lundi 5 décembre 2011
Scoop Grand Lille : Le numérique ne s’oppose pas au contenu
Fort logiquement, le festival Scoop Grand Lille a consacré sa soirée d’ouverture, vendredi 2 décembre à la Cité des Echanges de Marcq-en-Barœul, au thème générique de cette 26ème édition : « Révolution numérique : révolution journalistique ? ». Et si le numérique fait peser des craintes sur l’avenir du métier, les participants ont répondu d’une voix : « C’est le contenu qui va nous sauver ».

- Soirée d’ouverture du festival Scoop vendredi 2 décembre à la Cité des échanges à Marcq-en-Baroeul, animée par Philippe Lefait (France 2), avec Alain Mingam (spécialiste des médias), Jacques Hardoin (La Voix du Nord), Hervé Brusini (France Télévisions), Manon Loizeau (journaliste indépendante), Edwy Plenel (Mediapart), Jean-Jacques Jespers (Journaliste, enseignant à l’Université Libre de Bruxelles), et Béatrice Delvaux (Responsable éditorialiste du quotidien belgeLe Soir).
Chargé d’animer la table ronde, Philippe Lefait, journaliste à France 2, a d’entrée posé la problématique : « Les journalistes sont devenus des ’’immédiateurs’’. ». En clair, et grâce aux nouvelles technologies, ils travaillent plus que jamais dans l’immédiat tout en restant des passeurs d’information (des médiateurs ». Pour autant, notre confrère n’admet pas que l’on puisse parller de « consommation de l’information ». « De mon point de vue, dit-il, je m’adresse à des citoyens qui ont la possibilité d’exercer des choix. »
Mais, avec la souplesse qu’ elle apporte et la rapidité de transmission des information, la révolution numérique va-t-elle sonner le glas du journalisme tel qu’on le connaissait et des médias traditionnels ? Dans le domaine de la photographie, « certaines agences ont déjà payé le prix fort », souligne le photographe et consultant médias Alain Mingam. Exemple phare : Gamma qui n’a pas pu faire face au coût de la numérisation de 20 millions de clichés. Mais les faits sont têtus. Alain Mingam parle de cette « infobésité » qui multiplie les images à outrance. « Il suffit de 10 secondes pour qu’une image, depuis la prise de vue, arrive sur un écran ! » s’exclame-t-il.
La révolution, le quotidien bruxellois « Le Soir » n’a pas voulu en manquer le virage. Il a investi dans une plateforme multimédia coûteuse, une « rotative numérique » et il est fin prêt pour le projet de journal numérique prévu pour 2012. La « Voix du Nord » et « « Sud Presse » sont associés à la plateforme. Béatrice Delvaux, responsable éditoriale au « Soir », est sereine. Pour Jacques Hardoin, DG du groupe multimédia « La Voix du Nord » dit sa volonté de vouloir faire « évoluer les médias tout en gardant les valeurs réelles du métier » . Dans la foulée, il assure que l’effectif des 500 journalistes de La Voix du Nord n’est pas menacé.
D’accord, on l’a compris, la révolution numérique est là. Il faut s’adapter. « le numérique n’est pas un développement à côté, il sera au cœur de nos métiers », prévient Edwy Plénel, patron fondateur du journal en ligne « Médiapart ». Pour lui, le numérique est une mutation qui s’apparente aux révolutions industrielles. Certes, mais quid de l’avenir de nos métiers et pratiques journalistiques ? Reporter indépendante, Manon Loizeau semble travailler à contre courant de la vitesse que semble imposer la révolution numérique. « Je prends mon temps, dit-elle. Je ne suis pas dans l’immédiat. Je suis effrayée par l’accélération des images. Quand je suis avec une femme tchétchène, j’ai besoin de m’asseoir pour prendre le thé. » Pour écouter. Pour comprendre.
En même temps, elle convient que l’immédiateté apportée par les reporters et les nouvelles techniques du numérique sont essentielles. Il faut les deux :la distanciation et l’immédiat. Surtout, les nouvelles technologies, si elles n’ont pas fait les révolutions arabes, ont beaucoup contribué à leur succès. L’utilisation de logiciels adaptés a notamment permis de contourner la censure en passant par des serveurs étrangers. On est dans l’ère de l’information citoyenne. « Aujourd’hui, dit Manon Loizeau, on peut envisager de faire des films avec des jeunes Syriens. Car ils s’adaptent et commencent à avoir des réflexes de journalistes. »
Pour Edwy Plenel, tout est là. Si de nombreux journalistes ont peur de cette révolution numérique, .c’est qu’ils se sentent détrônés. Maisz il faut remettre les choses à leur place. « Le numérique permet la liberté d’expression, l’opinion, le débat, l’expertise. Tout cela n’appartient pas aux seuls journalistes. Notre métier, c’est l’information. Celle que le public ne connaît pas. C’est aussi son analyse. C’est le droit à l’information. »
Béatrice Delvaux ne dit pas autre chose : « Arrêtons le bla bla sur le numérique. Ne soyons pas obnubilés par la technique. Faisons notre métier de journaliste. C’est le contenu qui va nous sauver. »
Ph A

