France3 est le plus important réseau européen d’information, ce qui demande des moyens substantiels pour fabriquer des journaux tant régionaux que nationaux. « Les défis auxquels la chaîne est confrontée sont multiples », explique Anne Brucy. « Nous devons affronter trois révolutions : la concurrence des nouvelles chaînes de proximité sur la

- Dominique Dumont (SNJ) et Patrice Christophe (CFDT)
TNT, la réussite de notre passage au média global (internet) et surtout faire face à cette décision politique d’un de nos actionnaires, en l’occurrence le chef de l’Etat. Tout cela en même temps et sans cesser de remplir notre mission de service public. Nous nous demandons où nous allons. D’autant que déjà, le service public s’est vu confier des missions sans qu’on lui ait donné les moyens de les assumer, le sous-titrage pour les sourds et malentendants par exemple ».
« Je n’ai jamais été un partisan zélé de la publicité sur le service public », explique Patrice Christophe. « Mais si on la supprime, il faut maintenir le financement, ce que ne garantissent pas les annonces de Sarkozy. » La taxe préconisée par le gouvernement sur les opérateurs mobiles et les fournisseurs d’accés internet peut être retoquée par l’Union Européenne. « Cette réforme, poursuit le représentant CFDT, bricolée en 3 mois, est un alibi pour donner plus de publicité aux chaînes privées. Le résultat sera un service public affaibli face à un secteur privé qui verra ses ressources sensiblement augmenter. »
Jean-François Téaldi, représentant SNJ-CGT, partage cette opinion et souligne que l’audiovisuel public subit déjà un dommage collatéral : « Depuis la première annonce du Président, France Télévisions doit emprunter 500 000 euros par mois pour faire face à l’érosion de la pub qui a déjà commencé. » Il craint aussi que les départs à la retraite, au nombre de 1.100 dans les trois prochaines années (10 % de l’effectif), ne soient pas remplacés, par soucis d’économie.
Sauver le soldat TF1
Dominique Dumont a chiffré cette réforme : « La suppression de la pub représente un manque à gagner de 810 millions d’euros pour France Télévisions. A cela, nous devons rajouter le prix des programmes à créer pour remplacer le temps d’antenne qu’avait la publicité, qui porte la somme au environ de 1,3 millard d’euros. En contrepartie, on nous propose environ 400 millions d’euros. »
Selon Jean-François Téaldi, cette suppression de la publicité s’ajoute à plusieurs attaques en règle contre l’audiovisuel public, il s’agit d’une décision mûrement réfléchie. « Déjà en 2005, le rapport du Sénateur Bélot (UMP) préconisait de réduire le périmètre de France 3 pour aider la PQR (presse quotidienne régionale) », a-t-il rappelé. « La Voix du Nord vient de passer un contrat avec la Région pour la captation du spectacle vivant. Cette mission de service public aurait dû revenir à France 3, qui a les moyens techniques pour le faire mais n’en a pas les finances. Depuis l’annonce de Sarkozy, les télés locales, qui jusque là confiaient la gestion de leur publicité à la régie de France Télévisions (400 personnes) se tournent désormais vers celle de TF1. La boucle est bouclée. Jusqu’à présent, le groupe FT dévissait un peu, mais moins que la chaîne privée. Tout semble fait pour sauver le soldat TF1. »

- Corinne Donnaint, présidente (PCF) de la commission Culture au conseil régional
Par ailleurs, le Conseil régionaldu Nord-Pas de Calais (sauf le groupe communiste) a voté l’attribution de 3 millions d’euros aux projets de télévision TNT, dont 2 millions pour le projet soutenu par La Voix du Nord et le Crédit Agricole…
A ce propos, Corinne Donnaint, présidente (PCF) de la commission Culture au Conseil Régional, présente dans le public lors du débat, a proposé aux intervenants de réunir élus, journalistes, créateurs, etc., afin de réfléchir à l’affectation des sommes importantes que la Région a décidé d’attribuer aux télévisions régionales.
A ces difficultés se rajoute le problème des intermittents du spectacle. Si les chaînes du service public respectent les conventions collectives, ce n’est pas toujours le cas du privé, qui profite parfois du système. « Quand les intermittents travaillent ciq jours, certains producteurs ne déclarent que deux jours. Le reste est payé par l’Unedic », précise Patrice Christophe. « Mais on assiste déjà parfois à ces dérives sur le service public lorsque ce dernier sous-traite à des producteurs privés. »
Quelles solutions ?
Les représentants de l’intersyndicale s’accordent pour dire que le relèvement de la redevance audiovisuelle au niveau de la moyenne européenne (116 euros actuellement en France contre 190 en Europe) ne serait pas si absurde. « Dans tous les cas, poursuit le représentant CFDT, que ce soit une revalorisation de la redevance ou une taxe sur les FAI, ce seront toujours les citoyens qui paieront. » Selon le représentant SNJ, une majoration de 40 euros pourrait suffire à financer le service public, majoration qui pourrait être modulée selon les revenus des foyers.
Avant le débat parlementaire qui aura lieu cet automne, les syndicats négocieront avec la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, dès la semaine prochaine. Chacun dans leur rôle, la directrice régionale de France 3 comme les syndicalistes ont affirmé leur volonté de rester mobilisés. « Tout n’est pas encore joué », précise Jean-François Téaldi. Mais la façon dont a travaillé la commission Copé, et le peu de cas qu’a fait le président de la République de ses propositions, ne laissent guère de doutes sur les véritables intentions de ce dernier.
S. C.

- Jean-François Téaldi (SNJ-CGT), Anne Brucy, directrice de France 3 Nord-Pas de Calais-Picardie et Marc Dubois, Vice-Président du Club de la presse