Dix-huit radios, dont la première radio libre de France (Radio Campus, à Villeneuve d’Ascq, qui fêtera ses 40 ans l’an prochain), un siège rue Nicolas Leblanc, à Lille, qui abrite également un studio radio, des développements de web-radios en cours… Le Lundi du Club du 17 mars a permis de mieux faire connaissance avec la Fédération régionale des radios associatives du Nord de la France (Franf). Pour mieux cerner les contours des radios associatives de la région, René Lavergne, président de la Franf, évoque d’emblée une anecdote récente de quelques jours. A l’invitation du Clemi (Centre de liaison de l’enseignement et des moyens d’information) de Lille, il s’est rendu au lycée Montebello de Lille. « Combien d’entre vous écoutent une radio associative ? », leur a-t-il demandé. Devant l’absence de doigts levés, un peu décontenancé, il a cherché à en savoir plus. Jusqu’à découvrir que plus de la moitié de ces 60 jeunes écoutaient régulièrement une radio associative, sans pour autant le savoir.
Des sondages inaccessibles
Selon René Lavergne, des enquêtes menées sur les étudiants lillois donnent des résultats similaires. Alors, déficit de reconnaissance pour les radios associatives ? Ce qui est sûr, c’est que les sondages Médiamétrie, regardés à la loupe par beaucoup d’annonceurs publicitaires, se focalisent sur les radios commerciales privées. Avoir accès aux résultats d’un tel sondage est de toute façon hors de prix pour une radio associative. Autre réalité, les 18 radios associatives de la région, équitablement réparties entre Nord et Pas-de-Calais, couvrent un éventail large : de Canal FM (anciennement Radio Canal Sambre Avesnois), à Aulnoye-Aymeries, qui compte une véritable équipe salariée, à RCV (Lille) qui partage sa fréquence avec RPL (Lambersart), en passant par Planète FM à Saint-Nicolas-lez-Arras ou Plus à Douvrin (1).

- René Lavergne, Président de la FRANF, a présenté l’association
Par définition, une radio associative (catégorie A selon la terminologie du CSA) doit avoir une structure associative et un budget dans lequel la publicité ne dépasse pas 20% du chiffre d’affaires. Fonctionnant largement grâce aux bénévoles, les radios associatives doivent batailler pour obtenir les moyens de vivre. Un émetteur de 4kW, permettant de couvrir un rayon de 50 km, coûte ainsi au bas mot 30.000 euros.
Radio Paco Lambersart reçoit d’environ 30.000 à 35.000 euros du FSER (Fonds de soutien à l’expression radiophonique). « Nous ne sommes pas dans une situation catastrophique, mais ça risque de ne pas durer », résume Jérémy Cucheval, directeur des programmes, membre de l’équipe bénévole de la radio. Ecoutée en majorité par des auditeurs de 15 à 35 ans, RPL mise, pour sa programmation musicale, avant tout sur les artistes régionaux indépendants.
Régies de production de programmes
En dehors de ses bénévoles, RPL accueille beaucoup de stagiaires des écoles de communication lilloises, qui l’aident à mener des opérations événementielles. RPL, comme beaucoup d’autres radios libres, bénéficie également de la participation d’organismes publics (communes, communautés de communes…) pour financer des programmes d’intérêts locaux ou généraux. Exemples : la chronique quotidienne qui donne la parole aux associations locales ou encore les reportages de proximité à l’occasion d’une échéance électorale. Mais les choses ne sont pas aussi simples : René Lavergne a ainsi vu éclore des sortes de régies, spécialisées dans la récupération de ces fonds (venant en particulier des ministères), qui les utilisent ensuite pour produire des programmes qu’elles proposent gratuitement aux radios associatives.
« Nous sommes abreuvés quasiment chaque jour, explique le président de la Franf. Nous devons nous mobiliser en région pour créer nous-mêmes des campagnes d’intérêt général. » Il cite ainsi des opérations menées sur la qualité de l’eau avec l’Agence de l’eau, la lutte contre le cancer… Actuellement un projet est en cours sur la santé. « Tous les clignotants sont au rouge dans le domaine de la santé [en Nord-Pas de Calais], rappelle-t-il. C’est un vrai enjeu de territoire que de communiquer, soit pour informer, soit pour faire de la prévention. » Des contacts ont été pris avec le Conseil régional.
« On va au fond des choses »
Pour Radio Boomerang (Roubaix), Jean Burie note que la campagne sur l’eau a représenté 6 heures de diffusion, au total, sur plusieurs semaines : « On a expliqué comment l’eau arrive, est traitée, est dépolluée… » La radio, qui existe depuis 1981, défend également les chanteurs de la région. RPL, qui compte un salarié, diffuse aussi des informations régulières sur les événements culturels et associatifs de la métropole. Plusieurs fois par jour, elle propose des interviews de 20 minutes. « On va au fond des choses », insiste Jean Burie.

- L’intervention de Jean Burie, représentant de Radio Boomerang.
Bref, à coté d’un rôle citoyen qu’elles revendiquent, les radios associatives reposent sur un modèle économique précaire. Et l’annonce faite par Nicolas Sarkozy de la suppression de la publicité sur le service public audiovisuel n’est pas pour les rassurer. Indirectement, elles bénéficient en effet de cette publicité, via le FSER (Fonds de soutien à l’expression radiophonique), auquel abondent les régies publicitaires des radios et télévisions. « La publicité sur la télévision publique, on est contre par principe. […] Maintenant, pour s’en débarrasser, ce n’est pas aussi simple », confie René Lavergne. En clair : suppression, pourquoi pas, mais avec quelle compensation ? L’éventuelle augmentation des rentrées publicitaires de TF1 qui résulterait de cette décision ne profiterait même pas aux radios libres. L’abondement de TF1 au FSER (25% du total) est en effet plafonné et ce plafond est d’ores et déjà atteint.
« Un lobbying au niveau national » pour les réseaux commerciaux
L’autre inquiétude concerne les fréquences, gérées par le CSA, sur une bande FM déjà saturée (2). On se souvient de Radio Triomphe, à Roubaix, qui a perdu la sienne, confiée au réseau commercial privé RMC, qui a ainsi effectué son installation dans la métropole lilloise. René Lavergne n’est pas convaincu par l’explication officielle, portant sur le dépassement du taux de publicité sur Radio Triomphe. Par ailleurs, avec cette fréquence « on aurait pu opérer le décloisonnement RCV-RPL [qui se partagent le 99 FM, NDLR] », poursuit-il. De manière générale, « il y a un lobbying au niveau national » au profit des réseaux commerciaux privés, assure-t-il.
Parmi les chantiers en cours, on pourrait aussi évoquer le passage au numérique qui se profile. « Pour avoir un émetteur équivalent à un émetteur de 4 kW, il faudrait, pour la même zone, trois, quatre voire cinq petits émetteurs numériques. A ce jeu-là, on a des craintes de ne pas pouvoir faire perdurer nos radios, s’inquiète René Lavergne. Ceci dit, il peut y avoir des morts mais aussi des naissances. Nous ne sommes pas contre la technologie, c’est d’abord une question de moyens. »
L. F.
(1) Site de la Franf : www.franf.fr
(2) La proximité de la Belgique ne facilite pas les choses dans ce domaine.