<p>La loi sur l’eau de 1964 a créé six bassins hydrographiques dans lesquels six agences de l’eau, établissements publics de l’Etat sous tutelle du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable et sous celle du Ministère chargé des finances agissent pour concilier gestion de l’eau et développement économique dans le respect de l’environnement.</p>

 
 
 

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mercredi 29 novembre 2006

Roman ou écrits journalistiques, des livres en cascade aux Lundis du Club

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Ces dernières semaines, les Lundis du Club ont été le prétexte à la présentation de quatre livres : un roman (« Un nerf de grenouille »), la réédition d’un témoignage sur l’histoire de la presse régionale (« Le mensonge reculera… »), un recueil d’éditos (« De Liberté à liberté, en toute liberté ») et une enquête sociologique et journalistique (« La France invisible »). Tous ces rendez-vous ont aussi été l’occasion de lancer des débats fort intéressants.

Photos : Gérard Rouy

« De Liberté à liberté, en toute liberté », recueil d’éditos de Jacques Estager (éditions du Geai bleu)

« Voilà un livre qui retrace un peu une page d’histoire ». En recevant Yves Estager lors du Lundi du Club du 27 novembre, Marc Dubois, président du Club de la presse, était en terrain connu. Lui qui a travaillé 16 années pour le quotidien Liberté (disparu en 1992 et relancé quelques mois plus tard sous le titre Liberté Hebdo) accueillait par ces mots le fils de celui qui a signé près de 1.500 éditos dans le journal communiste. Dans cet ouvrage, Yves Estager a en effet compilé 156 d’entre eux, publiés entre octobre 1945 et mars 1985. « On se resitue dans ces 40 années d’histoire, relève Marc Dubois, la presse d’après-guerre, la guerre d’Algérie, les relations PS-PC-SFIO… »

Jacques Estager a débuté sa carrière comme rédacteur en chef adjoint du quotidien Nord Libre, journal créé par le mouvement de Résistance Front national de lutte pour la libération et l’indépendance (1). Car si beaucoup ont oublié qu’à la Libération, La Voix du Nord et Liberté ont partagé les locaux de l’ancien Echo du Nord, sur la Grand’ place (où est toujours installé le siège de La Voix), ils sont moins nombreux encore à connaître le nom de Nord-Libre. Créé en septembre 1944, le titre a disparu un an plus tard, époque à laquelle Jacques Estager entre au quotidien communiste Liberté, dont il sera rédacteur en chef de 1956 à 1972 puis directeur de 1973 à 1983.

De ses années de lycée à Douai, Jacques Estager avait par ailleurs gardé une profonde amitié avec une autre figure de la presse régionale, Jules Clauwaert, qui signe toujours l’édito quotidien de Nord Eclair, le journal dont il avait préparé le lancement dans le bassin minier dès 1944. Les deux hommes font d’ailleurs partie des co-auteurs d’un livre paru en 1986 et que l’on retrouve encore chez quelques bouquinistes, « Des journalistes en Nord » (2). Dans ce livre, Jacques Estager revient ainsi sur sa pratique du « journalisme engagé » et notamment sur la façon dont la presse communiste française traitait de l’actualité des pays du bloc communiste. « Il est vrai que pendant une longue période, écrit-il, nous avons eu une vision partielle des pays socialistes, n’en retenant que ce que nous voulions voir et faire voir et n’écrivant qu’avec un souci apologétique certain. »

Envoyé spécial de L’Humanité et de Liberté en Pologne au début des années 1980 (l’époque de Solidarnosc), Jacques Estager dit également, toujours dans « Des journalistes en Nord » : « Ni les vieux schémas ni la vision idéaliste que nous avions d’un développement sans heurts et sans crise des sociétés socialistes ne permettraient d’expliquer les bouleversements auxquels nous assistions. Il y avait nécessité qu’une approche nouvelle des réalités de ce pays et d’une information prenant en compte les contradictions d’une société visiblement bloquée dans son développement démocratique. » Loin de lui, pourtant, l’idée de renier les combats de ce « journalisme engagé ». Pour lui, « les quotidiens dits d’information [par opposition au journaux dits « engagés », NDLR], contrairement à ce qu’ils laissent entendre, véhiculent tous une opinion : au-delà des nuances, c’est celle de la classe dominante. Le conformisme et le conservatisme sont les plus sûrs attributs de ce qu’on appelle aujourd’hui la grande presse. » Comme quoi le débat n’est pas nouveau…

