<p>La loi sur l’eau de 1964 a créé six bassins hydrographiques dans lesquels six agences de l’eau, établissements publics de l’Etat sous tutelle du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable et sous celle du Ministère chargé des finances agissent pour concilier gestion de l’eau et développement économique dans le respect de l’environnement.</p>

 
 
 

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mardi 23 janvier 2007

Presse « alternative » : entre engagement et bouts de ficelle

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Pourquoi décide-t-on de lancer un journal différent ? Faut-il parler de « presse alternative » ? Si oui, à quoi ? Comment s’organise-t-on sans moyens financiers ? C’est pour répondre à ces questions et d’autres que le Club de la presse avait organisé un atelier réflexion le 6 décembre dernier. Cinq titres, du Nord-Pas de Calais, d’Amiens et de Belgique, étaient représentés : « La Wassingue », « Les Lumières de Lille », « Mon Œil », « Fakir » et « Alter Echos ».

Photos : Gérard Rouy

« Un jeune décède sur un chantier d’insertion, écrasé sous le mur qu’il abattait. Comment traitez-vous l’information ? » Ce pourrait être un sujet pour école de journalisme. L’histoire est réellement arrivée, à Amiens en l’occurrence. Le quotidien local, Le Courrier Picard, a décidé de relayer la parole officielle de la municipalité, pour qui le tragique accident était un malheureux concours de circonstances. Fakir, autre journal local mais à la notoriété et aux moyens démesurément moins importants, a choisi d’enquêter. A l’époque, c’est François Ruffin (1) qui s’en est chargé. En interrogeant des témoins, il découvre alors « une ambiance chaotique », explique l’actuel unique salarié de l’équipe, Pierre Odilon, qui a le titre d’« animateur de publication ». Un « contremaître raciste, alcoolique », des « manquements énormes aux conditions de sécurité », des consignes aberrantes de casser un mur en commençant par le bas… Jusqu’au drame.

« Produire une autre info »

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Fakir « prend le contre-pied quasi systématique des médias dominants », Pierre Odilon.

« Le Courrier Picard est là, en l’occurrence, pour relayer la communication institutionnelle », regrette Pierre Odilon ; « On se doit [à Fakir] de produire une autre info. » C’est notamment pour dénoncer ce genre de chose que le bimestriel amiénois existe et survit avec des bouts de ficelle. Ou encore pour s’insurger que le jour où une usine met à la porte des dizaines d’ouvriers, Le Journal des Amiénois, hebdomadaire gratuit édité par la municipalité à 80 000 exemplaires, décide de titrer sur un « Carnaval fou et gratuit ». Fakir se définit lui-même comme un « journal d’enquête sociale […] lié à aucun parti, aucun syndicat, aucune institution » mais, en revanche, « fâché avec tout le monde ou presque » (2). Une allusion, notamment, aux procès intentés par la municipalité d’Amiens et Le Courrier Picard. Fakir « prend le contre-pied quasi systématique des médias dominants », commente l’animateur de rédaction. Dans sa dernière édition (décembre 2006), il sort une grande enquête sur les dégâts (deux rues se sont effondrées…) causés par l’entreprise Tissage de Picardie, dans le sous-sol de Villers-Bretonneux. Et tout cela « sans que les services de l’Etat ne s’en émeuvent, dénonce Fakir. Une clémence qui n’est pas liée, bien sûr, au fait que ce petit patron [Guillaume Sarkozy, candidat malheureux à la présidence du Medef face à Laurence Parisot, NDLR], soit le frère de Nicolas Sarkozy... »

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« C’est dans les repas de journalistes que vous entendez les meilleures infos, mais vous ne les lisez pas dans la presse », Frédéric Lépinay.

