<p>La loi sur l’eau de 1964 a créé six bassins hydrographiques dans lesquels six agences de l’eau, établissements publics de l’Etat sous tutelle du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable et sous celle du Ministère chargé des finances agissent pour concilier gestion de l’eau et développement économique dans le respect de l’environnement.</p>

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Tournage d’un documentaire sur les clients de la prostitution - « Qui sont ces hommes ? Que recherchent-ils ? » - 2 mars 2005

Elsa Brunet et Hubert Dubois tournent actuellement dans la région un documentaire sur les clients de la prostitution. Ils sont venus expliquer leur démarche le 28 février, dans le cadre des Lundis du Club.

« C’est le plus vieux métier du monde » ; « C’est ainsi que les jeunes hommes s’initient à la sexualité » ; « Cela permet d’éviter un certain nombre de viols » ; « L’homme a des instincts irrépressibles, il faut bien qu’il les assouvisse »… Elsa Brunet et Hubert Dubois ne supportent plus d’entendre les poncifs qui font de la prostitution une réalité inévitable, voire souhaitable, ou un moindre mal. Pas plus qu’ils ne croient à l’existence d’une « prostitution propre », celle qui serait autorisée, encadrée (comme dans le modèle hollandais) et exercée de plein gré.

Elsa est journaliste à France Culture. Hubert est documentariste. L’une a la trentaine, l’autre la cinquantaine. Chacun de leur côté, ils ont eu l’occasion de s’intéresser à la prostitution. Intriguée par le personnage de Séverine dans « Belle de Jour » (1), Elsa a réalisé pour France Culture « un portrait en creux de Madame Claude » qui, dans les années 1970, s’était fait une spécialité de la prostitution de luxe.

Son interrogation de départ : « Peut-on se prostituer par fantasme ? Librement ? Est-ce un choix ? » Superbes, cultivées, courtisées par les puissants de ce monde, les filles de Madame Claude avaient-elles, pour autant, une vie enviable ? « Je me suis rendu compte que cet univers était aussi sordide que celui de la rue », raconte la journaliste. « Chez ces femmes, il y avait énormément de souffrance, que le luxe n’édulcorait pas. »

De son côté, Hubert, ancien grand reporter, notamment pour TF1, a déjà réalisé deux documentaires sur la prostitution. Le premier, sur le trafic de femmes venues d’Europe de l’Est, a été diffusé sur TF1. Quatre mois d’enquête de terrain en Moldavie, en Roumanie, en Italie, au Kosovo, en Albanie, en Belgique… « Toutes les filles disaient être libres. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas de traite », confie-t-il. « Il existe une forme d’aliénation, d’acceptation. »

Son second documentaire, diffusé sur Arte pour une soirée Thema, s’intéressait au modèle hollandais, que certains prétendent exemplaire, là où « l’industrie du sexe prospère ». Hubert a pu filmer dans beaucoup de lieux, « à une condition : on ne touche pas au client ». D’où, très vite, l’envie d’explorer ce sujet interdit, de discuter avec « ces ombres ». Hubert passe alors beaucoup de temps à présenter « La vitrine hollandaise » dans des conférences-débats. Car « un film, ce n’est pas seulement un show d’une heure à la télévision. Il doit s’insérer dans le débat politique ».

C’est ainsi que le documentariste et la journaliste se sont rencontrés. Et qu’ils ont fini par joindre leurs « deux démarches professionnelles », pour s’intéresser cette fois-ci aux clients de la prostitution. « Qui sont ces hommes ? Que recherchent-ils ? Attendent-ils une tendresse ? Une écoute ? », résume Elsa Brunet.

Accepté par France 3, le projet a pris corps à Lille. En raison d’abord de la bonne implantation du Mouvement du Nid, qui milite pour « une société sans prostitution ». Ce choix est également dû à l’existence d’une enquête (lire l’encadré), du Mouvement du Nid France, dirigée par Saïd Bouamama, sociologue, chercheur à l’Ifar, un institut de formation des travailleurs sociaux basé à Lille. Et puis, la présence de la Belgique toute proche a joué. « La concrétisation à 25 km de ce dont rêvent beaucoup de clients, des lieux tolérés, le vrai bordel à l’ancienne », développe Hubert.

Depuis plusieurs semaines, tous deux rodent dans les bars à champagne de Lille ou dans les établissements d’Anvers. Ils ont également passé des annonces dans la presse pour susciter des témoignages (anonymes). Un travail d’approche qui leur a permis de mener cinq longues interviews de clients, à visage caché. Et pourtant, tous deux ressentent un goût d’inachevé. Les hommes qu’ils ont rencontrés, la bonne cinquantaine, revendiquent leurs pratiques, sans aucune remise en question.

A l’autre bout de l’échelle, ils ont également interviewé des prostituées, en activité ou ayant raccroché. Dont la célèbre Ulla qui, dans les années 1970, tenaient un discours sur le mode : « Nos corps nous appartiennent ; nous faisons ce que nous voulons ». Et qui, aujourd’hui, défend des idées tout autres.

« On est en train de faire un film qui est trop simple, regrette Hubert. Le grand danger, ce serait d’avoir un bloc de machos contre un bloc de femmes qui ont réfléchi. Il faut des intermédiaires. » Ils aimeraient donc rencontrer d’autres types de clients, avec un peu plus de recul sur la question. Peut-être des plus jeunes, des clients occasionnels, des clients d’une seule fois ou encore des anciens clients. Et dans cette recherche, ils ne sont pas contre un petit coup de main, quelques pistes, voire des idées sur le contenu de leur travail (2).

Ludovic FINEZ

(1) Roman de Joseph Kessel, « Belle de Jour » a également été adapté au cinéma, de façon assez libre, par Luis Buñuel.

(2) Contact : 06 68 72 18 86.


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