de Baaqline. Située sur un mont, elle polluait non seulement les nappes phréatiques mais aussi les régions en aval. LMCU nous a aidés à la résorber. »
Les déchets ont été triés d’après des normes européennes, puis la décharge a été reclassée et isolée avant d’être transformée en espace vert. Depuis, la cité de Baaqline dispose de la première usine de tri sélectif au Liban. « Même si nous n’avons pas les moyens pour résoudre nos problèmes immédiatement, poursuit Noha Ghosseini, nous avons appris à monter les dossiers pour être prêts en cas de financement. La coopération avec LMCU nous a apporté beaucoup, au-delà des budgets et des chiffres. Elle a permis un rapprochement entre les peuples. Nous nous sommes ouverts vers l’Europe et vers le futur. Nous avons désormais une vision écologiste et à long terme de nos problèmes. »
S. C.
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(1) Des projets ont déjà été réalisés en Bulgarie, en Lettonie, en Moldavie, en Pologne, en Roumanie, au Bénin, au Burkina Fasso, en République Centrafricaine, en Guinée, au Laos, au Liban, à Madagascar, au Mali, au Mozambique et au Sénégal.
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Une journée de colloque, le 30 novembre
Le colloque « La coopération internationale, eau et assainissement » aura lieu le vendredi 30 novembre 2007 dans les locaux de LMCU (1 rue du ballon à Lille). Il réunira les acteurs qui interviennent dans ce domaine. Ils sont plus de 200 associations, ONG et collectivités locales, mais aussi écoles et organisations socioprofessionnelles, dans le Nord-Pas de Calais, à intervenir dans une trentaine de pays à travers toute la planète.
Ce colloque est organisé par l’association Lianes, dont le but est d’informer sur la coopération et la solidarité internationale, aider au montage des projets et favoriser les échanges.
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