Patricia Hanssens participe, elle, à la rédaction de La Wassingue, « magazine citoyen à parution aléatoire » (3). Un « journal plus humoristique que satirique », explique-t-elle. L’initiative est née d’une formation qu’elle a animée (4), pour la réalisation d’un journal associatif. Au moment de se séparer, certains membres de l’équipe ont voulu continuer l’aventure. La Wassingue, qui a déjà édité deux numéros, défend « des valeurs d’éducation populaire qui nous apparaissent importantes », confie Patricia Hanssens. L’équipe est composée de journalistes et de militants associatifs, qui essaient de travailler « en binômes ». « Cela n’a pas toujours fonctionné », reconnaît-elle, en raison parfois d’un certain « narcissisme », qui fait qu’« on a envie de faire son article seul ». La Wassingue a notamment abordé la question du RMI, par le biais de portraits de personnes ayant plus ou moins « choisi » cette situation (ou du moins s’en accommodant) et d’autres qui la vivent très mal. « Ce qui m’intéressait, confie Patricia Hanssens, c’était de démontrer que [la réaction face à cette situation] dépendait beaucoup de son éducation… » Parmi les thèmes en préparation, il y a celui de la « sécurité », vu sous différents angles : l’interview d’une intervenante en prison, un témoignage interne à l’équipe de rédaction sur une nuit en garde à vue, celui d’un juré d’assises…

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Daniel Leau (« Mon Oeil »), Pierre Odilon (« Fakir ») et Patricia Hanssens (« La Wassingue »).

« C’est surtout du militantisme pour la liberté d’expression et le droit à l’information »

A La Wassingue, tout repose sur le bénévolat, comme à Mon Œil, le mensuel satirique de la région de Calais et Boulogne-sur-Mer, créé par Daniel Leau, un ancien de La Voix du Nord. Il a quitté la rédaction du quotidien régional en 2000, à la faveur de la première des quatre clauses de cession qu’a connues le titre. « Je ne pouvais plus faire mon métier de journaliste », assure celui qui s’est bâti une solide réputation de fouineur. Les sommaires de Mon Œil en témoignent. Daniel Leau n’hésite pas à consacrer des pages et des pages à ses enquêtes. Bénévole, il est épaulé par une petite équipe. Certains signent sous leur nom, d’autres, en poste dans des rédactions, préfèrent utiliser un pseudo. « C’est surtout du militantisme pour la liberté d’expression et le droit à l’information », résume-t-il. En quatre ans, 44 numéros ont été sortis. Pour le moment, l’équipe fait une petite pause avant de rependre ses parutions au printemps. Le journaliste préfère parler de « presse insolente » plutôt qu’« alternative ». Exemple de sujet traité par Mon Œil : l’histoire d’un agriculteur en retraite qui a vendu des terres classées non constructibles, à Neufchâtel-Hardelot. L’acheteuse, responsable des voiries sur le littoral au Conseil général du Pas-de-Calais, a ensuite demandé à la mairie un certificat d’urbanisme, qui lui a été accordé, avant de revendre à son tour. L’agriculteur, qui estime qu’il a été victime d’un manque à gagner, a porté l’affaire devant le tribunal administratif et demande un dédommagement. Pour écrire son article, Daniel Leau a rencontré l’acheteuse et l’adjoint au maire de Neufchâtel-Hardelot. Il explique que La Voix du Nord n’a traité le sujet que « trois mois après ».

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Daniel Leau préfère parler de « presse insolente » plutôt qu’« alternative ».

Mon Œil a également épinglé un projet de décharge dans la commune de Ferques, conduit par Onyx, filiale de Veolia. « Depuis quelque temps, Veolia inonde la PQR [presse quotidienne régionale] de pages entières de publicité », note Daniel Leau. Il évoque également un voyage de presse (auquel il n’a pas participé) organisé par le groupe dans une de ses décharges de Perpignan, présentée comme un modèle. Personne n’est descendu du bus, assure-t-il grâce à des témoignages. Comme il est « curieux », il est « allé voir sur place » et il a découvert une toute autre réalité. Il a ainsi pu se rendre compte qu’un premier projet avait été repoussé par la population et que le deuxième a suscité la naissance de deux associations farouchement hostiles. Dans son journal, il « a montré ce qui se passait vraiment », conclut-il.