Mais revenons au recueil d’éditos compilés par son fils. L’ouvrage n’évoque pas le décès de Staline, pour la simple raison que Liberté n’a pas écrit d’édito sur cet événement, reprenant les communiqués officiels des partis communistes soviétique et français. En revanche, le drame du barrage de Fréjus ou encore l’envoi dans l’espace du premier cosmonaute, Gagarine, font partie des 156 sujets retenus. A propos de Gagarine, Liberté titrait : « Gloire au communisme ». « C’est vrai [qu’aujourd’hui], on a tendance à sourire », reconnaît Yves Estager, qui rappelle cependant le contexte de l’année 1961, avec « la guerre froide et l’affrontement bloc contre bloc ».Autre effet du décalage dû au temps, ce titre, « Cuba tient » : « Quand on voit ce qu’est devenu Cuba aujourd’hui… » Dernier extrait de cette compilation, un peu moins lointain : le 17 mai 1981, dix jours après l’élection de François Miterrand, Jacques Estager estime que « La France n’a pas cessé d’exister parce que Giscard d’Estaing a été mis en préretraite par une majorité d’électeurs. »

« Un nerf de grenouille », de Thierry Bouillon (éditions Amalthée)

La semaine précédente, c’est un roman que Thierry Bouillon était venu présenter au Lundi du Club du 20 novembre. Originaire de Lille mais ayant beaucoup vécu sur la Côte d’Opale, exerçant un métier qui le met régulièrement en contact avec des personnes qui vivent des accidents de parcours professionnels, Thierry Bouillon a replacé un peu de tout cela dans son premier roman, « Un nerf de grenouille ». L’histoire d’un homme qui perd son travail et bientôt son épouse. « On a une importance quand on est socialement reconnu », remarque l’auteur, qui s’est notamment inspiré de « galères professionnelles [rencontrées par] quelques amis ». « Quand cela arrive [la perte d’un emploi, NDLR], beaucoup de choses s’enchaînent, poursuit-il. Je n’ai jamais vu autant de gens divorcés qu’après quelques mois de chômage », voire frappés par de « graves problèmes de santé ». « Parfois, les solutions [aussi bien sentimentales que professionnelles] ne sont pas là où l’on les attend. »

« Certains employeurs ont parfois des comportements révoltants », enchaîne Thierry Bouillon pour illustrer ses sources d’inspiration. Et de citer le cas de cette personne qui s’était déplacée de Lille à Paris pour un entretien d’embauche. Tout ça pour entendre, entre deux portes : « Je n’ai pas le temps de vous recevoir , laissez-moi votre CV »… « Ce n’est pas du tout un livre triste », tempère cependant l’auteur. « J’ai essayé de le traiter avec beaucoup d’humour ». Cet amateur de foot a également glissé dans ses pages de nombreuses références au RC Lens mais aussi à Wimereux, où il a longtemps vécu.

Habitué à écrire de petites histoires pour lui, Thierry Bouillon a décidé un jour d’aller plus loin, faisant lire son manuscrit à Benjamin Berton, Goncourt du premier roman, en 2000, avec « Sauvageons » (Gallimard). Ce dernier l’a encouragé à persévérer, moyennant un travail de réécriture. Une première version est envoyée dans des maisons d’édition en 1998 et 1999, sans retour. Jusqu’à la lecture dans un journal local, complètement par hasard et en pleines vacances, d’un article sur la maison d’édition Amalthée (Nantes), notamment spécialisée dans les premiers romans (3). Le hasard a bien fait les choses, puisque le roman a été édité en juillet dernier, à 500 exemplaires (4). Pour autant, « je ne me prends pas pour un écrivain », insiste Thierry Bouillon, qui ne désire pas non plus « en faire [s]on métier ».

