Dans son mot d’accueil, Philippe Schröder s’est dit « heureux d’accueillir un grand journaliste, un homme pressé qui peut à la fois parler de son livre mais aussi de cinéma, de journalisme, de l’actualité aux USA ». Poursuivant « Si quelqu’un a dit que le journalisme mène à tout à condition d’en sortir, je dirais que vous démontrez que le journalisme peut mener à tout sans jamais en sortir... Si vous n’aviez dû ne pratiquer qu’un métier, qu’auriez-vous choisi ? »
Philippe Labro : « Pour moi, toutes ces activités sont une seule et même activité : l’écriture. Un film, un livre, un « papier » de journaliste, même à la radio, cela s’écrit. Mon métier c’est d’écrire. »
Philippe Schröder : « Pourquoi ce titre « Les Gens » ? »
Philippe Labro : « parce dans ce livre, j’avais l’ambition de réaliser une fresque. Ce titre est suffisamment vaste pour y parvenir. De plus il est très couramment utilisé dans nos métiers. Nous sommes sans cesse en train de demander « qu’en pensent les gens ? Comment les gens vont-ils réagir à tel propos, à telle réforme, à telle décision ? Dans ce livre j’ambitionnais de peindre des portraits, des réalités, des vies. »

Un monde cruel
Philippe Schröder : « Vous avez écrit en tête du livre l’aphorisme chinois : Tout vient du manque d’amour. Est-ce que ce livre traite de ce manque d’amour voire de la dépression ? »
Philippe Labro : « On dit que chaque chose amène son contraire. Ainsi l’homme amène la femme. L’ordre amène le désordre. Nous vivons perpétuellement dans une confusion, un chaos, un désordre alimentés par le manque d’amour et de compréhension entre les êtres. Toute formule, y compris cet aphorisme chinois, a ses limites. On pourrait tout autant écrire tout commence par la peur, par le désir, etc. Nous vivons dans un monde cruel où la recherche du tout profit domine. Dans ce livre, mes trois personnages ont des blessures : ils se cherchent et vivent un manque d’amour. Il y a une référence à Edith Piaf qui a chanté que sans amour, on n’était rien. Sans que cela ne relève de l’état dépressif. Même si mon personnage Caroline évoque une tentative. Ce qui court dans ce livre, c’est plutôt l’energie... »
Philippe Schröder : « Où avez-vous trouvé les origines de ce 16ème livre ? »
Philippe Labro : « Je l’avais depuis très longtemps en moi. Je voulais sortir de ma vie : sur les quinze premiers, hormis deux livres de témoignages, les autres ont une grande part d’autobiographie. Or je voulais m’inscrire tel un véritable romancier, c’est-à-dire quelqu’un qui invente une histoire. J’ai toujours eu le goût de conter, de raconter une histoire comme lors de mon enfance : c’est moi qui racontais à mes frères ... »
Philippe Schröder : « Dans votre livre, il ya parmi vos presonnages principaux ce journaliste de télévision avec un cet ego hypertrophié. Où avez-vous pris vos références pour créer ce personnage ? »
Philippe Labro : « Il n’y a pas de modèle. Dans de nombreuses interviews, mes interlocuteurs recherchent une clef de lecture qui n’existe pas. En tant que journaliste, je suis une éponge. J’absorbe des informations, des images, des sons, des impressions. Ensuite une partie du mixage interne s’exprime. Ce personnage est issu d’une concoction d’observations glanées tant en France qu’aux Etats-Unis.On y observe qu’un certain nombre de talents ont engendré des monstres ou à tout le moins des anomalies comportementales.La notoriété extraordinaire en a amené certains à présenter une arrogance totalitaire.Le roman c’est transformer la réalité avec l’introduction d’une part d’imaginaire qui brouille les cartes ».
