<p>La loi sur l’eau de 1964 a créé six bassins hydrographiques dans lesquels six agences de l’eau, établissements publics de l’Etat sous tutelle du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable et sous celle du Ministère chargé des finances agissent pour concilier gestion de l’eau et développement économique dans le respect de l’environnement.</p>

 
 
 

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vendredi 16 décembre 2005

Radios associatives : des voix qui luttent pour exister - Atelier Réflexion du 15 décembre 2005

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Choix éditoriaux, musicaux, ton, temps d’antenne : les radios associatives amènent une voix différente dans le paysage radiophonique et médiatique en général. Mais entre des moyens financiers qui font défaut et des emplois jeunes supprimés, elles se posent aussi des questions sur leur avenir. L’atelier réflexion organisé au Club le 15 décembre a été l’occasion de passer ces questions en revue.
Photos Gérard Rouy

« Je me suis inquiétée parce que cela faisait une fréquence de moins pour les radios associatives. » Sans connaître les tenants et les aboutissants de la décision du CSA, Francine Auger, directrice de Radio Canal Sambre Avesnois (Aulnoye-Aymeries), ne peut que regretter que la radio de langue portugaise Radio Triumpho ait perdu sa fréquence (1). A l’occasion de l’atelier du Club dédié à l’avenir des radios associatives, elle a estimé que « chaque fois qu’une radio associative disparaît, c’est un grand dommage pour la vie locale ».

Si les autres invités n’ont pas une connaissance plus poussée de ce dossier particulier, ils n’ont pas bien accueilli la nouvelle. « En tant que radio associative, je me sens toujours solidaire. Nous refusons qu’une fréquence disparaisse et revienne à une radio commerciale », explique Daouda Coulibaly, journaliste à Radio Rencontre (Dunkerque) et vice-président de la Fédération des radios associatives du Nord de la France (FRANF).

« L’Etat met les radios en situation de contradiction »

« L’Etat met les radios en situation de contradiction, en leur demandant de trouver les ressources pour vivre, ajoute Francine Auger. Là c’était le cas mais on a pénalisé  » Radio Triumpho. Car parler de l’avenir des radios associatives c’est évidemment, avant tout, parler de leurs moyens financiers. Le Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER) représente pour elles une part importante du budget de fonctionnement. Et l’existence de ce FSER n’est pas gravée dans le marbre.

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Daouda Coulibaly, journaliste à Radio Rencontre (Dunkerque) et Benoît Vahpar, dit Ben, coordinateur de Radio Cité Vauban (RCV, Lille).
Photo Gérard Rouy

Daouda Coulibaly évoque des retards de versement de « 6 à 8 mois  », pendant lesquels Radio Rencontre n’a pu vivre que grâce aux moyens des autres secteurs d’activité de l’association dunkerquoise (2). « Je doute vraiment de la pérennité du soutien de l’Etat  », estime de son côté Benoît Vahpar, programmateur-coordinateur de Radio Cité Vauban (Lille), où il est plus connu sous le nom de Ben. «  Veut-on laisser vivre les radios associatives, tout simplement ? », appuie Dominique Jolivet, membre du conseil d’administration de Radio Campus (Villeneuve d’Ascq) et animateur de Diplomatiquement vôtre (le mardi, de 12 h à 14 h). « On a fait crever récemment beaucoup d’associations, car on leur a coupé les emplois jeunes ou les subventions. »

La pub : à repousser ou à tolérer ?

De la faiblesse du financement public à la recherche de moyens complémentaires, il n’y a qu’un pas, que Radio Canal Sambre Avesnois a accepté de franchir. Comme toutes les radios classées par le CSA en « catégorie A », elle est autorisée à diffuser de la publicité jusqu’à hauteur de 20% de son chiffre d’affaires. Elle se situe actuellement à environ 3%, mais n’exclut pas d’aller au-delà si le besoin et les opportunités se présentent. « Je suis critiquée dans les radios associatives pour cela  », reconnaît Francine Auger.