« La France invisible », ouvrage collectif (éditions La Découverte)

Autre genre mais finalement univers proche avec cet ouvrage collectif, qu’est venu présenter le même soir Haydée Sabéran. Correspondante dans la région du quotidien Libération, elle a en effet pris part à l’écriture de la « France invisible », ouvrage collectif (journalistes, sociologues…) dirigé notamment par le sociologue Stéphane Beaud. La quatrième de couverture explicite le terme de « France invisible », celle « des populations qui, malgré leur nombre, sont masquées, volontairement ou non, par les chiffres, le droit, le discours politique, les représentations médiatiques, les politiques publiques, les études sociologiques, ou se retrouvent enfermées dans des catégorisations dépassées qui occultent les conditions d’existence ». L’objectif est clairement annoncé : « Publié à la veille de la campagne pour l’élection présidentielle de 2007, La France invisible brosse le portrait d’un pays qui ne ressemble pas à celui auquel les candidats vont s’adresser. »

Haydée Sabéran a été contactée par un journaliste de France Culture, Joseph Confavreux, qui avait eu l’occasion de lire ses papiers dans les colonnes de Libération. Elle a choisi de parler des « sans domicile » et des « vieux pauvres », dont beaucoup se contentent du minimum vieillesse. Certains n’ont d’ailleurs même pas cette bouée à laquelle se raccrocher. La seule consigne qu’a reçue la journaliste est : « Faites comme vous faites d’habitude ». A la différence que le lignage était évidemment bien plus important que pour un reportage habituel dans Libé.

Haydée Sabéran est ainsi allée à Dunkerque, à la rencontre d’un travailleur social de l’AAE (Association d’action éducative), distinguée en 2004 par le Noël du Club (lire l’article). « Quand on est sans-abri, on meurt dans la rue à 55 ans et on a l’air d’en avoir 75 », témoigne la journaliste. De façon générale, à chaque fois qu’elle rentre de reportage dans un milieu qu’elle découvre (ou redécouvre), elle se dit qu’elle vient « d’entrer dans un monde parallèle ».Il peut s’agir des réfugiés de Calais, qui prennent leur repas frugal chaque midi à 200 mètres de l’hôtel de ville, des prostituées que l’on aperçoit sans vraiment les voir avenue du Peuple belge ou des prisonniers de Loos, que l’on sait derrière ces murs quand on quitte Lille par l’autoroute pour se diriger vers Dunkerque. « Derrière c’est l’horreur, c’est la jungle… »

« Le problème qui se pose, c’est que cette France-là n’a pas d’attachée de presse. Ils n’ont pas forcément non plus le langage », remarque-t-elle. Haydée Sabéran a également dit un mot des chapitres écrits par quelques-uns des autres auteurs du livre (5). Comme celui d’une journaliste des Echos sur les sans-papiers, qu’elle a trouvé « excellent ». L’histoire de ces « bourgeoises qui vont chercher une nounou parmi les sans-papiers » ou encore la plongée dans le « quotidien d’une famille asiatique ».

Intervenant dans le débat, Thierry Bouillon a d’ailleurs jugé « primordial » que ce genre de livre existe, « pour faire contre-poids à des livres qui disent autre chose ». Il avait notamment en tête ce témoignage paru récemment d’une personne affirmant frauder les services sociaux et retirant de cette pratique des revenus confortables. Sans avoir été passé sous silence, « La France invisible » n’a bien entendu pas obtenu le même retour médiatique que cet autre livre, dont le principal danger serait de faire d’un cas isolé, certes spectaculaire, une généralité aux yeux du public.

« Le mensonge reculera », de Natalis Dumez, réédition (éditions Les lumières de Lille)

Pour finir cette tournée des livres du Lundi du Club, évoquons enfin la réédition, présentée le 16 octobre, du livre de Natalis Dumez, « Le mensonge reculera… », paru en septembre 1946 et depuis longtemps introuvable. Frédéric Lépinay était déjà l’auteur d’une somme sur l’histoire de La Voix du Nord (« La Voix du Nord, histoire secrète »), prétexte également à créer sa maison d’édition (Les Lumières de Lille). Il a donc décidé de ressortir l’ouvrage du co-fondateur (avec le policier lillois Jules Noutour) de La Voix du Nord clandestine (6). Envoyé en déportation à la fin de la guerre, Natalis Dumez était rentré dans le Nord en 1945, pour constater que d’autres s’étaient s’installés à sa place et n’avaient nullement envie de l’associer en quoi que ce soit à la vie du quotidien sorti de l’ombre. Il a toujours considéré cela comme une injustice et une trahison aux idéaux du journal créé sous l’occupation. Ce qui l’a amené à se lancer un combat judiciaire de plusieurs dizaine d’années, aux côtés d’autres résistants du mouvement de résistance Voix du Nord (dont était issu le journal).