« Voir ce qui se passe derrière la porte, sous les tapis… »

Pour créer Mon Œil, Daniel Leau avait pris exemple sur ce qu’avait fait avant lui un de ses anciens collègues de La Voix du Nord. Frédéric Lépinay, qui écrivait notamment pour la chronique judiciaire du quotidien, a, lui aussi, quitté le titre en 2000. Avec un petit groupe de journalistes et d’avocats, il avait créé une feuille confidentielle satirique, Les Lumières de Lille(5). « L’information traitée par les grands médias lillois ne convient pas à beaucoup de monde », note-t-il. « C’est dans les repas de journalistes que vous entendez les meilleures infos, mais vous ne les lisez pas dans la presse », regrette-t-il. Alors, son journal allait « voir ce qui se passe derrière la porte, sous les tapis… » Les Lumières de Lille ont ainsi écrit que « le permis de construire de la mosquée de Lille-Sud n’était pas valable ». « Aujourd’hui, c’est prescrit », ajoute Frédéric Lépinay.

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Frédéric Lépinay (« Les Lumières de Lille ») et Xavier Bodson (« Alter Echos »).

Face à ces structures très légères, l’agence bruxelloise Alter ferait presque figure de grand groupe de presse (6). Xavier Bodson, directeur des rédactions d’Alter, « sociologue […] arrivé par hasard au journalisme », y a d’abord été bénévole avant d’intégrer l’équipe des salariés. L’agence édite notamment la revue Alter Echos (« le bimensuel de l’actualité sociale à Bruxelles et en Wallonie »), vendue exclusivement par abonnement et lue par des professionnels de l’insertion. « On ne se définit pas comme une presse alternative » dans le sens habituel du mot, explique Xavier Bodson. « On essaie de créer un lieu de débats pour avoir une vision sans a priori », où les tenants du « néolibéralisme le plus pur » sont interviewés au même titre que les syndicalistes. Quand tous les journaux ont fait leurs gros titres sur les milliers de suppressions d’emplois annoncées à l’usine Volkswagen de Forest, l’équipe d’Alter s’est demandé : « Comment peut-on traiter ça ? Que peut-on dire de plus ? » Le choix a été fait d’un « point de vue décalé », avec des questions du genre : « Que va-t-on faire de tout cet espace ? » « On parle depuis un an de cette fermeture », fait remarquer Xavier Bodson, « cela a-t-il été anticipé ? On sait que non. » Les journalistes ont également abordé les conséquences sur le budget de la commune.

« C’est un peu le bordel chez nous »

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« Je voudrais défendre le droit à l’expérimentation [...], il ne faut pas lâcher ça », Patricia Hanssens.

Côté organisation, le peu de moyens a forcément des conséquences. Mais même en dehors de cela, les choix rédactionnels suivent des voies très différentes de la presse « traditionnelle ». « C’est un peu le bordel chez nous », sourit Patricia Hanssens. L’équipe se réunit environ une fois par mois et « ça rebondit, on discute. […] Il n’y a pas de rédacteur en chef chez nous. » A Mon Œil, « chacun est libre d’écrire ce qu’il veut », assure Daniel Leau. « C’est vachement bien, s’enthousiasme-t-il. Je vérifie juste s’il y a des phrases qui pourraient nous emmener au tribunal. » Au nom de cette liberté, il arrive que « le dessinateur refuse d’illustrer » un sujet qui lui déplaît. Autre exemple : au moment du référendum sur la constitution européenne, Daniel Leau avait écrit une analyse résolument contre le traité. Dans le numéro suivant, un membre de l’équipe prenait à son tour la plume pour dire à quel point il avait trouvé peu pertinents les arguments utilisés… Quant à la distribution des journaux, les intervenants à ce débat ont évoqué la vente militante (notamment dans des manifestations), la mise en place par des bénévoles dans les kiosques (pour Mon Œil et Fakir), les abonnements souscrits par soutien, les numéros en dépôt dans des cafés, universités et autres lieux amis, les affiches collées sur les arbres… Bref, là encore, le royaume de la débrouille.