« Ce goût du roman est la conséquence d’une enfance : je suis pas issu de cette génération élevée à raison de 3 heures de télévision quotidiennes mais d’une génération où l’on lisait et relisait. »
Pierre Lazareff, le pape de la presse
Philippe Schröder : « Pourquoi avoir choisi Al Capone comme sujet de votre premier livre ? »
Philippe Labro : « A dire vrai, ce n’était pas vraiment un choix : à l’époque France Soir publiait sous formes de bandes dessinées (des bandes en colonnes verticales), deux séries. L’une portait sur les amours célèbres, l’autre déclinait l’adage « le crime ne paie pas ». Pierre Lazareff, patron de France Soir, était persuadé que le succès de ces BD pouvait se prolonger sous forme de romans. Il a donc commandé à de jeunes journalistes des ouvrages sur ces sujets. J’ai ainsi hérité de la commande d’une histoire romancée d’Al Capone, probablement parce que revenant des Etats Unis j’étais plus à même d’introduire dans le récit un peu d’état d’esprit de l’Amérique. Pour moi, j’y trouvai l’opportunité de travailler pour ce grand maître du journalisme qu’était Lazareff, le pape de la presse ».
Philippe Schröder : « Relisez-vous vos titres précédents ? Qu’en pensez-vous ? »
Philippe Labro : « Beaucoup de mal ! Mais je ne les relis que très peu sauf ce dernier car malgré la super équipe de correcteurs de Gallimard, le perfectionniste, que je suis, continue de traquer les coquilles en vue d’une réédition qui s’annonce ».
Philippe Scröder : « Il est vrai que Les Gens caracole en tête des ventes en Librairie. Selon vous, qu’est-ce que vos lecteurs recherchent dans vos écrits ? »
Philippe Labro : « Je ne sais pas ce que mes lecteurs cherchent... Ecrire, c’est d’abord pour soi. En écrivant, je cherche à me distraire, à me faire plaisir bien plus qu’à séduire. C’est d’abord pour soi qu’on écrit ou pour un cercle restreint d’intimes. Un écrivain est une éponge qui restitue un peu ensuite. Je ne fais jamais de plan d’ensemble. Un livre c’est chez moi un projet et je my laisse aller à travers ce dont j’ai pu me nourrir au fil du temps voire du moment (interviews, reportages, lectures, etc.). »
Philippe Schröder : « Cela fait plusieurs années que vous n’avez plus réalisé de films. Avez vous des projets dans le cinéma ? »
Philippe Labro : « Non, car cela prend trop de temps. C’est la seule de mes activités qui ne permettent pas de papillonner comme j’aime à le faire... »
Ph.S. : « Pourtant, votre écriture a un aspect très visuel ! »
Ph. L : « Je souhaite que mes lecteurs voient ce que je leur raconte, ce que je mets en scène...Un peu comme pour l’écriture radio... »
Le journalisme, un métier noble qui s’apprend
Ph.S. : « Votre roman est le premier à citer le nom d’Obama. Est-ce une volonté délibérée ? Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la situation actuelle des USA ? »
Ph. L. : « Ce n’était pas une intention délibérée. Ce livre j’ai mis deux années à l’écrire et à un moment j’ai dû évoquer sa campagne. Une campagne que j’ai bien sûr suivie attentivement. D’abord au niveau des primaires. Où Hilary Clinton a moins été battue qu’elle ne se soit vaincue elle-même. Ensuite, les Américians désiraient profondément une alternance. Quel que soit le ou la démocrate en lice, le vainqueur eut été un Démocrate. Reste que la couleur de peau (Obama est un Métis et non un Noir) qui semblait pouvoir poser problème. Mais aujourd’hui, c’est fini : Obama n’est plus un Noir, il est Le Président. Vous savez un écrivain oublie ce qu’il a pu écrire parfois... Les Etats Unis ne vont pas bien. Leur situation est sans doute pire que chez nous. La traversée du désert y sera d’autant plus longue et douloureuse qu’il n’y existe pas la protection sociale dont nous pouvons bénéficier. »
Question de la salle : « Ne pensez-vous pas que l’Europe a raté le coche ? Qu’elle avait la possibilité de reprendre le leadership ? »
Ph. L. : « L’Europe, c’est l’histoire de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. Et, je pense que d’autres occasions se présenteront si les états membres le souhaitent... »
Ph. S. : « Nous sommes dans une association de journalistes, vous êtes journaliste. Comment analysez-vous le paysage médiatique ? »
Ph. L. : « Si j’avais 20 ans aujourd’hui, je pense que je choisirai d’être journaliste. Le journaliste est celui qui reçoit et diffuse l’air du temps. C’est un métier extraordinaire. Un métier noble. Certes, l’arrivée, l’intrusion du Net a bouleversé nos pratiques professionnelles mais je ne crois absolument pas à l’avénement du citoyen-journaliste. Journaliste, c’est un métier ! Cela s’apprend ! »