- De gauche à droite : Rudy Elegeest, maire de Mons-en-Baroeul, premier vice-président de Lille Métropole et conseiller régional, Alain Wacheux, maire de Bruay-la-Buissière et vice-président du Conseil régional, Madame de Saintignon et Pierre de Saintignon, premier adjoint au maire de Lille, vice-président de Lille Métropole et du Conseil régional, Jean-Pierre Guillon, président d’Entreprises et Cités et du Medef Nord-Pas de Calais, Alain et Danielle Lebouc, à l’origine du festival Scoop, et Laurent Vitoux, directeur régional d’Orange-France Telecom.

- Philippe Lefait, journaliste pour France 2, producteur et l’animateur de l’émission "Des mots de minuit"
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- Pierre De Saintignon, Premier adjoint au maire de Lille, vice-président du Conseil régional et de Lille Métropole Communauté Urbaine
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- Edwy Plénel (Médiapart), Béatrice Delvaux (Le Soir), Jacques Hardoin (Groupe Voix du Nord)
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- Alain Mingam, photographe, consultant médias
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- Manon Loizeau, journaliste indépendante
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- Hervé Brusini, journaliste à France Télévisions, ancien rédacteur en chef du magazine "Pièces à conviction"
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- Jean-Jacques Jespers, journaliste et enseignant à l’ULB (Bruxelles), Edwy Plénel et Béatrice Delvaux
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- Edwy Plenel, journaliste, fondateur du site Mediapart
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- Alain Mingam et Mehdi Khelfat (RTBF)
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Photos : Gérard Rouy
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Ils l’ont dit au SCOOP ...
« L’essence du journalisme, c’est la colère, l’indignation »
Guilaine Chenu, lors de la soirée "Envoyé Spécial" à Tourcoing le 7 décembre
« Les sujets viennent d’un chiffre, d’une étude, d’une conversation voire même d’une question. Un de nos derniers sujets s’est intéressé à la mode de l’extension des cheveux qui nous permis de remonter toute la filière, jusqu’aux Indiens qui offrent ces cheveux au départ. » Françoise Joly, lors de la soirée "Envoyé Spécial" à Tourcoing le 7 décembre
« Nous choisissons toujours des images qui sont porteuses d’informations. Les seules frontières que l’on ne souhaite pas franchir ce sont celles de la dignité humaine », Guilaine Chenu et Françoise Joly, lors de la soirée "Envoyé Spécial" à Tourcoing le 7 décembre.
« 25 ans après, nous doutons toujours. On n’a jamais de certitudes dans ce métier. » Guilaine Chenu et Françoise Joly, lors de la soirée "Envoyé Spécial" à Tourcoing le 7 décembre
« Quand vous partagez des moments forts, ce n’est pas forcément évident de rentrer et de passer tout de suite à autre chose » , Le Guevel, lors de la soirée "Envoyé Spécial" à Tourcoing le 7 décembre.
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