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« [A Alter Echos], nous ne sommes pas saignants », reconnaît Xavier Bodson, « en revanche, on fait parler des gens qui dénoncent. »

Décidément à part dans ce panel, Alter Echos est le seul parmi ces titres à bénéficier de subventions (représentant de 40% à 60% de son budget) et de publicités. Ce mode de fonctionnement a-t-il une influence sur le ton du journal ? « Nous ne sommes pas saignants, reconnaît Xavier Bodson. En revanche, on fait parler des gens qui dénoncent. » « La question est toujours de savoir jusqu’où aller trop loin. J’ai des journalistes [dans mon équipe] qui ont cette attente [d’être plus mordants, NDLR]. C’est une vraie question qui se pose, mais on ne veut pas casser l’outil. On se rend compte qu’on est une réserve d’Indiens. »

« Réappropriation populaire » des médias

La question a également été posée de l’intérêt même de l’existence de titres qui tirent à quelques centaines ou, au mieux, quelques milliers d’exemplaires. « La presse alternative n’est pas une alternative, soutient d’ailleurs Pierre Odilon. La vraie alternative serait que la presse dominante change ». Il parle de « réappropriation populaire », de « renationalisation de TF1 » ou encore de « dégager les médias de la logique économique ». « Tous les journalistes qui travaillent dans la presse traditionnelle, que je préfère appeler dominante, ont leurs contraintes internes de boulot », ajoute-t-il, dues à « une logique économique capitaliste [où] on vend de l’information. » « [Nous avons l’avantage] de ne pas subir ces pressions que l’on subit ailleurs », acquiesce Patricia Hanssens. Dans le public, Jean-François Garsmeur (7) s’est aussi fait l’avocat du diable et le porte-parole de ceux qui remettent en cause une presse alternative pas toujours flatteuse à l’œil ni parfaite dans sa qualité d’écriture. « La qualité rédactionnelle doit aller de soi », répond Pierre Odilon. « Je voudrais défendre le droit à l’expérimentation », insiste de son côté Patricia Hanssens, « il ne faut pas lâcher ça ». Quant à Daniel Leau, il juge ces critiques un peu dures. « Je n’entends rien sur [le contenu de] la presse d’entreprise ou institutionnelle… », fait-il remarquer.

Ludovic FINEZ

(1) C’est François Ruffin qui a créé Fakir à Amiens, avant même d’entamer des études de journalisme. De ses deux années passées au Centre de Formation des Journalistes (CFJ, à Paris), il a tiré un ouvrage qui a fait beaucoup de bruit. Les petits soldats un journalisme (2003, éditions Les Arènes) dénonçait notamment le formatage des étudiants en journalisme. Aujourd’hui, François Ruffin collabore régulièrement au Monde Diplomatique et à l’émission « Là-bas s’y j’y suis », sur France Inter. Il a publié l’année dernière Quartier Nord (éditions Fayard).

(2) Site internet : www.fakirpresse.info

(3) Site de La Wassingue : http://margranger.free.fr/wassingue/

(4) Entre autres, Patricia Hanssens anime également une émission sur Radio Campus, le lundi, de 18h30 à 19h, baptisée « Le Matou revient ». Site de Radio Campus : www.campuslille.com

(5) Aujourd’hui, cette feuille satirique a disparu. Frédéric Lépinay a cependant repris le nom pour la maison d’édition qu’il a créée à l’occasion de la sortie de La Voix du Nord, histoire secrète, en août 2005. Depuis, Les Lumières de Lille ont également réédité Le Mensonge reculera… (1946), de Nathalis Dumez, cofondateur de La Voix du Nord clandestine, en 1941. Site internet : www.leslumieresdelille.com

(6) Site internet : www.alter.be

(7) Jean-François Garsmeur vient de sortir le numéro zéro de « la revue Les Nouveaux territoires, qui suit l’actualité culturelle de Lille et de sa région ». Pour la recevoir, envoyer un courriel à : revuenouveauxterritoires orange.fr


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