jeudi 9 juin 2011
Mort d’un journaliste
Il est toujours difficile d’écrire quelques lignes sur un confrère que l’on ne reverra plus. Rude tâche que de faire la voix du mort pour celui que l’on n’entendait plus. Pourtant. Joseph Raguin était bien las. Clopin, clopant. Mais là. Avec ses cheveux flottants, sa chemise blanche, son imper ouvert comme les ailes du désir.
« Joseph Raguin, c’était une plume, la plus pénétrante, assurément. Elle fouillait l’esprit humain, en extirpait les ombres immenses et les rais de lumière, les souffrances et les nuances ». Ainsi commence la courte nécrologie publiée dimanche, en bas de la page Région de La Voix du Nord.
« Une plume ». Voilà qui est écrit. Il n’en est pas de si nombreuses en cette époque formatée. En février 2000, les lecteurs du Monde découvraient deux pages étonnantes : un portrait de Julien Gracq intitulé « Julien Grach, un homme à distance ». L’auteur du « Rivage des Syrtes » refusait jusque là toute interview. En 1999, Joseph Raguin l’a rencontré à plusieurs reprises dans sa villa de Saint-Florent-Le-Vieil, dans le Maine-et-Loire.
L’écrivain avait posé trois conditions que notre confrère avait acceptées : pas de prise de note, pas d’enregistrement, pas de questions ! Mais lorsque Joseph Raguin a proposé son article à La Voix du Nord, où il travaillait depuis 1981, le quotidien a refusé. Un tel papier n’entrait pas dans le format, dans la ligne éditoriale. Notre confrère s’est alors tourné vers le Monde qui ne se fit pas prier. A Lille, on n’a guère apprécié : une semaine de mise à pied.
La Voix était pourtant citée par le quotidien du soir. Mieux, le portrait de Grach a été republié en décembre 2007, à l’occasion de sa mort. Il est aujourd’hui référencé dans les ouvrages et magazines littéraires. Devenu nordiste, l’Angevin Raguin avait réussi là où les plumes parisiennes avaient échoué. Il visait certes bien loin du formatage que défend André Soleau dans son livre autobiographique « La Voix du Nord, la grande braderie ».
Mais deux ans plus tôt, en 2005, la Voix du Nord se sépare de son collaborateur. Joseph était de venu « ingérable », selon la formule consacrée. Il n’avait rien d’un saint. Personne ne dira le contraire. Admirateur de Rimbaud, de Pessoa, de Bataille, de Cioran, de Sollers, ce passionné de littérature était torturé. Il était aussi un provocateur. Et un révolté. Ingérable donc…
Encore étudiant en littérature, en février 1981, il a été remarqué par Bernard Pivot qui l’a invité dans son émission « Apostrophe ». « Je fus l’un des rares invités sans livre de votre défunte émission « Apostrophes ». écrira-t-il plus tard. « Mon seul écrit d’alors : une lettre. La sortant de votre poche, vous l’aviez lue à l’antenne. J’y réclamais une réforme de l’enseignement des lettres modernes à l’Université, sur fond d’appel à la révolte. Ma présence sur votre plateau n’avait qu’un but : témoigner de mon enthousiasme pour un livre qui m’avait sonné, Paradis, de Philippe Sollers, un direct social en plein silence littéraire. » (Le Monde).
C’est cette même année, 1981, qu’il est arrivé dans le Nord. Originaire d’Angers, il avait débuté sa carrière de journaliste au « Courrier de l’Ouest » avant d’être embauché à La Voix du Nord, à la locale de Maubeuge. Dix ans plus tard, il est arrivé à Lille, au service des archives où il a rédigé de nombreuses nécrologies. Il a ensuite travaillé au desk Enquêtes, en région.
Vendredi 3 juin, il a tiré sa révérence. Discrètement, pour une fois. La fois de trop. Salut p’tit frère. Tu nous fiches les boules. Te voilà parti pour un très long entretien, sans prise de notes, sans prise de tête. Dors en paix. Nous aurions dû mieux t’écouter.
Philippe Allienne
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Pour Joseph
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13 juin 2011, par Pierre LE MASSON
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Très bien ton papier sur Joseph, Philippe. C’est beau, c’est touchant et c’était nécessaire car ceux qui l’ont soutenu n’ont pas été nombreux, surtout vers la fin, quand son contact devenait de plus en plus rugueux. Tellement il était ingérable, comme tu le précises.
Il est certain que Joseph provoquait la difficulté. Trop ont accepté trop facilement de considérer qu’il était vain de l’épauler. Il est peut-être aujourd’hui un peu trop facile, aussi, de lui tresser des louanges. C’est avant qu’il avait besoin d’étais. Certes, il fallait accepter sa causticité qui était d’ailleurs souvent une sorte d’analyse de soi-même, au delà de celles qu’il faisait âprement du monde qui nous englue.
Il fallait donc accepter de se regarder pour regarder Joseph dans les yeux, pour écouter et entendre ce qu’il avait à (nous) dire, son doigt tendu vers nous, un petit sourire plein d’ironie sur ses lèvres, prêt à subir l’ire éventuellement déclenchée. Ne pas faire ces efforts était une (petite ?) fuite.
Et puis, Philppe, il eût été juste que tu précisasses que Joseph fut un militant de toujours du Syndicat National des Journalistes. Cela faisait partie de lui.
Et lui de nous.
Pierre LE MASSON
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Souvenir pour Joseph
14 juin 2011
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C’est bien, Pierre, que tu aies mentionné son engagement au SNJ. C’est vrai, du temps où j’étais à "La Voix", je me suis parfois engueulée avec lui, parce que nos visions de la poésie, de la littérature, du monde, tout en se rapprochant, étaient différentes. Je criais ma révolte maladroitement quand lui se moquait, observant avec ses yeux perçants, insistants, un monde médiocre. Ces dernières années, j’ai su combien il était devenu "ingérable". Je ne pensais pas que ça faisait si longtemps qu’il avait été viré. Inéluctable, cette fin ? Non. Triste, comme un gâchis, dont il ne fut pas le seul responsable.
Marie Léon
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A toi Joseph
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11 juin 2011, par Leroy
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Pas de bol Joseph... petite et étriquée, l’époque ne te ressemblait pas.
H.L.
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une petite suite de la newsletter du vendredi .. la mort d’un journaliste
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10 juin 2011, par sergio
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que la liberté de la presse puisse toujours être sauvegardée
j’ose espérer que le Club va continuer à défendre des valeurs tellement essentielles de démocratie, d’expresion et de valeurs à partager ...
meilleurs souvenirs à vos potes
amitiés
SergeW
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