"C’est un tabou. On ne brise pas le flux musical". Jean Béghin résume l’esprit des radios FM musicales. La musique d’abord.
L’ancien directeur des rédactions de RFM et Europe 2 évolue dans le monde de la FM depuis une vingtaine d’années. Il a participé au lancement du concept de "la radio en or" (RFM) et à la mise en place des rédactions dans plusieurs radios de la bande FM, dans les réseaux de RFM et Europe 2. Avec d’autres journalistes de radio, il participait au dernier atelier réflexion du Club de la Presse, le 3 mai.

Information et musique, les deux notions ne vont pas de soi. Souvent considérées comme des robinets à musique, les radios de catégorie C (1) ont parfois du mal à s’affirmer comme de véritables médias d’information.
Sur le terrain, ce point de vue n’est pas toujours facile à vivre pour les journalistes. "Dans journaliste de FM, il y a "journaliste", affirme Jean Béghin. On m’a dit dans le passé : "Tu fais de l’ersatz d’information". Cela n’a pas de sens !". Et le journaliste, qui a recruté de nombreux confrères pour intégrer les stations locales de RFM, de préciser que "les critères [d’embauche] sont les mêmes que pour tout journaliste : il faut savoir faire passer sa curiosité".
Difficile, dès lors, d’établir une distinction entre journalistes de radio et ceux des autres médias. Marc Jallot, un des trois journalistes de ROC FM, à Lille, met en avant le "libre choix" de ses sujets. "Je diffuse les informations que j’aimerais entendre, même si je dois me faire violence pour le sport", avance Dominique Thomas, de RFM Nord à Douai. Reportages, interviews, écriture des sujets, les journalistes des radios commerciales revendiquent le même travail que leurs confrères du service public ou des autres médias.

D’ailleurs, concernant le traitement de l’information, ces radios ont des engagements à tenir vis-à-vis du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). "Les radios C (…) s’engagent à diffuser des flashes d’informations locales d’environ 30 minutes par jour, entre 6 et 9 heures du matin en général", souligne Bernard Defebvre, secrétaire du Comité technique radiophonique (CTR) de Lille, l’antenne du CSA dans la région (2). En cas de non respect de ces engagements, stipulés dans une convention entre la radio et le CSA, celui-ci peut décider de sanctions allant jusqu’à l’interdiction d’émettre. Skyrock en a fait l’expérience il y a quelques années.
De son côté, le CSA "veille à l’équilibre radiophonique, notamment entre les différentes catégories de radios", ajoute Bernard Devebvre. "Un trop grand nombre de radios B et C, qui se partageraient le marché publicitaire local, déstabiliserait les autres radios".
La publicité, dans les radios commerciales, représente un poids non négligeable. Leurs ressources en dépendent directement. "Nous vivons de la redevance audiovisuelle", explique Jean-Michel Descroix, rédacteur en chef de France Bleu Nord, liée à Radio France. "Les autres vivent de la pub. Leurs motivations ne sont pas les mêmes. (…) Pour avoir de la pub, il faut faire de l’audience. A tout prix !", ajoute-t-il.
"C’est vrai, on a des objectifs", admet Jean-Charles Verhaeghe, rédacteur en chef du groupe Contact. Ancien chef d’agence de Nord Eclair à Lens-Béthune, ce journaliste explique que ses auditeurs "ne viennent pas a priori pour l’info. [Mais] ils y resteront peut-être pour cela". Jean Béghin acquiesce : "L’aspect économique a beaucoup plus de poids que dans le service public". Pour autant, affirme-t-il encore, "la séduction d’une radio FM musicale ne se fait pas par l’information. Elle passe par la musique essentiellement. Ensuite, le traitement de l’info en dépend en partie. Fun Radio s’adresse à des ados, Nostalgie à des personnes de 50 ans. On tient compte de cela. Le critère économique influence notre traitement de l’info, pas notre façon de choisir l’info. (…) On pense que les gens qui écoutent de la musique ne sont pas forcément des idiots".
Pour effectuer ce travail, les moyens diffèrent. Le cas de France Bleu Nord, qui, pour couvrir le Nord et le Pas-de-Calais, dispose de douze journalistes embauchés en contrat à durée indéterminée, fait rêver. "Parfois c’est un peu léger", estime tout de même Jean-Michel Descroix. Dominique Thomas, pour couvrir les arrondissements de Douai, Valenciennes, Cambrai, Boulogne, Saint-Omer et Saint-Quentin, travaille en solo. Marc Jallot, à Roc FM, n’a qu’un confrère permanent. Une pigiste régulière assure le suivi de l’actualité religieuse (3). Contact FM, dans la région, compte quatre journalistes pour traiter l’actualité du Nord-Pas de Calais et de Picardie.
La différence de moyens entre rédactions et, plus encore, avec le service public, est flagrante. Elle oblige les journalistes à s’adapter. "Je réalise beaucoup d’interviews par téléphone", indique Dominique Thomas. "On ne peut pas être partout", observe Marc Jallot. "On fait du desk. On lit la Voix du Nord et Nord-Eclair et on valide les sources par ailleurs", avance Jean-Charles Verhaeghe.
La vérification de l’information est capitale aux yeux des journalistes de radio. "Contact est un groupe jeune. Il vient de découvrir qu’il pouvait faire de l’info. On a tout à construire et à légitimer. (…) L’info, ce n’est pas seulement des flashes chiants !", note Jean-Charles Verhaeghe. "Il n’y a pas de radio crédible sans information", ajoute Jean Béghin. "On sert aussi à cela".
Les années à venir signifieront-elles l’âge d’or de l’info sur les radios FM musicales ? A en croire Jean Béghin, ceux qui misent sur l’ancrage local, comme Chérie FM (groupe NRJ), "font un carton, grâce à des animateurs, à des sujets et des journalistes locaux". A vos CV !
Mathieu Hébert
(1) Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel distingue cinq catégories de radios privées : les radios associatives (A), les radios locales commerciales privées (B), comme ROC FM, les radios locales commerciales affiliées à un réseau national (C), comme NRJ ou RTL 2, les radios nationales privées thématiques (D) et les radios généralistes diffusant sur tout le territoire (E) comme RTL ou Europe 1.
(2) Bernard Defevbre ne pouvant participer à l’atelier, il a été interrogé par Arnaud Closset, journaliste à RLM Lille. Des extraits de cet entretien ont été diffusés en introduction, mardi 3 mai.
(3) ROC signifie Radio Œcuménique Chrétienne