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jeudi 30 mai 2013

Marie-Monique Robin, reporterre

Du film Voleurs d’Yeux, qui lui a valu le prix Albert-Londres, au projet Sacrée Croissance, prévu pour 2014, en passant par la Légion d’honneur qu’elle doit recevoir à Notre-Dame des Landes le 8 juin, le 23 mai dernier, Marie-Monique Robin est venue échanger au Club autour de son parcours, de sa conception du journalisme et de ses convictions.

Depuis le retentissement du film Le Monde selon Monsanto, diffusé en 2008, en plein débat sur les OGM, Marie-Monique Robin est devenue une figure du militantisme écologique. C’est en s’intéressant au brevetage des semences pour Les Pirates du vivant (2005) qu’elle a commencé à dérouler ce qui est devenu le fil conducteur des ses derniers films. « A force de croiser le nom de Monsanto le sujet s’est imposé de lui-même », a-t-elle expliqué au Club de la presse jeudi 23 mai. Notre poison quotidien (2010), puis Les Moissons du Futur, diffusé sur Arte en novembre 2012 et projeté au Majestic à l’initiative d’Attac le soir de la conférence du Club, ont emboîté le pas.

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Marie-Monique Robin a présenté ses projets de documentaires au Club de la presse. A ses côtés, Coline Léger, administratrice de l’association, qui animait le débat.

Difficile de ne pas faire le lien avec ses origines. Née dans les Deux-Sèvres en 1960, fille d’agriculteurs, « militants catholiques de gauche », convaincus que les pesticides, les fertilisants et la mécanisation apportaient le progrès, elle se souvient avoir vu son père « revenir fièrement couvert de produit bleu » après l’épandage de produits chimiques. « A l’époque, on ignorait tout de la nocivité de ces produits. »

Financement participatif

Son prochain sujet d’études, baptisé provisoirement Sacrée croissance, prolonge la réflexion entamée par ses films précédents. « Dans un monde aux ressources limitées, tout indique que la croissance n’est pas la solution mais le problème. Ce projet s’intéresse aux alternatives telles que l’agriculture urbaine, le recours à des monnaies locales... ». Prévu pour octobre 2014, le film sera accompagné comme tous ses derniers projets d’un livre, mais aussi, nouveauté, d’une expo-photo itinérante. Pour cette enquête, comme pour la précédente, sa société de production M2R Films fait appel au financement participatif. « Les internautes préachètent un ou plusieurs DVD et peuvent suivre l’avancée du projet sur le site. Cet apport contribue à 10 % environ du financement, permettant d’éviter le recours à l’emprunt », nous a-t-elle expliqué.

Un prix Albert Londres et une polémique

Circonscrire le travail de Marie-Monique Robin au militantisme écologique serait réducteur. Formée au Cuej (Strasbourg), la journaliste qui a sillonné l’Amérique du Sud, rejoint Capa TV de 1989 à 1999 avant de devenir indépendante, a plus de 200 reportages télé et une quarantaine de documentaires à son actif. Nombre d’entre eux ont été primés. Voleurs d’Yeux (1993), sur le trafic d’organes en Amérique latine, lui a ainsi valu le prix Albert-Londres en 1995. Une récompense néanmoins entachée par une controverse. « Je savais que le témoignage de l’une des victimes, un enfant retrouvé sans yeux, était fragile faute de plainte déposée en justice par sa mère. Une campagne de dénigrement a été menée contre moi par un membre de l’USIA (United States Information Agency) », nous a-t-elle expliqué. Suite à la polémique, le prix Albert Londres avait été suspendu avant de lui être finalement confirmé, le jury reconnaissant la bonne foi de la journaliste qui a gagné tous ses procès en diffamation et qui reste convaincue qu’on a bien volé les cornées du petit Colombien. Récemment, Stéphane Joseph, le directeur de la communication du prix Albert Londres, a en outre reconnu les pressions exercées par de « pseudo journalistes sud-américains » et de la CIA. « Ce qui est terrible c’est qu’un seul témoignage ait pu jeter le discrédit sur l’ensemble du trafic d’organes dénoncé dans le film !  », se désole-t-elle aujourd’hui.

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Capture d’écran du site de Marie Monique Robin, http://www.m2rfilms.com

Primé par le Sénat, le film Escadron de la mort, l’école française (2003), démontre quant à lui comment les services secrets français ont initié les forces de sécurité argentines à l’usage de la torture après la guerre d’Algérie. « Ce film a permis l’arrestation d’anciens généraux de la dictature argentine. » On peut regretter qu’en France, la demande d’enquête parlementaire qu’il avait suscitée ait été rejetée.

Légion d’honneur

Témoigner pour faire bouger les lignes. C’est ainsi que Marie-Monique Robin conçoit son métier de journaliste. Et de citer Albert Londres : « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » « En tant que journalistes, nous avons une fonction sociale. Dans un monde où la désinformation constitue un business à part entière, il est plus que jamais nécessaire de faire la différence entre la communication d’un groupe privé et une information indépendante  », a-t-elle souligné.

Avec une telle posture, comment a-t-elle accueilli sa nomination à la Légion d’honneur ? «  D’abord avec embarras. » Renseignement pris, elle comprend qu’elle peut se faire remettre l’insigne dans un lieu de son choix par une personne qui l’a elle-même reçue. D’où l’idée de demander à la philosophe Dominique Méda, qui a travaillé sur les nouvelles formes de croissance, de lui remettre la distinction à Notre-Dame des Landes, « symbole d’un modèle de développement qui appartient à une autre époque ». A cette occasion, le 8 juin prochain, elle fera à nouveau rimer militantisme et journalisme d’investigation.

Pour en savoir plus :
www.m2rfilms.com
www.arte.tv/sites/fr/robin/


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