Les 48 h de la pige sont un rendez-vous inédit. Qu’en attends-tu ?
Thierry Butzbach : « Profession : Pigiste » existe depuis 2000 et essaie de favoriser les contacts entre les journalistes rémunérés à la pige. Nous organisons régulièrement des rendez-vous dans les grandes ville. Connues sous le nom « Apéros pigistes », ces rencontres conviviales permettent de partager nos connaissances et nos informations sur notre métier. Cela nous permet aussi d’échanger des plans professionnels. Nous nous sommes aussi attachés, depuis deux ans, à reconstruire notre site internet. Tout cela s’inscrit dans une même logique : faire reconnaître, appliquer et défendre les droits des pigistes, lutter contre la précarisation, favoriser les actions de solidarité entre nous, etc. Avec les "48 heures de la pige", nous souhaitons faire un pas de plus avec un rendez-vous national.

- Thierry Butzbach, président de "Profession : pigiste" : La précarité est une réalité forte. Mais rien n’est figé.
Concrètement, comment vont se dérouler ces journées ?
T.B. : En fait de 48 heures, cet événement va démarrer lundi 4 juillet à 14 heures. Les participants qui viennent de loin auront ainsi le temps d’arriver. L’Ecole supérieure de journalisme de Lille nous ouvre son établissement. Les rencontres vont se dérouler en deux temps : des conférences-débats le lundi et des formations le mardi. La première conférence, avec des sociologues et des chercheurs, s’interrogera sur la dualité précarité/professionnalisme. Nous tâcherons de montrer comment on peut être précaire et accéder à l’excellence. Il faut en finir avec les idées reçues. La seconde conférence réunira des rédacteurs en chef qui nous expliqueront comment ils ont recours à des journalistes pigistes dans le contexte économique actuel de la presse. Le lendemain, les formations porteront sur les droits des pigistes et sur les pigistes et le journalisme internet.
Tu emploies le mot « précarité » à propos des journalistes rémunérés à la pige. C’est un mot que le président fondateur, Yann Kerveno, avait du mal à entendre. « Profession : pigiste » porte-t-il désormais un regard différent ?
T.B. : Pas du tout. La précarité est une réalité forte de notre profession. Yann voulait insister sur un droit fondamental du pigiste, à savoir celui de la rémunération. Un pigiste doit être rémunéré en salaire et, à partir du moment où il travaille régulièrement, il est donc salarié en contrat à durée indéterminée. C’est le droit. Mais dans la réalité, il faut se battre pour défendre et faire prévaloir ce droit. L’atelier formation sur le droit des pigiste donnera l’occasion d’en parler. C’est d’autant essentiel que l’on parle beaucoup, par exemple, du régime d’auto-entrepreneur qui ne concerne pourtant pas les journalistes ! Par ailleurs, des associations comme la nôtre, en permettant aux journalistes de mieux échanger et de mieux communiquer sur les offres de pige, peuvent beaucoup aider à maîtriser cette précarité. Rien n’est jamais figé.
Les 48 heures de la pige sont ouvertes à tous les pigistes ?
T.B. : Absolument. J’ajoute que les formations peuvent être prises en charge par Médiafor, dans le cadre du DIF. Mais il faut rapidement déposer un dossier (nous avons jusqu’au 22 juin pour les dernières demandes). Nous avons également un accord avec l’opca compétente pour l’audiovisuel, l’Afdas. Sous réserve d’acceptation, les prises en charge concernent les frais pédagogiques et de restauration. Les frais de transport et d’hébergement sont remboursés sur justificatifs. Mais pour l’hébergement, nous lançons aussi une bourse, dans la métropole lilloise, pour l’accueil des pigistes dans la nuit du 4 au 5.
Qu’as-tu prévu, en dehors de ces temps forts ?
T.B. : Dans la soirée du 4 juillet, les participants se retrouveront pour un repas, à l’espace Saint-Sauveur, à Lille. Les tables seront organisées de sorte que chacun puisse rencontrer un maximum d’interlocuteurs. Outre d’autres pigistes, on pourra notamment dialoguer avec des représentants des syndicats, de la commission de la carte, du centre de reclassement des journalistes, d’Audiens, etc. Par ailleurs, une exposition sera consacrée à l’espace de travail des journalistes pigistes : « Moi et mon bureau ». Nous montrerons aussi un florilège de journaux en blanc. On y percevra la masse de production réalisée par les pigistes.
Propos recueillis par Philippe Allienne
Pour s’inscrire : envoyer un courriel à info pigiste.org en précisant les deux sessions de formation que vous souhaitez suivre.
Plus d’infos sur http://pigiste.org/

- Télécharger le bulletin d’inscription médiafor
Les tables rondes
Pour la première table ronde réunissant des sociologues et des chercheurs ayant travaillé sur la pige, la thématique retenue est :
"Quelles sont les différentes stratégies et modalités utilisées par les pigistes pour se positionner dans la sphère professionnelle et se maintenir sur le marché du travail des journalistes : spécialisation, polyactivité, localisation spécifique, critère de maintien (et/ou de succès)..."
Les intervenants sont Olivier Pilmis, Clémence Aubert, Jean-Baptiste Legrave et Cégolène Frisque
La seconde table ronde réunira (sous réserve) Catherine Lalanne (Le Pélerin), Richard Bellet (Journal du Dimanche), Jean-Bernard Gervais (Décision Santé), Alain Piffaretti (La Gazette des communes) et Danièle Laufer (groupe Prima). Ces rédacteurs en chef alimenteront le débat qui portera sur les modalités du recours aux collaborations extérieures dans une presse confrontée à la crise.
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