Dans ce livre, Natalis Dumez retrace donc l’histoire du mouvement Voix du Nord et ne se prive de dire ce qu’il pense de l’évolution de la ligne éditoriale du quotidien. « Le Mensonge reculera… est aussi un manifeste qui développe des idées économiques, sociales et politiques que le lecteur replacera sans effort dans le contexte de notre époque », écrit Frédéric Lépinay dans la préface de la réédition. « Ce type qui s’est fait voler son journal […] n’a pas voulu se taire », continuait-il lors de la présentation au Club. Démocrate chrétien, ancien secrétaire de l’abbé Lemire, Natalis Dumez a également été profondément marqué par des rencontres avec des communistes dans les camps. Frédéric Lépinay résume ainsi le message du livre, adressé à La Voix du Nord de l’époque : « Redevenez un journal de la Résistance ! »

A de nombreuses reprises, dans ce livre, Natalis Dumez, se passionne, s’emporte. « Est-il digne d’un journaliste de jeter dans la balance de ses opinions l’espoir de gagner des lecteurs ou la crainte d’en perdre ?, lance-t-il ainsi. Il est indispensable d’éviter tout parti pris. Pourquoi donc ne pas rendre à chaque homme et à chaque parti ce qui lui revient ? Un journal peut accomplir une belle œuvre morale - point n’est besoin d’être sermonneur ! qu’il éveille des consciences, habitue aux libres discussions et aide toutes les initiatives courageuses, d’où qu’elles viennent ! Il doit faciliter la tâche des hommes responsables de la vie de la nation, sans se faire leur plat thuriféraire. » Le cofondateur de La Voix clandestine reprend ainsi les propositions de la Fédération nationale de la presse clandestine (rassemblées dans le fameux « cahier bleu »), qui aspiraient notamment à une presse dégagée du poids des puissances financières.

« Que m’importe 250.000 exemplaires [le tirage de La Voix du Nord de l’époque, NDLR], écrit-il, s’ils font une œuvre malsaine, s’ils prolongent L’Echo du Nord [NDLR : paru sous l’autorité allemande pendant l’occupation, L’Echo a été interdit à la Libération. En septembre 1944, La Voix du Nord a hérité de ses moyens techniques et repris une part importante de son personnel] et annihilent toute l’œuvre d’éducation et de libération, la raison d’être de notre action ? Les mesures prises à la Libération ont eu pour but de faire disparaître à jamais les journaux qui s’étaient salis dans la collaboration. […] La révolution de 1944 a rénové toute la presse française ; elle a constitué une conquête, trop chèrement acquise, pour qu’elle soit aujourd’hui étouffée. […] Parmi les actionnaires [de La Voix du Nord de l’époque, NDLR], des banquiers, des gens d’affaires ; la société a une forme capitaliste, identique à celle de "L’Echo du Nord". »

Ludovic FINEZ

(1) Rien à voir, bien sûr, entre ce Front national-là et le parti d’extrême droite actuel…

(2) « Des journalistes en Nord », ouvrage collectif (Pierre Béhal, Jules Clauwaert, Serge Contesse, Marie-George Delmasure, Jacques Estager, Pierre Garcette et Georges Sueur), éditions Trimédia ESJ Lille.

(3) www.editions-amalthee.com

(4) Thierry Bouillon dédicacera son roman samedi 2 décembre, à la librairie L’Horizon, 6 boulevard Clocheville, à Boulogne-sur-Mer. Tél. : 03.21.33.25.87.

(5) Stéphanie Maurice, journaliste de la région avec laquelle Haydée Sabéran travaille régulièrement, a également pris part à cet ouvrage. Son chapitre traite de l’habitat indigne.

(6) Dans « Poing à la ligne » (éditions L’Harmattan, 1994), Roger Vicot s’est livré à une étude en profondeur du contenu des 64 numéros de La Voix du Nord clandestine, parus entre avril 1941 et août 1944.


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