vendredi 13 janvier 2006
Sale temps pour la presse lyonnaise - 13 janvier 2006
Deux hebdomadaires lyonnais, « Tribune de Lyon » et « Lyon Capitale », vivent de réelles menaces de disparition. Tous deux ont également publié des papiers gênants pour le maire socialiste de la ville. Résumé de la situation, suivi d’un communiqué publié par le Club de la presse de Lyon.
La presse vit un sale moment à Lyon… Coup sur coup, les journalistes et lecteurs du Rhône ont appris deux mauvaises nouvelles. La première couvait depuis plusieurs mois au sein de l’hebdomadaire Lyon Capitale. Propriété il y a encore quelques mois du Progrès, il a fait partie, comme le reste du groupe, de l’ensemble repris par Serge Dassault lorsque ce dernier a racheté (en été 2004) le groupe Socpresse. Très vite, comme dans tous les autres pôles de la Socpresse, les journalistes ont compris que Serge Dassault ne visait que Le Figaro et ne se préoccuperait pas longtemps des titres régionaux du groupe… si ce n’est pour les vendre au meilleur prix possible. L’opération de dépeçage a donc concerné Lyon Capitale, revendu à un grand patron lyonnais, très correctement placé au palmarès des grandes fortunes françaises, Bruno Rousset. Le rachat s’est fait via sa société de capital-investissement Evolem (groupe April). Deux mois plus tard, à la mi-décembre 2005, le directeur fondateur du titre, Jean-Olivier Arfeuillère, était remercié, au prétexte des difficultés financières du titre. Entre temps son journal avait à plusieurs reprises sévèrement mis en cause le maire de Lyon, Gérard Collomb, dans des enquêtes concernant les procédures d’attribution de certains marchés de la communauté urbaine du Grand Lyon. Ce dernier était intervenu en représailles pour revoir fortement à la baisse les budgets publicitaires confiés à l’hebdomadaire. Par ailleurs, une plainte a été déposée par la direction de Lyon Capitale contre son ancien fondateur pour « abus de biens sociaux » et « abus de confiance ». Depuis, la tension n’est pas retombée, loin de là, avec une fronde de la rédaction et un dépôt de bilan du journal début janvier… Le tribunal de commerce de Lyon a pour sa part décidé de placer l’entreprise en redressement, estimant que sa situation économique n’était pas aussi dramatique que voulait bien le dire la nouvelle direction. La Société des rédacteurs de Lyon Capitale évoque, dans un communiqué, une « situation financière volontairement noircie par la nouvelle direction et l’actionnaire majoritaire ».
Grève contre la censure d’un papier
Le nom de Gérard Collomb apparaît encore en filigrane de l’autre « affaire » lyonnaise, qui concerne l’hebdomadaire Tribune de Lyon. Créé en septembre par Fernand Galula, l’ancien patron du journal d’annonces légales Les Petites Affiches lyonnaises, l’hebdomadaire avait, lui aussi, publié un papier gênant pour le maire de Lyon. Il concernait cette fois-ci le financement du PS du Rhône, affaire pour laquelle Gérard Collomb a été entendu en tant que témoin. La rédaction s’était mise en grève pendant 24 heures pour protester contre la volonté de leur PDG de passer le papier à la trappe. Ce dernier était finalement passé dans l’édition qui aurait dû sortir le 6 janvier et arrivée dans les kiosques avec 24 heures de retard. Précisément, l’auteur de l’article, rédacteur en chef adjoint du titre, fait partie d’une charrette de cinq licenciements (tous chez les journalistes), annoncée quelques jours plus tard pour « motifs économiques »… Selon les déclarations de Fernand Galula à l’AFP, l’hebdomadaire « prévoyait lors de son lancement un tirage d’environ 10 000 exemplaires mais son tirage actuel se situe seulement entre 4 et 5 000 exemplaires ».
Dans un communiqué (reproduit ci-dessous), le Club de la presse de Lyon, revenant sur les deux dossiers, « dénonce un risque réel d’atteinte à la pluralité de la presse » et annonce qu’il « protestera publiquement, dès ce lundi 16 janvier, à l’occasion de la présentation à la presse des vœux du maire de Lyon ».
Ludovic FINEZ
PS : La situation de la presse quotidienne nationale n’est pas brillante non plus. Les salariés de Libération se sont mis en grève pendant quelques heures jeudi 12 janvier, avant de reprendre le travail pour assurer la sortie de l’édition du vendredi. Les salariés voulaient protester contre la façon dont s’orientaient les discussions sur le plan de réorganisation du journal. Quant à France Soir, le tribunal de commerce avait fixé à jeudi 12 janvier au soir la date limite pour le dépôt de propositions de reprise. Le SNJ-CGT appelait à un rassemblement de soutien, ce même jour, devant le Théâtre national de Chaillot, à Paris, à l’occasion de la présentation des vœux à la presse du ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres.
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Le communiqué du Club de la presse de Lyon :
La presse lyonnaise en crise
A la veille de la décision du Tribunal de commerce dans l’affaire Lyon-Capitale, le Conseil d’administration du Club de la presse s’est réuni avec une soixantaine de confrères pour s’alarmer de la situation actuelle de la presse lyonnaise et envisager des moyens d’actions.
La crise traversée par Lyon-Capitale (décapité) ou par Tribune de Lyon (censuré), deux hebdomadaires désormais en sursis, témoigne en effet de vives tensions, voire de manœuvres très préoccupantes, entre les sphères économique et politique et le monde des médias.
Si l’on ajoute à cette crise, les menaces planant sur Le Progrès, la liquidation récente de CTV et l’arrêt du décrochage local de RTL, il faut remonter à janvier 92, avec la disparition des éditions régionales des quotidiens nationaux (Lyon-Libération, L’Humanité Rhône-Alpes, le Monde Rhône-Alpes) pour retrouver une situation aussi critique pour la profession et, au-delà, pour la liberté d’informer l’ensemble des citoyens.
Le Club de la presse dénonce un risque réel d’atteinte à la pluralité de l’information, et par conséquent au bon jeu de la démocratie dans la région.
Il appelle donc à la mobilisation de tous et il protestera publiquement, dès ce lundi 16 janvier, à l’occasion de la présentation à la presse des vœux du maire de Lyon, Gérard Collomb, mis en cause, comme les médias l’ont abondamment relaté ces jours-ci, en particulier dans l’affaire Lyon-Capitale.
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Le site du Club de la presse de Lyon : www.clubpresse.com
Le site des salariés de Lyon Capitale : http://presse.libre.free.fr/
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