De quoi en effet alimenter la discussion avec Radio Campus en particulier, qui a fait le choix d’exclure la publicité de son antenne. « Le problème se pose différemment d’une radio à l’autre », reconnaît tout de même Dominique Jolivet, qui confie que Radio Campus ne compte qu’un salarié à mi-temps. Mais pour lui, passer de la publicité sur Radio Campus, «  ce serait nous faire hara-kiri en bonne et due forme ». Radio Canal Sambre affiche en effet un portrait assez différent de certaines radios associatives. Son équipe aligne une vingtaine de salariés (pour une quarantaine de bénévoles) et affiche un budget de 850 000 euros.

L’encadrement et la formation

Mais s’interroger sur l’avenir des radios associatives, c’est aussi se demander quelle est leur raison de vivre, la différence qu’elles peuvent apporter dans le paysage radiophonique et médiatique en général. Radio Rencontre travaille beaucoup avec des jeunes, parfois dans le cadre de partenariats avec des collèges ou des lycées. L’accent est notamment mis sur l’encadrement et la formation de ces jeunes. Autre caractéristique : «  Quand le téléphone sonne à Radio Rencontre, on prend le temps de converser avec l’auditeur », continue Daouda Coulibaly. « Jusque dans les années 80 et 90, on a reçu des coups de fil du style : "Radio Rencontre, Radio Bougnoules"  », témoigne le journaliste, plutôt satisfait d’avoir apporté sa contribution au dialogue. Le choix des interlocuteurs est également primordial. «  A Radio Rencontre, je ne donne pas la parole aux politiques. Si c’est pour faire un sujet de trois minutes en donnant la parole aux institutionnels, alors que les ouvriers ont des choses à dire… »

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Dominique Jolivet, membre du conseil d’administration de Radio Campus (Villeneuve d’Ascq) et animateur de « Diplomatiquement vôtre » (chaque mardi, de 12 h à 14 h).
Photo Gérard Rouy

Avec une centaine d’émissions par semaine Radio Campus, la plus ancienne des radios libres françaises (créée en 1969), veut « aller au fond des sujets  », commente Dominique Jolivet, en mettant à disposition des animateurs « un temps que l’on ne pourra peut-être pas offrir ailleurs  ». Ce temps de parole est, de son point de vue, un élément indispensable au «  ton Radio Campus  », au moins autant que les sujets et la façon de les traiter. Le choix de sujets découle en grande partie du réseau qu’a tissé la radio avec des associations, des syndicats, de « simples » citoyens, des courants de pensée, etc. «  Quand on voit comment certaines luttes salariales sont traitées ou maltraitées ailleurs, cela fait du bien de donner la parole à ceux qui travaillent », cite-t-il pour exemple.

« Financés par des élus locaux qui n’ont pas le contrôle de l’outil »

Dans un secteur géographique défavorisé, Francine Auger est pour sa part convaincue du rôle citoyen que joue Radio Canal Sambre Avesnois, sans qui « il y aurait à peu près 700 personnes, sur une année, qui n’auraient pas pu parler sur un média ». « Nous sommes financés par les élus locaux mais ils n’ont pas le contrôle de l’outil, poursuit-elle. Cela nous met parfois dans des situations explosives et je viens d’en vivre une.  » Radio Canal Sambre Avesnois met également en avant sa différence d’analyse : lorsque les médias nationaux titraient sur les banlieues en feu, la radio a « fait parler toute une série de jeunes (…) ; cela leur a permis de dire ce qu’ils pensaient de ce qu’ils avaient vu et entendu sur d’autres médias ».

