Le Club de la presse et l’association « Journalistes pour journalistes » organisaient mercredi 7 octobre, jour du 3eme anniversaire de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, un débat sur la liberté de la presse en Russie et dans les pays d’Europe de l’est.
Pendant que ce débat avait lieu dans les locaux du Club de la presse, une manifestation réunissant des centaines de personnes était organisée à Moscou pour le 3eme anniversaire de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa. Roza Malsagova, rédactrice en chef de Ingushetia.org, est revenue sur l’évènement : officiellement en Russie, le droit de manifester est libre ; concrètement, le gouvernement organise lui même les défilés, y compris ceux d’opposants, en fournissant les banderoles. Les autres manifestations, théoriquement autorisées, se retrouvent de fait empêchées par la police. « Aujourd’hui le gouvernement a été obligé de laisser faire car Anna Politkovskaïa est un grand nom et que la communauté internationale suit l’affaire de prés. Mais la police était omniprésente. ». Pour la première commémoration de ce meurtre, il y avait par exemple 200 manifestants et 1000 policiers. Il y avait trois fois plus de monde devant l’ambassade de Russie à Berlin qu’a Moscou. « A ça il faut rajouter la situation économique catastrophique », poursuit la militante des droits de l’homme. « Depuis 15 ans, les choses ne font qu’empirer. Les Russes sont tellement préoccupés par la recherche de nourriture qu’ils n’ont pas le temps de manifester. Les seuls qui continuent à réclamer de meilleures conditions de vie sont souvent les anciens dissidents de l’époque communiste. »
Journalistes en asile psychiatrique
A coté des grands noms connus dans l’occident, des milliers de journalistes ne peuvent pas faire leur travail. Comme au temps de l’URSS, ils se retrouvent internés en asile psychiatrique, ou pire, s’ils écrivent des articles contre le gouvernement ou contre Poutine. Et ce n’est pas parti pour s’arranger : « Medvedev a déclaré récemment que le système Poutine était le meilleur », relate Roza Malsagova.

- Georges Popkhadze, journaliste à RFI, membre de "journalistes pour journalistes", Roza Malsagova, rédactrice en chef de ingushetia.org et Philippe Allienne, animateur du débat
Il ne reste par exemple qu’un seul journal indépendant dans le Caucase, qui éprouve les plus grandes difficultés à trouver des imprimeries pour l’éditer. En 2000, un des journaliste invités sur la télé publique a osé évoquer le problème Tchétchène. Un mois aprés, lui et son rédacteur en chef ont été interpellés à Moscou puis torturés par des policiers. Ils sont ressortis du commissariat dans le coma. Depuis le journal est sous contrôle policier permanent. En 2007, Roza Malsagova, de passage dans les locaux y a trouvé des micros dans la salle de rédaction.
Celle qui est aujourd’hui rédactrice en chef de Ingushétia.org ne se destinait pas à une carrière de journaliste. Elle était comédienne et s’occupait d’une association pour les enfants handicapés. « Mais en Ingouchie », précise-t-elle, « toutes les personnes de 19 à 35 ans peuvent être assassinées par les services secrets qui les considèrent comme des terroristes potentiels pouvant collaborer avec les Tchétchènes. » Un de ses voisins, ingénieur à l’aéroport a été arrêté par la police pour vérification de personnalité. Il a été tué et déclaré terroriste « mais le rapport était plein d’incohérences : pendant tout son séjour en prison il aurait réussi à cacher une kalashnikov sur lui ». Roza, qui a vu les photos du corps, affirme qu’il était brûlé de la tête aux pieds : il a été torturé par électricité. « Les vrais terroristes sont surveillés par le Kremlin qui les manipule ».
C’est pour dénoncer ces exactions qu’elle est devenue militante des droits de l’Homme et de la liberté de la presse. Depuis son site a été interdit en Russie et a du changer de nom, l’ancien rédacteur en chef a été assassiné. Elle a dû s’exiler en Europe, ce qui ne l’empêche pas de recevoir régulièrement des menaces de morts de la part de « soit disant terroristes ».
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Journalistes pour journalistes
« Journalistes pour journalistes » est une association qui défend les droits des journalistes victimes de la répression dans les républiques de l’ex-URSS. Son réseau comprend une centaine de personnes mobilisables : journalistes, politiciens et informateurs, européens comme originaires des pays de l’Est. Ils recensent et vérifient les informations avant de dénoncer les atteintes aux journalistes devant les structures européennes. Pour cela, ils vont à la rencontre des journalistes sur le terrain pour mieux connaître leurs conditions de travail et évaluer la situation de la liberté de la presse. L’association essaie de peser sur les gouvernements qui ne respectent pas ces droits, par le biais de lettres de protestation, de pétitions ou de manifestations. Elle accompagne aussi les journalistes demandeurs d’asile dans leurs démarches et dénonce les manquements au droit d’asile au niveau européens.
Tous les communiqués et publications diffusés par JPJ sont disponibles sur leur site d’information en deux langues (français et anglais). Le site affiche également le nombre de journalistes tués ou emprisonnés.
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- ingushetia.org