« Nous sommes sensibles au traitement médiatique des sujets qui nous concernent » explique le docteur Christian Müller. Psychiatre, président de l’Association nationale des présidents et vice-présidents de CME de CHS(1), il anime le Comité de pilotage du colloque organisé le 22 novembre prochain, à la Maison de l’éducation permanente à Lille. Le psychiatre et ses collègues du Comité (2) sont en effet convaincus que le traitement spectaculaire de faits divers par TF1 par exemple, contribue à justifier le développement par le pouvoir d’une « politique sécuritaire préjudiciable aux soins ».

- (de droite à gauche) Nathalie Pauwels et Sophie Danel, de la Fédération régionale de recherche en santé mentale, le docteur Christian Müller, psychiatre, président de l’Association nationale des présidents et vice-présidents de CME, le docteur Lalaux, de l’EPSM de Lille métropole (Armentières) et Maud Piontek, responsable de la communication et de la culture de l’EPSM, sont les organisateurs du colloque organisé le 22 novembre prochain à Lille.
Du fait divers à la loi
Ils estiment ainsi que, « depuis 2004, les faits divers servent à faire voter des lois », comme c’est le cas avec celle du 5 juillet 2011, sur laquelle interviendra en particulier la journaliste Dominique Simonnot. Spécialisée dans les affaires judiciaires celle-ci pose la question : « le climat médiatique traduit-il ou crée-t-il un climat de peur et d’insécurité par rapport à la maladie mentale ? ».
Alerté par « une nouvelle forme d’insécurité, l’insécurité institutionnelle », Gilbert Thiel, magistrat au Tribunal de grande instance de Paris, posera la question : « les médias contribuent-ils à déstabiliser les institutions ? ». Tandis que le professeur Bruno Gravier, médecin chef au département psychiatrie du Centre hospitalier universitaire de Lausanne, interviendra sur « l’influence des représentations médiatiques… sur la pratique des psychiatres ».
« Pour nous c’est une question de première importance de rencontrer les journalistes pour une étude critique du traitement de ces questions » insiste Christian Müller, qui invite à ne pas confondre maladie mentale et folie, par exemple. Le psychiatre illustre les conséquences d’un certain traitement – politique et médiatique - par le cas de ce « praticien de valeur, licencié à Nice parce qu’un détenu était sorti sans autorisation » de son établissement. Or, précise-t-il, cela « n’était pas un problème de médecin ». Il évoque également les conséquences pour ce patient en fugue, dont la photo fut publiée en « une » d’Aujourd’hui en France après son arrestation par la police. « Nous journalistes et psys avons des responsabilités pour comprendre l’enjeu de l’insécurité du moment, pour se dire « attention à ce que je suis en train de faire là ! ».
Mieux communiquer
Les organisateurs déclarent s’inscrire dans une démarche de « travail citoyen ». Ils attendent du colloque« qu’il suscite le débat, permette des rencontres entre différents intervenants, de voir comment on communique tous publics ».
Hélène Judes, juge de l’application des peines au Tribunal de grande instance de Lille constate que « magistrats et psy travaillent ensemble sans se connaître. Nous ne sommes pas sur le même terrain. Nos réunions ne sont pas toujours faciles Il y a des affrontements…Le colloque est un moyen de créer une connexion entre nos deux métiers » estime la magistrate. Qui s’interroge sur l’efficience d’un certain arsenal législatif. « Quel est le bilan des peines plancher ? » par exemple, entre autres mesures qui « tombent en désuétude, ne servent à rien ».
Il y a « nécessité de communiquer ». « Venez voir comme on travaille », insiste Maud Piontek, responsable de la communication et de la culture de l’EPSM (3) de l’agglomération lilloise, citant pour exemple le reportage d’Amélie Tulet, l’un des Grands prix du jeune journaliste 2011 du Club de la presse Nord-Pas de Calais (4) .
MD
Photos GR
1) C.M.E. de CHS : Commission Médicale d’Etablissement de Centre Hospitalier.
2) Outre les personnes citées dans cet article, le docteur Lalaux, de l’EPSM de Lille métropole (Armentières), Nathalie Pauwels et Sophie Danel, de la fédération régionale de Recherche en santé mentale, participaient à ce Lundi du Club de la presse.
3) EPSM : Etablissement public de santé mentale.
4) Voir l’article sur le site du Club de la presse.
Le colloque « Psychiatrie et Justice, quel traitement médiatique ? » a lieu le mardi 22 novembre, de 18 h 30 à 16 h 30 à la Maison de l’Education Permanente, 1, place Georges Lyon à Lille. Programme et plus de renseignements sur www.epsm-agglomeration-lilloise-formulaire.fr, en s’adressant à contact epsm-agglomeration-lilloise.fr ou au 03 28 38 51 17.