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Benoît Vahpar (RCV) et Francine Auger, directrice de Radio Canal Sambre Avesnois (Aulnoye Aymeries).
Photo Gérard Rouy

Daouda Coulibaly raconte aussi qu’il a accompagné des journalistes américains, venus pour couvrir ces mêmes événements, discuter avec des jeunes à Dunkerque. « C’est le rôle des radios associatives de traiter calmement ce type de sujet  », estime-t-il. Sur le même thème, à RCV, on n’en revient toujours pas que France 3 Lille ait appelé l’animateur d’une émission de rap qui, en tant que rappeur, pouvait sûrement expliquer pourquoi les voitures brûlaient…

« Faire découvrir d’autres genres musicaux »

Mais le ton des radios associatives passe aussi par le programme musical qu’elles proposent. A RCV, radio essentiellement musicale, « nous avons le devoir de faire découvrir d’autres genres musicaux », insiste Ben. RCV appartient ainsi au réseau Ferarock (Fédération des radios associatives rock), qui rassemble 23 radios françaises, plus quatre belges et canadiennes. Le but étant d’offrir un réseau de diffusion à des groupes auto-produits ou distribués par de petits labels. RCV a ainsi cru au groupe lillois Gomm et fait partager son engouement aux autres radios Ferarock. Aujourd’hui, Gomm, qui a fait partie de la programmation du Printemps de Bourges, entame une carrière prometteuse.

« Ce ne sont pas les majors du disque qui nous imposent nos choix musicaux  », embraye Dominique Jolivet, selon qui la programmation de Radio Campus est simplement guidée par l’envie et le plaisir. « Radio Rencontre a réussi à faire découvrir cette diversité musicale avant que l’on parle de world music », se félicite de son côté Daouda Coulibaly. Quant à Radio Canal Sambre Avesnois, la programmation alterne la découverte de talents locaux et les plages réservées à la musique populaire qui pourrait passer ailleurs.

Radios de service public ?

La radio d’Aulnoye-Aymeries ne s’interdit pas non plus les dédicaces, exclues sur l’antenne de Radio Campus par exemple (« On a une liberté de parole ce n’est pas pour l’utiliser n’importe comment », commente Dominique Jolivet). «  Nous estimons que c’est aussi un service public que nous rendons aux gens  », confie Francine Auger, qui évoque l’isolement de certains de ses auditeurs. Elle y voit également un moyen de faire venir des auditeurs qui s’intéresseront peut-être, ensuite, à d’autres programmes.

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Photo Gérard Rouy

Le mot est lâché : les radios associatives assurent-elles un « service public  » ? Devraient-elles intégrer le Service public de la radio, représenté par Radio France et en particulier ses antennes locales (France Bleu Nord dans notre région) ? Si le « oui » se dessine pour la première question, la seconde entraîne des réponses plus nuancées. « Je n’envie pas les journalistes de Radio France, lance Francine Auger. Faire un "60 secondes" pour France Info, ce n’est pas vraiment mon objectif dans la vie. » Quant à Daouda Coulibaly, il a une proposition intéressante : bâtir « un partenariat entre le Service public et les radios associatives  ». Radio France pourrait ainsi commander des sujets aux radios locales, plus proches des réalités de terrain, ou envoyer ses journalistes travailler en doublette avec des journalistes de ces radios. « Dans le Nord-Pas-de-Calais, nos radios sont capables de le faire », assure Daouda Coulibaly.

Ludovic FINEZ

(1) Celle-ci a été attribuée par le CSA à la radio commerciale RMC Info, qui a débuté il y a quelques semaines ses émissions sur Lille. Le CSA reprochait à Radio Triumpho (Roubaix) d’avoir dépassé les 20% de publicité autorisés pour une radio associative (catégorie A). De leur côté, ses responsables actuels expliquent que si la radio a traversé des moments difficiles, ces erreurs sont le fait d’une direction qui a été remplacée depuis.

(2) La radio n’est en effet qu’une des branches de l’association Rencontre, qui, de manière générale, défend des valeurs d’échange entre les cultures.

Les radios de nos invités sur internet :
- Radio Canal Sambre Avesnois : www.canal-sambre-avesnois.com
- Radio Campus : www-radio-campus.univ-lille1.fr
- Radio Cité Vauban : www.rcv-lille.com
- Radio Rencontre : www.cefir.fr
Le Cefir (Centre d’éducation et de formation interculturel Rencontre) est le nouveau nom de l’association Rencontre.
- Réseau Ferarock : www.ferarock.com


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