Tard dans la soirée du 13 mai, les artisans du projet TéléLille apportaient les dernières corrections au dossier. Il manquait toutefois une dernière pièce : la lettre de soutien de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU). Sa présidente, Martine Aubry, a obtenu l’accord de son bureau ce jeudi 15. Désormais, les espoirs les plus grands sont permis.
C’est sur une télévision de service public citoyenne que l’association créée en février dernier, et dont est membre le Club de la presse, a choisi de se positionner. Mais avant l’appel à candidatures du CSA, les membres de l’association étaient décidés à se placer sur le projet de télévision régionale, sur la TNT, en négociant avec STM-C9 télévision (groupe Voix du Nord), qui travaillait depuis longtemps sur une candidature. L’objectif était au moins de faire bouger les lignes en dénonçant les risques d’un monopole et en montrant que la dimension associative et citoyenne ne devait pas être oubliée.
Tour de force
Finalement, le 26 février, le CSA a lancé deux appels à candidature : l’un pour une télévision régionale à partir de l’émetteur de Bouvigny (sur le canal 23), l’autre pour une télévision métropolitaine, sur le canal 36, à partir de l’émetteur de Lille – Lambersart. Avec ce rappel à la loi du 30 septembre 1986 qui empêche à une même personne morale de posséder une autorisation d’émettre sur deux zones dans la mesure où l’une est incluse dans l’autre. C’est le cas pour celle de Lille – Lambersart qui est incluse dans celle de Lille – Bouvigny.
« Dès lors, explique Régis Verley, il nous a semblé que le meilleur moyen de défendre le pluralisme était de l’exercer. Nous avons monté un projet de télévision métropolitaine ». Les groupes de travail qui s’étaient constitué au sein de l’association TVLille ont fonctionné à un rythme effréné pour parvenir, en à peine trois mois, à un projet 65 pages, avec une grille de programme et un montage financier cohérents, une charte éditoriale, une charte citoyenne et un modèle économique. Un tour de force quand on sait que ce type de projet requiert habituellement un à deux ans de préparation (à l’instar de celui de TéléNantes). Le projet de programme fait la part belle à la parole citoyenne, à l’économie sociale et solidaire, à l’Europe, etc.
Souhaitant un « modèle économique enraciné dans l’économie sociale », l’association a opté pour la création d’une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) au capital de 375 000 euros. Les collectivités locales, des partenaires économiques et des entreprises, des usagers, des salariés, des partenaires de l’économie sociale régionale. Choisissant aussi le réalisme, TV Lille n’a pas voulu être un concurrent commercial du projet régional, notamment celui porté par STM-C9, le seul connu au 16 mai matin.
La Voix du Nord dans le projet
Des contacts ont donc été pris très rapidement pour aboutir sur le principe d’un accord. Des émissions de la télévision régionale pourront être reprises par la télévision métropolitaine et vice-versa. TéléLille ne prévoit pas de régie publicitaire propre. Ses recettes publicitaires proviendront de la régie de la grande sœur régionale.
Mais surtout, la Voix du Nord figure parmi les partenaires de la SCIC. Les statuts de cette dernière prévoiront une gestion en quatre collèges :
Les membres fondateurs : la chaîne Demain (35% du capital) et les membres de l’association (5%) ;
Les entreprises et les partenaires financiers : La Voix du Nord (15%), La Caisse d’Epargne Nord Europe (10%), la société de production audiovisuelle NAO (5%), les entreprises de l’économie solidaire (5%) ;
Les collectivités publiques : LMCU (20%) ;
La citoyenneté : la société civile (3%) et les salariés (2%).
Quid des concurrents ?
Pour la première année de fonctionnement, grille de programme prévoit 18h30 de diffusion, dont près de 11 heures hebdomadaires de production fraîche dès la première année. Elles seront complétées par la diffusion d’émissions régionales et de programmes fournis par la chaîne Demain.
Au moment où le dossier de TéléLille et celui de STM C9 sont déposés au CSA, on ignore encore quelles sont les autres projets concurrents (pour l’in ou l’autre des émetteurs). Une chose est certaine, TéléLille a choisi la complémentarité avec la chaîne régionale tout en insistant sur le pluralisme, la citoyenneté et le service public. Lors de sa dernière réunion, le conseil d’administration du Club de la presse s’est prononcé sur le principe d’une participation active. Sur les 17 personnes constituant l’équipe des porteurs du projet TéléLille, 7 sont membres du Club.
Il faudra maintenant attendre les auditions des candidats et la décision du CSA, d’ici la fin de l’année, pour savoir à quoi ressemblera le paysage audiovisuel régional enrichi de la TNT. Mais l’équipe de TéléLille se contentera d’une courte pause avant de se remettre au travail.
Philippe Allienne